‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 112 sur 239 · HORNE TOOKE ET BURDETT · texte numérisé non relu

HORNE TOOKE ET BURDETT

tache ainsi à la « vieille école » des démocrates anglais. Car Horne Tooke a toujours été un modéré et n’a jamais partagé, même aux temps de persécution commune, les convictions de Thomas Paine. Il rendait hommage, en 1793, devant ses juges, à la constitution glorieuse du peuple anglais; il admettait seulement que « des personnes honnêtes et bien intentionnées, ne connaissant rien de la constitution dans les livres, et jugeant seulement des choses par la pratique actuelle, pussent nier l’existence de cette constitution ». D'ailleurs, chez Horne Tooke, la tradition, la coutume finissent par se confondre avec le droit naturel, avec les prescriptions de la raison. Le droit {Right), c’est ce qui est commandé (rectum, de regere). Existe-t-il donc autant de droits que de commandements contradictoires, d’une nation à l’autre ? Mais le droit que révère Horne Tooke, n’est pas le jus vagum, le commandement capricieux des princes ou des ministres. De la loi de Dieu dérivent les lois de la nature humaine : « Je révère la Constitution et les LOIS constitutionnelles de l’Angleterre, parce qu’elles sont conformes aux LOIS de Dieu et de la nature; et sur celles-ci sont fondés les DROITS rationnels des Anglais 7. » Bref, Horne Tooke paraît revendiquer indivisiblement la restauration des droits inaliénabies de l’homme, pris en tant qu’homme, et le retour aux origines de la constitution du peuple anglais: deux conceptions également vides de sens pour qui se place au point de vue de la doctrine benthamique. En outre, il ne se fait pas l’avocat du suffrage uni-

versel; et ce sont vraisemblablement ses idées que reprend Burdett, le 15 juin 4809, lorsqu'il demande l'électorat pour tous ceux, mais pour ceux seulement qui paient l'impôt direct’. Cest à cette première étape que Bentham, parti du torysme et dès maintenant en route vers le radicalisme, s'arrête en 1809, malgré la différence des prineipes. Pour l'instant, les Benthamites ne vont pas plus loin. | Tel est notamment le cas pour James Mill qui, le premier dans le groupe naissant des Benthamites, essaie, en janvier 1809, par un article que publie la « Revue d’Édimbourg »#, et qui traite des constilutions républicaines de l'Amérique du Sud, de fonder la théorie du gouvernement représentatif sur le principe de l'utilité. « Toutes les fois que les intérêts de deux groupes d’hommes sont associés dans la poursuite d’un commun dessein, si l’administration tout entière est livrée à un des groupes, il est parfaitement clair que le groupe qui administre attirera graduellement de son côté tous les avantages et rejettera de l’autre tous les désavantages de l’association; si l’intérèt total est considérable et aussi impossible à contrôler que peut l’être l’intérêt d’une nation, cette inégalité doit certainement aller jusqu’à ruiner l’intérêt lui-même et à détruire toute prospérité nationale ». On voit qu’il ne s’agit plus, comme pour Paine ou Godwin, d'introduire en politique le principe antigouvernemental de l'identité naturelle des intérêts; James Mill se rapproche de la thèse traditionnelle du libéralisme whig, et se fonde, comme

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