‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 87 sur 239 · OPTIMISME DE BURKE · texte numérisé non relu

OPTIMISME DE BURKE

disent les « fanatiques de la secte de la règlementation * », quand le travailleur est jeune et bien portant, et que le fermier et le travailleur peuvent traiter sur le pied d'égalité; mais en cas de misère, de maladie, de vieillesse, quand le travailleur est chargé d’une famille nombreuse, et ne peut ni vivre ni nourrir sa famille sur la rémunération naturelle de son travail, celle-ei ne doit-elle pas être relevée par l'autorité? Burke pose alors la question de savoir si la quantité des subsistances existantes est suffisante pour satisfaire aux exigences de la philanthropie. De ce que les riches sont peu nombreux, en proportion du grand nombre des pauvres, Burke tire une conséquence diamétralement opposée à celle qu'avait tirée Godwin : l'impossibilité de supprimer la pauvreté par une distribution égale du superflu des riches ?!. Plus le capitaliste est riche, plus son intérêt privé s’identifie avec l'intérêt général, parce qu'il peut se contenter de retirer, de son capital, un moindre profit. Burke affirme qu'il y a eu hausse des salaires. Certainement les hommes travaillent plus ; mais, quant à savoir si l’accroissement de la quantité de travail fournie est, somme toute, un bien ou un mal, c'est une question philosophique qu'il ne veut pas aborder à la suite de Godwin. Sans vouloir examiner sous toutes ses faces la politique qui accérde une assistance aux pauvres, il constate que la loi anglaise assure « un secours suffisant à la vieillesse tombée en décrépitude, à l’enfance orpheline, à la maladie accidentelle », et que la classe inférieure reçoit annuellement des classes

supérieures, par l'application de la loi des pauvres, deux millions de livres. Mais il proteste contre toute interprétation relâchée de l’esprit de la loi. Faire croire au pauvre qu’il a droit à l’assistance de l'État, sans travailler, c’est lui faire une promesse impossible à tenir. L'expression courante the labouring poor, c’est-à-dire « le travailleur pauvre », « le pauvre qui travaille », n’est que du jargon à la mode. À ceux qui travaillent, il faut recommander la patience, le travail, la sobriété, la frugalité, et la religion ; le reste est imposture. Cest une horrible aberration de les appeler « le travailleur jadis heureux *? ». « Quand nous affectons de plaindre comme pauvres, non plus ceux qui ne peuvent pas travailler, mais ceux qui doivent travailler, faute de quoi le monde ne pourrait exister, nous jouons avec la condition même de la vie humaine # ». Il est écrit que l’homme doit manger son pain à la sueur de son front. « Les règles du commerce et les principes de la justice » demandent que chacun reçoive le prix de son travail ; l’homme qui ne peut pas vivre du fruit de son travail ne se fonde pas sur un droit lorsqu'il demande à vivre, il fait appel à la pitié: ici finit le domaine de la justice publique, ici commence celui de la charité privée *1.

Bentham, de son côté, dans un fragment % qui paraît, en 11798, à Genève, par les soins de Dumont, dans la « Bibliothèque Britannique », mais qui avait été rédigé, nous dit Dumont, « bien des années » auparavant, adopte, sans y rien changer, le principe d’Adam

Page 1