‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 37 sur 239 · ROMILLY ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

ROMILLY ET LA RÉVOLUTION

libre nous a habitués à regarder avec dédain des institutions qui, si sages qu’elles puissent être en soi, ne pouvaient pas, croyait-on, mériter d’être imitées, parce qu’elles étaient établies sous des gouvernements despotiques. L’excellence relative de notre constitution en a empêché l'excellence réelle. » Tous les abus seront critiqués et corrigés ; et ceux-là seuls auront des motifs de s’alarmer, « qui ont, ou du moins pensent avoir, des intérêts distincts, ou même contraires, de ceux de la nation prise dans son ensemble », le pair orgueilleux, le fonctionnaire qui cumule, le concussionnaire colonial, l’homme de loi, « qui a rempli sa mémoire, et surchargé son entendement de tout le fatras des lois positives », et « tremble à la seule pensée d’une réforme du droit, qui rendrait inutile sa vaste érudition et supprimerait la nécessité d’avoir recours à lui pour guider les hommes dans le labyrinthe des statuts ambigus et des décisions incohérentes ». Mais, dans la péroraison, les notions de liberté et de droit viennent de nouveau se substituer à la notion d'utilité : « heureuse la génération naissante, qui est destinée à vivre en des temps où se lever pour la défense des droits égaux de l'humanité ne sera plus tenu pour un juste objet de dérision, où il ne sera plus considéré comme chimérique de vouloir assurer à l'humanité la pleine jouissance de ces droits ; où le génie s’efforcera non d’amuser l'imagination, ou d’exciter les plus dangereuses passions, mais de concerter les moyens les meilleurs et

les plus efficaces pour donner aux hommes, de tout ordre,

34 LE RADICALISME PHILOSOPHIQUÉ.

Ja liberté, la sécurité et le bonheur ». En 1790, il plaide contre un de ses correspondants français la cause de l’Assemblée nalionale : il n’est pas d’assemblée humaine depuis la création qui ait fait moitié autant pour le bonheur de l’espèce humaine. « J’admets la violence, ou, si vous voulez, l’égoïisme des meneurs de l’Assemblée nationale; mais que des hommes doivent agir sous l'inspiration du pur motif de faire le bien d’autrui, sans aucune considération pour eux-mêmes, c'est, J'en ai peur, plus qu’on n’est en droit d'attendre, même sous le gouvernement le plus parfait que la sagesse humaine puisse désirer, à bien plus forte raison sous un gouvernement comme celui sous lequel s’est formé le caractère de tous les hommes qui jouent maintenant un rôle politique en France » 5. En 1791, il se réjouit que le succès du livre fameux de Thomas Paine sur les « Droits de l’homme » ait annulé le succès, à ses yeux déplorable, des Reflections de Burke‘. En mai 1799, il tient encore bon : « Même la conduite de l’assemblée actuelle n’a pas été capable d’ébranler sa conviction que c’est l'événement le plus glorieux, et le plus heureux pour l’humanité, qui ait jamais eu lieu depuis qu’on recueille l’histoire des affaires humaines »°!. Mais la Journée du 10 août, les massacres de septembre, le désabusent tout d’un coup. « Autant penser à établir une république de tigres dans quelque forêt d'Afrique, qu’à conserver un gouvernement libre parmi de tels monstres. » ©

Mais Bentham n’est ni un politicien ni un enthou-

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