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CRITIQUE DU LUXE

D'ailleurs, que l’avare fasse un mauvais emploi de sa fortune, la chose est couramment admise; mais l'opinion publique est, en somme, favorable à l’homme riche et généreux, qui dépense sans compter, who lives up to his fortune; il est, en réalité, aussi populaire que l’avare est impopulaire. Or, la thèse de Godwin est que l’homme riche, en tant que riche, ne peut pas être socialement utile : la distinction des riches et des pauvres est une distinction artificielle, qui détruit l'identité naturelle des intérêts. Godwin finit, en tirant toutes les conséquences logiques de cette thèse, par développer ce paradoxe que l’avare est, dans l’emploi qu’il fait de sa fortune, plus près de la vérité morale que le prodigue ?’. Leluxe ne se sépare pas de l'inégalité des fortunes ; une civilisation fondée sur le luxe ne peut donc être justifiée qu’à titre de transition nécessaire entre un égalitarisme barbare et un égalitarisme civilisé* ; il faut travailler à séparer les deux notions de luxe et de civilisation, et faire la critique de la société actuelle, fondée sur le luxe.

Le luxe n’est pas utile, en premier lieu, au riche luimême, qui en jouit, ou passe pour en jouir. Godwin distingue quatre classes de biens : «la subsistance, les instruments du progrès intellectuel et moral, les plaisirs dont la satisfaction ne coûte rien, les plaisirs dont la satisfaction n’est en aucune manière essentielle à une existence saine et vigoureuse, et ne peut être achetée qu’au prix de beaucoup de travail et d’industrie ». Cette dernière classe, qui comprend les plaisirs

du luxe, est celle qui met le plus d'obstacles à une distribution équitable des richesses : comparez, quant à leur quantité respective, les objets qui procurent les trois premiers genres de satisfaction avec ceux qui procurent le quatrième, ils sont en quantité infime. On peut estimer qu'un vingtième seulement des habitants de l’Angleterre est occupé aux travaux de l’agriculture. De plus, la nature de l’agriculture est telle, qu’elle absorbe tout le temps du travailleur pendant certaines parties de l’année, et laisse les autres parties de l’année relativement libres : nous pouvons considérer les dernières comme équivalentes à un travail qui, dirigé par une habileté suffisante, pourrait suffire, dans un état social simple, à fabriquer les outils, à tisser les vêtements, à occuper les bouchers et les boulangers. Par suite, selon Godwin, il ne semble en aucune facon absurde d'admettre que le travail d’un homme sur vingt, dans la société, suffirait à fournir au reste toutes les choses absolument nécessaires à la vie. «Ce travail, partagé à l’amiable entre tous, au lieu d’être accompli par un aussi petit nombre, occuperait le vingtième du temps de tous les hommes. Admettons que l’industrie d’un travailleur occupe dix heures par jour, ce qui, déduction faite des heures de repos, de récréation et de repas, semble être compté largement. Il suit qu'une demi-heure par jour, appliquée au travail manuel par tous les membres de la société, suffirait à fournir à l’ensemble les choses nécessaires ». Si tant d'hommes travaillent dix

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