D’ADAM SMITH À RICARDO
mélancoliques, que James Mill énumère, du peu d’estime où sont tenus les principes qu’iltient pour les vrais principes de l’économie politique. Est-ce à dire que, pendant cette longue période de guerre, de réaction politique et de protection douanière, la pensée économique n’ait fait aucun progrès ? D'abord, à l’insu et sans le concours des législateurs, un monde industriel nouveau vient de surgir, qui soulève des problèmes nouveaux : William Godwin prépare le socialisme, pendant que Malthus, qui réfute Godwin, donne, à certaines idées déjà admises avant lui par les économistes politiques, un relief inattendu. D’autre part, la suspension du paiement en espèces par la Banque d'Angleterre, en 1797, a soulevé une polémique qui, depuis le livre de Thornton jusqu’à l’intervention de Ricardo dans le débat, porte à sa perfection la science des finances : c’est par l'étude des questions de banque que s'ouvre, avec Ricardo, la dernière période historique de l’économie politique « orthodoxe », comme en avaient commencé Jadis, au temps de Locke, les premières démarches. Enfin, l’Angleterre reste toujours un grand pays agricole, en même temps qu’elle devient un grand pays industriel : elle se préoccupe constamment de rechercher les moyens à employer pour que la production du pays suffise à la consommation. D'où des enquêtes parlementaires instructives, qui semblent bien avoir déterminé la formation définitive, chez Ricardo et ses disciples, de la théorie de la rente différentielle. Il suffit, d’ailleurs, de comparer le livre de Ricardo avec le livre d'Adam Smith pour mesurer le
progrès accompli : nous nous proposons de rechercher quel a été le rôle joué par le benthamisme dans cette évolution de l’économie politique utilitaire, entre Adam Smith et Ricardo.
Ce rôle est généralement considéré comme ayant élé très important. Bentham et James Mill sont les amis de Ricardo. Bentham n’a jamais cessé de s’oceuper d’économie politique : sans parler de sa « Défense de l'usure» et de son « Émancipez vos Colonies », il a écrit un « Manuel d'Économie politique », qui paraît en 1811, incorporé àla «Théorie des Récompenses». Il s’est intéressé aux problèmes de science des finances, n’abandonnant ses travaux qu'après en avoir constaté, en lisant l'ouvrage de Thornton, le peu d’originalité?. Quant à James Mill, les questions économiques l’ont toujours intéressé spécialement. Il a publié, en 180%, un « Essai sur le caractère impolitique d’une prime à l'exportation du blé». En 1807,
‘au moment où il va faire la connaissance de Bentham (et ne peut-on pas conjecturer que, si Bentham désira le connaître, c’est après avoir lu cet ouvrage ?), il publie son Commerce Defended où, contre Spence, disciple des physiocrates et partisan d’une politique de protection économique, il plaide la cause du libre-échange, tire les dernières conséquences de la thèse de l’identité naturelle des intérétséconomiques, et, niant la possibilité logique d’une surproduction, d’un excès de l'offre sur la demande,
- reprend la « théorie des débouchés », déjà formulée par
3.-B. Say. Ricardo se trouve, depuis 1807, en relation avec James Mill, qui le présente, en 1811, à Bentham, au