CHAPITRE IV
aulne d’étoffe pour eouvrir la nudité de nos vieillards et de nos enfans des deux sexes, qui sont également en guenilles R... » (Arch. nat., Fis, 267).
On écrit de Tulle au Ministre, le 16 brumaire an 4 (Arch. nat., F‘5, 262) : « Nous n’avons ni étoffes, ni toiles pour vêtir les pauvres, daignez nous tendre une main ^^rompte et secourable ». A Auxerre, à Nuits, ni linge, ni combustible. Dans cette dernière ville, la municipalité doit « emprunter un demi-moule de bois pour subvenir aux besoins urgents de l’hospice ». Les directeurs de la maison d’humanité de Périgueux déclarent (6 ventôse an 4. Arch. nat., F'^, 282) que l’établissement ne saurait se soutenir « si l’on ne vient promptement a son secours en remplaçant surtout les draps, couvertures, matelas, chemises pour hommes et pour femmes et autres linges que des maladies de toutes espèces et notamment les femmes grosses achèvent de consommer journelement et ce depuis plus de deux ans ».
A Rouen (2 pluviôse et 16 thermidor an 4. Arch. nat., F*^, 275), pour se procurer de quoi manger, « il faut restreindre la partie des habillements et du linge qu’il est absolument nécessaire de remplacer pour avoir le rechange et détruire la vermine
qui ronge les vieillards et les enfants. Dans certains hospices
les malades sont restés six mois sans changer de draps et un mois sans changer de chemise ».
A Roanne (12 germinal an 4), l’entretien du linge et des ustensiles les plus indispensables est négligé ; les indigents admis aux eaux de Néris « sont couchés deux dans un lit » ; l’établissement manque de tout.— Mêmes plaintes à Bourg (messidor an 4) ; Brest (15 thermidor) ; Boulogne-sur-Mer (vendémiaire an 5); Limoges (1®'^’ messidor). — « Là le pauvre est nu, l’humanité frisonne et détourne la vue » ; Lesneven (frimaire an 6) ; Chaumont (vendémiaire an 7) ; Liège (pluviôse); Reims (nivôse-plu-
les objets ; malgré les froids qui se font déjà sentir, les poêles ne sont encore allumés qu’aux infirmeries. Nos vieillards des deux sexes contraints à se passer de feu souffrent et murmurent ».
6. Lettre du 23 brumaire an 4. «...Autrefois tous les hospitalisés, enfans et vieillards, avaient chacun leur paire de souliers par an ; les filles n’ont pas été habillées et sont nues; plus de moitié des garçons est dans le même cas... »
DE LA SITUATION FAITE AUX ADMINISTRÉS 191
viôse-ventôse an 8). A Saint-Floui-, on affirme (5 brumaire an o. Arch. nat., 308) avoir vu « des vieillards^ des enfans et des infirmes dépourvus de linge et. de vêtemens; forcés par ce dénûment de garder les chambres et de ne pouvoir s'exposer à l'air ... »
Au Havre (messidor an 5 et brumaire an 6. Arch. nat., Fi’\ 302), « le linge, article le plus essentiel, manque au point qu’il n’y a plus de rechange en chemises, qu’il n’y a plus de draps qui ne soient aux deux tiers usés, partie même en lambeaux. L’on ne satisfait aux malades qu’en négligeant absolument les infirmes et les vieillards et par un lavage continuel qui ne fait que précipiter la détérioration ; il en est de même des jDetits draps pour les enfans et l’on ne peut plus fournir de layettes aux nourrices, les laines pour refaire les matelats, les couvertures, les vêtemens pour les pauvres manquent ou sont usés'^... ».
La charité est sollicitée, à Metz (23 brumaire an 6), de fournir « quelques vieux linges » ; il n’y a plus à l’hospice de quoi envelopper les enfants nouveau-nés. Les administrés de l’hospice de Toulouse, n’ont aucun vêtement chaud (brumaire-frimaire an 7), et, pour terminer cette navrante énumération, en nivôse an 8, à Marseille, ce les enfans et filles de la patrie sont sans souliers et sans bas, les vieillards, couverts de haillons, gardent un mois leur chemise sur le corps, de sorte que la vei’mine joint au manque de nourriture leur fait traîner une existence mille fois à
7. La Commission administrative de l’hospice civil du Havre à l’administration centrale de la Seine-Inférieure, 6 fructidor an 6 (A. 367): « ...Nous voyons
avec effroy l’automne s’approcher c’est la saison des maladies ; l’hiver s’avance à grands pas, c’est celle des plus grandes consommations en tout genre ; et nous n’avons aucunes provisions, ni blé, ni vin, ni bois: aucunes étofl'es, point de linge, cet, article important pour une maison de santé. Les vieillards, les enfans sont nuds pareequ’on n’a jamais pu leur donner de vêtemens que dans la plus mince quantité et des qualités les plus grossières. On parle continuellement de l’amélioration du sort des hôpitaux et rien ne s’opère : cette sollicitude se borne-t-elle donc à de vaines théories? Que de peines pour faire le bien, pour réparer; tandis que le mal s’est fait si rapidement?... »
Les administrateurs des hospices d’Anvers (14 brumaire an 8. A. N., 376)
trouvent, en prenant possession de leur poste, « les pauvres malheureux dénués pour ainsi dire de tout, et à peine couvert de hœillons qui font reculer d’horpeur ».