LES POUVOIRS HUMAINS SONT ETEANGEES A CES CONDITIONS
Évidemment on dénature la notion vraie et rationnelle du culte en y introduisant un élément auquel les docteurs catholiques n'avaient pas songé. Les pouvoirs humains n'ont que faire dans ces définitions. Il n'est pas besoin de
sortir de la société spirituelle et de recourir à rintervention de TEtat, pour mettre le chrétien en rapport avec Dieu par tous les moyens que comporte sa nature. Si le culte doit présenter un triple caractère, c'est pour correspondre aux trois éléments essentiels qui constituent l'être humain. L'homme est à la fois âme et corps; de plus il est fait pour vivre en société. C'est pourquoi il doit adorer Dieu, par des aspirations mentales, par des communications intimes; c'est le culte intérieur. Il doit adorer Dieu dans son corps, par des signes visibles, afin de manifester le sentiment de sa subordination et de sa dépendance; c'est le culte extérieur. Il doit de plus, comme être sociable, s'unir à ses frères dans une même foi et un même amour, pour qu'ensemble ils bénissent Dieu et lui adressent en chœur leurs adorations et leurs prières ; c'est le culte public.
L'Eglise, qui a pour mission de diriger et de régler les actes divers de ce triple culte, dicte aux croyants des formules de prières pour satisfaire aux nécessités du culte intérieur. Elle a institué, pour répondre aux besoins du culte extérieur, des signes sensibles, des sacrements, moyens à la fois visibles et mystérieux d'élever l'esprit et de fortifier le cœur. Enfin, par ses cérémonies communes et solennelles, l'Eglise déploie toutes les magnificences du culte public.
Que désirer davantage? Que manque-t-il au culte ainsi défini, à moins quon ne veuille y apporter des additions arbitraires? Ne nous renfermons-nous pas dans les limites de la plus rigoureuse orthodoxie, lorsque nous considérons la société spirituelle proprement dite , l'Église catholique, abstraction faite des sociétés humaines et des pouvoirs publics, comme un corps complet, ayant sa double vie, morale et extérieure, sa doctrine et ses actes, ses lois et ses sanctions? Parce que TEtàt se sépare d'elle et l'abandonne à ses propres forces, cesset-elle, cette Église, de reposer sur des fondements inébranlables, detre visible à tous les yeux par son organisation, par sa hiérarchie, par son chef suprême? Ne voit-on pas, au contraire, qu'alors surtout elle apparaît dans toute sa grandeur et dans toute sa puissance? Soudée au trône, il semble trop souvent qu'elle s'abaisse au niveau des choses humaines; dès qu'on la verra subsister seule, il deviendra plus manifeste que c'est la main de Dieu qui la soutient.