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L'EGLISE CONTRAIRE A CES PRATIQUES

§ 2. — Plus d'un dooteur cwitholîqae répond négatirement

oomme noiu .

Ces assertions sont loin d'être aussi audacieuses et aussi téméraires, que sembleraient le faire croire les anathèmes persévérants de la cour romaine et les voix épiscopales qui les répètent comme un écho fidèle. Quiconque a suivi avec quelque attention l'attitude politique du clergé depuis soixante ans, et les polémiques qu'il a soutenues, soit avec les gouvernements soit avec les divers partis, sait très bien que sous cette apparente inflexibilité qui s'en tient aux vieilles formules, se cache un trouble réel et une grande indécision dans les esprits. Ils sont plus nombreux qu'on ne croit les catholiques qui ont l'instinct que des principes aussi manifestement en désaccord avec le droit moderne ne peuvent être les vrais principes de l'Évangile. Un besoin universel de liberté se manifeste et finit par modifier la langue même de ceux qui croient rester dans les traditions antilibérales.

Chacun d'ailleurs ayant eu à souffrir, à son tour de l'intolérance de l'opinion triomphante, on se demande si la force est bien le dernier mot dans les luttes de la pensée ; embrassant d'un œil attristé le sombre tableau de l'histoire du peuple -chrétien, où la croix n'apparaît

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jamais sans le glaive, où les hommes, proclamés frères par le Christ, s exterminent au nom du Christ, on se demande si c'est bien réellement à cette œuvre brutale et sanglante que le libérateur les a conviés ; on se demande s*il n est pas temps de chercher une autre voie, d'autres principes, un autre terrain où les hommes pourront se rencontrer sans blasphémer le nom de Jésus- Christ.

« Accordons, s'écrie le père Lacordaire, que la vérité et l'erreur furent également intolérantes. Eh bien , qu'a gagné le monde à cette lutte funeste? La vérité n'a pas détruit l'erreur, et l'erreur n'a pas détruit la vérité ; victorieux sur un point, on a succombé sur un autre. N'estil pas temps de sortir de voies si malheureuses? soixante siècles de vicissitudes sanglantes ne sufflsent*elles pas à notre instruction? posons enfin la borne aux maux du passé, et que cette pierre pacifique, plantée d'un commun accord entre ce qui fut et ce qui sera, présage à nos descendants une meilleure solution des problèmes humains que celle qu'on avait espérée du glaive, et que le glaive na pas donnée (1). 9»

Ce témoignage de l'illustre dominicain n'est pas le seul dans le clergé de France. D'autres voix éloquentes saluaient avec la même indépendance et la même sympathie la civilisation

(1) Vie de saint Domini^, pi^. 140 et 14il|

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moderne et le triomphe définitif de la liberté : « J'aime la civilisation moderne, j'aime qu'elle frappe d'impuissance les caprices et les volontés arbitraires; j'aime qu'elle reconnaisse à l'homme le droit, dans sa pensée, dans sa parole, de n'être enchaîné que par sa conscience ou par les devoirs sociaux; j'aime qu'elle lui reconnaisse le droit de n'être soumis qu'à la loi, de participer à l'œuvre de la loi ; et cet état, je ne l'accepte pas comme, un mal nécessaire, ni comme un bien relatif, mais comme l'état normal des peuples chrétiens parvenus à l'âge mur; c'est un état qu'ils n'ont pu porter toujours aux diverses époques de leur vie, mais c'est un terme où ils ont dû aspirer toujours, vers lequel ils ont dû avancer toujours, comme le seul où ils puissent s'arrêter avec gloire. De toute l'énergie de mon âme, jadore les moindres prescriptions de la foi, mais je crois aussi profondément à la justice, à la dignité, à la moralité des formes revêtues par la société moderne (1). »

Plus explicite encore et plus précis, M. l'abbé Maret (aujourd'hui évêque de Sura) disait avec sa haute autorité : « Ce régime (le régime de la religion de l'Etat) ne convient plus à la société actuelle, il n'est plus en harmonie avec les faits,

(1) Discours d'ouverture prononcé, en 1844, à la Sorbonne, par M. Tabbé Cœuk (depuis évêque de Troyes), professeur d'éloquence sacrée.

et TËglise, dans ces derniers temps, a eu bien plus à souffrir de son union avec l'État qu'elle n'en a recueilli d'avantages; et il est heureux pour elle que la charte de 1830 ait proscrit à jamais ce régime... Nous pouvons unir dans nos cœurs ces deux amours, l'amour de l'Eglise et l'amour de la liberté, nous pouvons dévouer nos travaux et notre vie à cette sainte cause (1). »

(1) Cours de théologie professé à la Sorbonne; année 1844,

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