CHAPITRE PREMIER
LE PROBLÈME POLITIQUE
La révolution de France rappelle, en 1789, d’une façon pressante, l'attention du public anglais sur le problème politique, négligé depuis quelques années. La guerre redevient ardente entre les partis, une brillante et violente polémique se prolonge entre les écrivains de la faction aristocratique, appuyée sur l’immense majorité de la population, et ceux de la faction jacobine, qui plaident la cause impopulaire de l'étranger. De même qu’en 1776, le principe de l’utilité apparaît, chez certains, chez Burke et chez Bentham lui-même, comme un
principe hostile aux principes révolutionnaires. Mais, | 1
à la différence de ce qui se passait en 1776, la philosophie républicaine elle-même est envahie, d’une façon constamment croissante, par l'esprit utilitaire. Ceux mêmes qui continuent à parler le langage des « droits de l’homme » paraissent ne plus bien comprendre le sens juridique et spiritualiste de l'expression : c’est ainsi que, sous un régime républicain, nous continuons à faire nos échanges avec des monnaies frappées à l’effigie de monarques déchus, sans y prendre garde et sans y attacher d'importance. Enfin Godwin fonde une politique purement démocratique sur une application rigoureuse et systématique du principe de l’utilité, à l'exclusion du principe de légalité des droits. Ainsi se prépare, sous des formes imparfaites et utopiques, à côté de Bentham et à son insu, la future identification du principe utilitaire avec le principe démocratique.