‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 124 sur 239 · LE LIVRE DE SAY · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE SAY

Date importante, non point peut-être dans l’histoire des doctrines économiques, mais dans l’histoire des méthodes d’exposition de l’économie politique. Car J.-B. Say, dans ce traité qui devient bientôt populaire, insiste sur le caractère théorique et systématique que doit présenter l’enseignement de cette science. Assurément, Say loue Adam Smith d’avoir substitué « l’esprit d'analyse » à « l'esprit de système », d’avoir « appliqué à l'Économie politique la nouvelle manière de traiter les sciences en ne recherchant pas des principes abstractivement, mais en remontant des faits les plus constamment observés aux causes. » Il reproche cependant au livre d'Adam Smith de n'être « qu’un assemblage confus des principes les plus sains de l'Économie politique, appuyés d'exemples lumineux, et des notions les plus curieuses de la statistique, mêlées de réflexions instructives ; mais ce n’est un traité complet ni de l’un ni de l’autre ; son livre est un vaste chaos d’idées justes, pêle-mêle avec des connaissances positives!? ». Ce qui fait la supériorité du livre de Say, et Ricardo le constate, c’est l’arrangement logique des matières. « L’Économie politique, selon Say, montre comment la richesse naît, se répand, se détruit : les causes qui favorisent son développement, ou entraïnent sa décadence; son influence sur la population, la puissance des États, le bonheur ou le malheur des peuples. C’est une exposition de faits généraux, constamment les mêmes dans des circonstances semblables ». Lois de la production, de la distribution et de la consommation

des richesses : c’est l’ordre dont J.-B. Say est l’inventeur, et qu’il a rendu classique. Dans le sujet qui nous occupe, il y a, comme dans tous les sujets, des faits généraux ou constants, objet de l’économie politique, et des faits particuliers ou variables, objet de la statistique. La complexité des phénomènes dissimule seule le lien des faits particuliers, ce qui n'empêche pas le lien d'exister : le principe de gravitation est un « fait général » qui explique aussi bien l’ascension d’un jet d’eau que la chute des graves. « En économie politique, c’est un fait général que l’intérêt de l’argent s’élève lorsque le prêteur est exposé à des risques plus grands: conclurai-je que le principe est faux pour avoir vu prêter à bas intérêt dans des conditions hasardeuses ? Le prêteur pouvait ignorer son risque, la reconnaissance pouvait lui commander des sacrifices : et la loi générale, troublée dans un cas particulier, devait reprendre tout son empire du moment que les causes de perturbation auraient cessé d’agir ‘?.» — Hume condamnait la définition proposée par Malebranche de la loi naturelle. Les physiocrates, au contraire, la prennent pour point de départ de leurs spéculations. Or, Hume a bien été, en matière d'économie politique, un des maîtres d'Adam Smith; mais les physiocrates en ont été d’autres. De cette dualité d'influence résulte l’incertitude de la méthode d’Adam Smith : est-elle inductive ou déductive ? empirique ou rationnelle ? Cest maintenant ce même rationalisme français qui, se transmettant des physiocrates aux idéologues, vient une fois de plus, agir sur

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