BENTHAM SUR LE DROIT A L'ASSISTANCE
Smith (« Montesquieu, écrit-il, Condillac, Sir James Stewart, Adam Smith, les Économistes n’ont qu’un même sentiment sur ce point ») : « la population est en raison des moyens de subsistance et des besoins ». Done, le moyen d’augmenter la population ne consiste pas à l’encourager directement par des peines et des récompenses, il consiste à « accroître la richesse nationale, ou, pour mieux dire, à la laisser s’accroître. » En 1795, il discute, dans la déclaration des droits rédigée par Sieyès, l’article aux termes duquel « tout citoyen qui est incapable de pourvoir à ses propres besoins a droit à l’assistance de ses semblables », et songe peut-être, en le discutant, à Godwin autant qu’à Sieyès. Reconnaître à chaque citoyen un droit à l'assistance de ses concitoyens, c’est lui reconnaître un droit à l’assistance soit des individus pris isolément, soit de la collectivité. Dans le premier cas, « donner à chaque pauvre un droit à l'assistance de tout individu qui n’est pas également pauvre, c’est bouleverser toute idée de propriété ». Dans le second cas, l’article de la déclaration reste bien vague : car il ne suffit pas d'affirmer un droit, il faut encore déterminer comment l’assistance doit être levée et distribuée, organiser l’administration de l’assistance, créer les officiers enquêteurs, régler la manière dont les pauvres doivent procéder pour se prévaloir de leur droit. Et la question se pose toujours : le droit est-il d’une application possible ? On peut supposer un état de disette, tel qu’il ne soit plus possible de fournir le pain à tous ceux qui en ont besoin.
Comment pouvons-nous donc convertir ce devoir de bienveillance en un droit absolu ? Ce serait donner à la classe indigente les idées les plus fausses et les plus dangereuses. Ce ne serait pas seulement détruire toute gratitude de la part des pauvres envers leurs bienfaiteurs, — ce serait mettre des armes entre leurs mains contre tous les propriétaires #. Or, tel est un peu le cas en Angleterre, pendant les années 1794 et 1795 ; et Bentham se trouve amené, par la force des choses, à étudier directement les problèmes que soulève Papplication de la loi des pauvres.
Il adresse à Pitt, en février 1797, des « Observations sur le Poor Bill? », ef son attitude est curieuse. Il pense qu’il lui suffise de démontrer que le bill constitue une mesure égalitaire pour le condamner : « le système de l’égalisation, appliqué aux salaires, semble à peine moins menaçant pour l’industrie, et, par suite, pour la propriété (sans parler des frais), qu’il ne serait, appliqué à la propriété, pour la propriété et, par suite, pour l’industrie ». Il condamne toute tentative faite pour établir, par voie directe ou indirecte, un salaire normal, et, en particulier, dans le bill de Pitt, ce qu’il appelle « la clause d’aptitude inférieure ou de salaire complémentaire » (Under-Ability, or Supplemental Wages Clause). Reprenant, avec plus de minutie, l’objection de Burke, il demande si ce salaire normal sera le salaire maximum, ou minimum, pour une industrie déterminée, ou un salaire moyen, toutes les industries étant considérées, ou le salaire maximum pour l’industrie qui occupe,