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CHAPITRE PREMIER

CONDITIONS ESSBNTIEIiLES DU CULTE : — INTÉRIEUR,

EXTÉBIEUB ET PUBLIC

Tous les docteurs qui ont défini le culte que les hommes doivent à Dieu, ont posé trois con-

ditioDS : les hommes doivent à Dieu un culte intérieur^ un culte extérieur, un culte public, cultv^ intemus^ externu^s et publicus. Mais, ce qu'on s'imaginerait difficilement, c'est le sens attribué à ces expressions par certains dignitaires de l'Eglise. Ce n'est pas sur le culte intérieur que peut porter la difficulté ; il ne peut être entendu que comme le culte de l'âme. Cest au sujet des deux autres que nous avons rencontré les plus étranges définitions. Ainsi, Mgr Fayet, ancien évêque d'Orléans, après avoir rappelé que le culte intérieur est le culte de l'âme, ajoute : « Le culte extérieur est celui de l'homme ou de la famille, et le culte public est celui que l'Etat ou la société rend à Dieu. Le culte extérieur est donc aussi essentiellement distingué du culte public qu'un acte personnel ou privé peut l'être dun acte public ou social (1). 9>

Il y a lieu de s'étonner que, lorsqu'il s'agit de définir le culte, on présente comme caractères essentiels, comme conditions indispensables, soit un fait parfaitement distinct, la division de l'humanité en familles, soit une circonstance purement extrinsèque et secondaire, l'intervention officielle des pouvoirs humains dans le culte. Ce langage se comprendrait dans la bouche d'un païen, d'un schismatique, dans la bouche de quiconque définit le culte au point de vue

(2) Inêirueiion pastorale^ pag. 17, note 1»

d'une religion nationale. Partout où il n'est pas possible de distinguer le citoyen du croyant, où le culte est l'un des éléments de l'organisation politique, où le prêtre n'est autre chose qu'un fonctionnaire, où le même pouvoir qui fait les lois civiles, règle les cérémonies religieuses, partout en un mot où l'élément religieux joue, au sein de la société temporelle, le même rôle que tous les autres éléments sociaux, il est logique de conclure que le culte manque d'un de ses caractères essentiels, quand il ne se manifeste pas par l'organe du seul pouvoir qui le représente.

Oui, au point de vue des religions nationales, telles que toute l'antiquité païenne les a comprises et pratiquées, dire que l'État cesse de professer la religion dont il est le chef et l'organe, c'est dire non seulement que le culte cesse d'être public, mais qu'il cesse d'exister.

Dès qu'on parle du catholicisme, la scène change. Dans sa constitution, dans ses conditions d'existence, rien ne ressemble aux cultes nationaux. A la place de cette foule d'Églises locales, variant entre elles, comme les mœurs des peuples, comme les climats, comme les opinions et comme les préjugés, l'Église catholique apparaît immuable, universelle, embrassant le monde; laissant aux peuples le soin d'organiser leur vie temporelle selon leurs besoins, leurs intérêts, le degré de civilisation où ils sont

parvenus, elle appelle les homme$ de bonne volonté, et les unit au sein d'une société spirituelle qui a son existence propre, son organisation, ses lois, ses manifestations extérieures et publiques, en dehors de toute idée de nation ou de famille.

Comment un évêque ne s est-il point souvenu que si cette Eglise s'appelle catholique, si elle est placée dans une sphère supérieure aux étroites combinaisons de la politique humaine, inaccessible aux vicissitudes qui modifient sans cesse et précipitent dans le néant les plus solides institutions de la terre, c'est parce qu'elle a en elle sa raison d'être, parce qu'elle n'a pas besoin de s'appuyer sur les trônes périssables pour posséder sa plénitude de vie, parce qu'elle réunit toutes ses conditions d'existence, abstraction faite de son alliance avec les sociétés politiques et leurs gouvernements. Elle va, sans doute, sur tous les points du globe, consolider, par son influence morale, ici les monarchies, ailleurs les républiques, mais elle n'emprunte rien ni aux républiques ni aux monarchies. Elle n'a pas besoin que la présence des princes et l'éclat de leur cortège s'ajoutent aux pompes de ses cérémonies, pour quelle soit une Eglise visible, extérieure, pour que le culte qu'elle commande reçoive le caractère de culte public.

Il faut qu'une longue alliance entre l'autel et le trône ait bien profondément brouillé et con-

fondu les principes les plus élémentaires, pour qu'un mot puisse à ce point faire illusion. Parce que lusage a consacré le mot acte public, puissance publique, pour désigner la vie et la force sociales se traduisant par l'action impérative de l'Etat, on s'est cru autorisé à dire : dès que l'État ne professe plus de culte, il n'y a plus de culte public. Qu'on pousse jusqu'au bout la logique de cet étrange système, il sera tout aussi juste de dire : « dès que l'Etat cesse de professer officiellement la religion, il n'y a plus de société catholique; il reste bien des chrétiens isolés, adorant Dieu en silence, lui rendant un culte intérieur, où tout au plus le culte de la famille^ mais sans lien entre eux, ne formant plus un corps, une société visible, active, ayant une existence extérieure et publique; en un mot, plus d'Eglise en dehors de l'Etat. ?>

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