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L'ÉCONOMIE POLITIQUE DE BENTHAM

la pensée anglaise, et faire prévaloir, des deux tendances, naturaliste et rationaliste, qui se combattaient chez Hume et Adam Smith, la tendance rationaliste. Il reste que le caractère systématique et déductif de l’économie politique de Ricardo peut avoir pour origine une influence française, subie par l'intermédiaire de Bentham et de James Mill. Au sujet de Bentham, en tous cas, la chose est bien douteuse. Sans doute Bentham s'était proposé, lui aussi, comme plus tard Say, comme Ricardo, de mettre l’ordre dans le « chaos » d'Adam Smith ; et Spéranski recevant, en 1804, de Dumont, le manuscrit de l” « Économie politique » de Bentham, en fait l’éloge en des termes qui conviendraient, sans une altération, au livre de Say. Il loue « la largeur des vues, la clarté et la précision des classifications, le caractère systématique des arrangements ». Enfin sont exaucés les vœux de Necker. « Adam Smith nous a fourni des matériaux incomparables. Mais, plus occupé de prouver et de déduire de l’expérience les vérités qu'il établissait, il ne songea pas à en faire un corps de doctrine. Plus on l’examine de près, plus est évident son manque de méthode. Je crois qu’en suivant le plan de Mr. Bentham, l’économie politique occuperait une position beaucoup plus naturelle, plus aisée à étudier et plus scientifique.» Mais le point de vue auquel se place Bentham, pour systématiser l’économie politique, est diamétralement opposé au point de vue de J.-B. Say et de Ricardo. Pour Bentham, le principe de l'utilité a toujours été par essence un précepte, le fondement d’un

système d'obligations. À faut travailler en vue de l’utilité générale, il faut réaliser l’identité de l'intérêt privé et de l'intérêt. public. Tel est l’art du législateur, dont une des branches constitue l’économie politique. Loin done de négliger cette partie de l’économique à laquelle Adam Smith donnait le nom d’économie politique, pour transférer le nom à cette autre partie de l’œuvre d'Adam Smith qui consiste en investigations

proprement théoriques, il supprime complètement, dans

son opuscule, « la recherche de la nature et des causes de la richesse des nations », et, au lieu de détacher la théorie de la pratique, absorbe au contraire entièrement la théorie dans la pratique.

Mais peut-être, dans les limites que nous avons

définies, l'influence de James Mill a-t-elle été plus réelle. Il a été attiré vers Bentham par la sympathie que lui inspirait le caractère systématique de ses travaux juridiques; et James Mill, dont la constitution intellectuelle est encore mieux équilibrée que celle de Bentham , ne sacrifie jamais les exigences de la spéculation théorique aux impatiences de lacton et de l'esprit réformateur. Il a le goût de la déduction abstraite; et son fils Stuart Mill, à une époque où 1l s’érigera en juge de son père et maître, considérera comme son principal défaut « de trop croire à l’intelligibilité de l'abstrait, quand il ne prend pas corps dans le concret?! ». Rien de caractéristique à cet égard comme sa définition de l’histoire, dans la préface de l’« Histoire de l’Inde britannique ». L'histoire n’est

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