‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 106 sur 239 · JEUNESSE DE JAMES MILL · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE JAMES MILL

bourg, il commença même à faire le métier de prédicateur : une sacoche contenait encore, dans sa maison de Queen's Square Place, après 1810, le paquet des sermons qu'ilavait prononcés. Mais il était attiré par « la grande route qui mène à Londres ». En 1809, il arrive dans la capitale, à la suite de sir John Stuart, récemment élu membre du Parlement. « Je suis extrêmement ambitieux de rester ici, écrivait-il à son ami d'enfance, le chimiste Thomas Thomson, car je sens que c’est de beaucoup le meilleur théâtre pour un homme de lettres, à un point que l’on ne peut se figurer avant d’être sur les lieux »?. Il vivait là, faisant le métier de journaliste, tantôt directeur, tantôt simple rédacteur au British Review, au Monthly Review, à l’Eclectic Review, à l’Annual Review, à l’Edinburgh Review, lorsqu'il connut Bentham *. Était-il déjà le disciple de Bentham ? Il nous le laisse entendre quelque part, et on peut tenir son témoignage pour véridique‘. Quoi qu'il en soit, c’est en 1808 que Bentham paraît l’avoir remarqué pour la première fois : nous le voyons, cette année-là, communiquer à Dumont la notice élogieuse que vient de lui consacrer, dans lAnnual Rewew, celui qui va devenir pour lui une sorte de second Dumont. « Voilà qui est excellent, s’écrie Dumont, cet homme me plaît. 11 parle avec courage, avec force, d’une façon intelligible. Il ne ressemble pas à certains tièdes que je connais — admirateurs honteux — qui diront trente-six jolies choses dans une conversation — mais pas une — non, pas une, par

écrits. » De Pentonville, où il habite, Mill commence par faire de fréquentes visites à Bentham, allant souvent diner et passer la soirée chez lui. En 1809, il habite sous son toit, pendant deux ou trois mois de l'été, avec sa femme et son fils John, dans sa propriété de campagne de Barrow Green. En 1810, Bentham lui donne pour résidence la maison de Milton, contiguë à la sienne dans Queen’s Square Place, et qui lui appartient. La maison est malsaine, et Mill la quitte bientôt ; mais en 1814, Bentham loue, pour la lui sous-louer à moitié prix, une autre maison, voisine de la première, où Mill habitera pendant seize ans. Depuis 1806, James Mill travaille à son « Histoire de l’Inde britannique », dont l’idée peut lui avoir été suggérée par un passage des « Traités 6 », il est pauvre, et les articles de revue qu'il écrit ne suffisent à le faire vivre que pauvrement, en attendant le jour où, son « Histoire » terminée, il sera pourvu, en 1818, d’une place importante dans les bureaux de la Compagnie des Indes. Bentham rend donc à James Mill, en l’aidant à vivre, un inestimable service. Mais c’est que Bentham ne saurait se passer de celui qui, à ses côtés, avec autant de zèle et plus de suite, a repris le rôle de rédacteur et de metteur au net, rempli jusqu'alors par Dumont seul. Avec un « besoin d'admirer » qui fait dé lui, pour Bentham, le disciple idéal, avec un tempérament énergique et un caractère despotique qui font de lui, pour tous excepté pour Bentham, un maître redouté, avec un génie de la déduction et de l'exposition logiques qui donne à ses

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