JAMES MILL. BENTHAM
jadis Priestley, sur le principe de l'identification artificielle, pour demander, une fois admise la nécessité d’un contrôle gouvernemental, que le gouvernement à son tour subisse un contrôle organisé. Combien d’ailleurs James Mill est-il encore timide! Il veut bien accorder aux États d'Amérique une constitution démocratique, mais il refuse de confier au peuple le soin de former, à l’origine, la constitution ; et, quant à la composition du corps électoral, s’il ne la veut pas trop restreinte — ce qui serait s’exposer aux inconvénients de la corruption, — il demande qu’on évite de la faire trop large — ce qui serait donner cours aux « passions ignorantes et téméraires du vulgaire ».
C’est la même année que Bentham aborde le problème et commence la rédaction d’un « Catéchisme de la Réforme Parlementaire », sous forme de demandes et de réponses, dont, en novembre 1810, il proposera à Cobbett d’entreprendre la publication dans son Register. Cobbett refuse l’insertion ; et c’est peut-être une raison de l’antipathie qu’il inspirera toujours à Bentham°’. Est-il pourtant besoin de recourir à de si petites raisons pour expliquer le mépris constant où Bentham tient aussi bien Burdett, « le héros de la canaille » *!, que Cobbett *, « odieux composé d’égoisme, de malignité, d’insincérité et de. mendacité » ? On peut les utiliser à l’occasion, car . les plus vils gredins ont leur utilité. Mais Bentham éprouve à leur égard l’antipathie du philosophe politique pour le politicien : effectivement, son essai de 1810 est un essai purement philosophique où la place entière est occupée par l’énumération des raisons à donner
en faveur des propositions de Burdett, par qui adhère au principe de lutilité. Tout se ramène à un calcul des profits à obtenir, des pertes à éviter ou à réduire. II faut s’assurer, au plus haut degré, chez les membres du corps électoral ou, plus exactement, chez le plus grand nombre possible de ces membres, de la présence des facultés nécessaires pour les rendre aptes à l’accomplissement exact de leur fonction; et ces éléments d’aptitude consistent eux-mêmes, selon Bentham, en probité, en aptitude naturelle, en talent actif. Il faut, d’autre part, écarter, ou réduire à la plus petite quantité possible, les inconvénients relatifs aux élections; et de même, écarter, ou réduire à la plus petite quantité possible, les inconvénients relatifs à la discussion de validité des élections. Mais voici le point curieux de la doctrine de Bentham, en cet instant précis de son évolution. Il énumère cinq mesures nécessaires pour réaliser les fins positives : l'exclusion des fonctionnaires; l’introduction dans le Parlement de personnages officiels, qui n'auront pas le droit de voter, mais auront celui de prononcer des discours et de faire des motions; des élections fréquentes (Bentham les veut annuelles); la publication complète et authentique, régulière et rapide des discours; la constance, la ponctualité et l’universalité de l'assistance. Or, l’extension du droit de suffrage ne fait. pas partie de ces cinq mesures fondamentales.
Sans doute, à ces demandes de réforme constitutionnelle, Bentham en joint d’autres qui portent sur l’organisation de l'électorat. Tout en maintenant, sous