IV INTRODUCTION
vers la même époque, au triomphe du libre-échangisme manchesterien. Nous étudions, à c> point de vue, les origines, historiques et logiques, du radicalisme philosophique, un peu comme nous pourrions étudier la formation des principes de 1789; et, dès lors, notre étude constitue, en même temps qu’un chapitre d’histoire de la philosophie, un chapitre de philosophie de l’histoire.
Mais n'est-ce pas là, peut-être, reculer à l’excès les limites de notre sujet ? Nous ne le pensons pas, et nous croyons qu’une circonstance historique donne à notre étude un caractère aussi défini que possible. Car en Jérémie Bentham le radicalisme philosophique possède son grand homme; à sa carrière philosophique et littéraire correspond la période que l’on peut tenir, dans l’histoire du radicalisme philosophique, pour la période de formation de la doctrine. — 1776, c’est l’année de la révolution d'Amérique, qui prépare les révolutions européennes ; c’est l’année où Adam Smith publie sa Richesse des Nations ; où le major Cartwright formule pour la première fois en Angleterre le futur programme radical et chartiste des parlements annuels et du suffrage universel; mais c’est aussi l’année où Bentham, âgé de vingt-huit ans, publie son premier ouvrage, le Fragment sur le Gouvernement. — 1839, c’est l’année de la réforme qui, pour la première fois en Angleterre, accorde aux districts industriels et, dans une certaine mesure, aux classes laborieuses, le bénéfice de l’éleetorat, et donne à l’opinion radicale la possibilité de