‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 20 sur 239 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

fonder, sur une loi unique, une science intégrale de la nature, et l'espérance conçue de découvrir un principe analogue, capable de servir à la constitution d’une science synthétique des phénomènes de la vie morale et sociale ; — d’autre part, une crise profonde de la société, crise elle-même due en partie au développement de la science et au progrès de ses applications pratiques, crise qui appelle des transformations du régime juridique, économique, politique, qui suscite des projets de réforme et des réformateurs sans nombre, qui réclame enfin un principe unique capable d’unir en un seul bloe théorique tant de notions encore éparses: — voilà les causes générales de la formation du radicalisme philosophique. Comment Bentham se trouvera-t-il désigné par son génie propre, par des circonstances plus où moins particulières, pour être le chef de cette école? Les circonstances qui expliquent ce fait sont complexes et variables; et le progrès de la doctrine ne s'opère pas, sur tous les points, avec la même vitesse ni selon la même loi. Vers 1789, on peut tenir, en matière juridique, la doctrine utilitaire pour constituée de toutes pièces ; mais les Anglais, fiers de l'excellence relative de leurs institutions judiciaires, n’éprouvent aucun besoin de les réformer ; de sorte que Bentham, disciple du Français Helvétius et de l'Italien Beccaria, écrit en langue francaise un livre qui paraîtra sur le continent, mis au net et édité par un Suisse. La doctrine est en avance sur l’époque. Vers le même temps, l’économie politique utilitaire, sous réserve des

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additions que feront plus tard Malthus et Ricardo à la doctrine d’Adam Smith, peut être également considérée comme fondée, avec la théorie de la valeur et la thèse du libéralisme commercial et industriel. Non seulement elle s’exprime dans un livre qui restera classique, mais elle est déjà populaire : elle exprime l'esprit de l’époque. En matière politique, enfin, les utilitaires sont des sceptiques et des autoritaires, indifférents aux moyens que les gouvernements emploieront pour détruire les préjugés et réaliser leurs réformes. C’est le temps cependant où déjà s’élabore, parmi les révolutions et les émeutes, le futur programme radical. La doctrine utilitaire est en retard sur l’époque.

La Révolution française éclate : elle change la des-. tinée de Bentham et de sa doctrine.

Au moment où elle éclate, Bentham vient de publier son /ntroduction aux Principes de Morale et de Législation ; dans le tumulte universel, le livre passe inaperçu. L'année qui précède, il a confié à Dumont de Genève le soin de publier l'édition française de ses Principes de Droit civil et pénal : les Traités de Législation devront attendre la fin de la période révolutionnaire, quatorze années plus tard, pour paraître à Paris. Bentham est un disciple d'Adam Smith en matière d'économie politique, et sa Défense de l'usure a eu du succès: dans la réaction qui sévit en Angleterre, des années devront s’écouler avant que les idées d'Adam Smith redeviennent populaires. Il s’est fait connaître, à côté de Howard;

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