CHAPITRE I
lées et, en matière de charité, les cahiers se contentent souvent d’exprimer des désirs dont la réalisation serait très souhaitable, mais en se gardant bien d’indiquer aucune solution pratique h
Voici, ces réserves faites, les idées générales qu’il nous a paru possible de dégager de l’ensemble de ces vœux 2. Au point de vue spécial des questions touchant les pauvres et les malades, le sujet peut être divisé en ; observations sur le paupérisme ; création et administration des hôpitaux, bureaux et ateliers de charité; taxes et revenus afférents à ces établissements, et enfin soins à donner aux enfants trouvés.
Cent quarante-deux cahiers formulent des desiderata tendant à la répression de la mendicité et au soulagement de la misère, sans faire connaître les moyens d’atteindre ce but ; quelques formules prises au hasard mettront en relief le vague de ces demandes :
Les États généraux s’occuperont essentiellement d’extirper la mendicité (sénéch. d’Aix).
Qu’il soit fait un règlement pour empêcher la mendicité (Bailliage d’Autun). On suppliera Sa Majesté d’aviser aux moyens d’empêcher totalement la mendicité de profession à cause des abus, des troubles et des forfaits qu’elle occasionne (Ordre du clergé du Calaisis).
Que les Etats généraux veuillent bien s’occuper de supprimer la mendicité (Sénéch. de Condom). Il faut qu’une bonne législation prévienne la mendicité; qu’à la pauvreté laborieuse on fasse trouver partout la ressource du travail; à la vieillesse et aux infirmités, des secours; à l’oisiveté, le mépris et une police sévère (Ville de Vienne).
Qu’il soit cherché des moyens doux et nullement vexatoires pour abolir la mendicité (Sénéch. de Nîmes.)
1. « Du reste, en toutes ces matières, l’ordre de la Noblesse se borne en général à exprimer ses désirs de réformes sans entrer dans de grands détails d’exécution. On voit qu’il a moins vécu que le bas clergé au milieu des classes inférieures, et que, moins en contact avec leur misère, il a moins réfléchi aux moyens d’y remédier. » (Tocqueville, L’ancien Régime et la. Révolution. Note, p. 427. lO® édition, in-8°, 1856.)
2. Archives parlementaires, par MM. Madival et Laurent, l'® série. États généraux, Cahiers des sénéchaussées et bailliages, 7 vol. in-8°, dont un renfermant les Tables.
LES UTOPIES ET LES LOIS
En ce qui concerne les hôpitaux on retrouve les mêmes propositions banales : Il serait utile d’augmenter le nombre des hôpitaux ; les électeurs en réclament surtout pour leur province ou leur cité. D’autres désirent voir dans chaque paroisse rurale un petit hospice desservi par des religieuses. Quelques cahiers se bornent à demander que toutes les villes aient un hôpital contenant des lits affectés aux malades des environs.
Un bailliage blâme-t-il l’union des humbles asiles de la campagne aux hôpitaux généraux, le bailliage voisin applaudit au contraire à ces mesures centralisatiâces.
L’ouverture de maisons destinées aux femmes en couches forme l’objet de plusieurs ai’ticles ; la surveillance des États provinciaux sur tous les établissements de bienfaisance' est réclamée fréquemment.
Certains groupes voudraient donner au clergé une part encore plus prépondérante dans l’administration charitable, tandis qu’ailleurs une gestion municipale et élective est nettement préconisée ; toutefois la pensée que les ministres du Culte puissent être exclus systématiquement de Vorganisation hospitalière n'apparaît nulle part.
Quant à la publicité des Comptes elle est, à juste titre, exigée par de nombreux cahiers ; c’est là un des rares vœux sur lequel aucune divergence n’existe.
Passons-nous aux Bureaux de charité, nous trouvons les mêmes généralités.
Il serait désirable que l’on créât des bureaux de charité, des établissements de travail affectés aux vagabonds.
Elle serait bien respectable cette loi qui établirait un bureau dans chaque paroisse (cahier de Croissy-en-Brie).
Quelques points paraissent cependant se dégager. On demande :
Que la mendicité soit défendue en dehors des limites de la paroisse, chaque communauté d’habitants étant tenue de nourrir ses pauvres. (Voir: Colmar. Bailliages d’Auxois, d’Amiens, etc.)
2° Qu’il soit établi partout des ateliers donnant de l’ouvrage aux indigents, soit dans les ateliers eux-mêmes, soit à domicile, L. Lallemand. — La Révolution et les Pauvres. 3