LIVRE II. - CHAPITRE V
nationales ». Dans ces conjonctures et à la suite de la suppression des octrois, le Corps municipal élimine de ces ateliers (27 mai 1791) les étrangers et les individus qui, ayant moins de SO ans, ont travaillé précédemment dans les manufactures ou exercé un état capable de leur procurer la subsistance... Quelque temps après, ces réformes sont reconnues insuffisantes, on ferme définitivement les chantiers (Gosselin, Journal desprincip. épisodes de l'époque Révolutionnaire à Rouen, in-8°, 1867, p. 50).
Dans l’Yonne, il est proposé (1788) de payer l’ouvrage accompli en raison directe des besoins des travailleurs et en raison inverse de leur force« c’est-à-dire qu’ils doivent être païés davantage à raison de leur foiblesse et des besoins des ouvriers^, c’est le moïen qui parait devoir remplir le mieux l’objet desatteliers de charité... Un père de famille a plusieurs enfans en bas âge; la mère, occupée des soins qu’ils exigent ne pourra gagner en filant que trois ou quatre sols; il faut pour faire subsister cette famille nombreuse, vingt quatre sols, à raison de la cherté du pain; c’est donc 20 à 21 sols que le père doit gagner; mais si cet homme n’est d’une constitution robuste et qu’il ne puisse faire qu’une demie toise cube de terrassement par jour, en bien travaillant, il faut que la toise cube vaille pour lui 40 s., tandis que pour un autre, elle vaudra que 36 s. et même 30 s.
« Un enfant de 14 à 13, garçon ou fille, a besoin de 5 à 6 sols par jour pour vivre, et il ne peut faire en s’occupant autant qu’il dépend de lui, qu’un douzième de toise cube par jour; il est donc nécessaire qu’elle lui soit payée 3 1. à 3 1. 10 s. et la même nature d’ouvrage ne doit peut être valoir que 45 s. pour un garçon de 18 ans et moins encore pour un homme
7. On recommande autant que possible d’employer le système des tâches. « Si, en commençant sa journée, l’ouvrier est assuré de ce qu’elle lui produira il travaillera sans émulation, avec mollesse et indifférence, mais si le prix doit au<>-menter à raison du travail qu’il aura produit, alors, il ne négligera pas un instant, par le désir d’améliorer le prix de sa journée ». F. Molard, H. Monceaux, Ch. Demay département de l’Yonne, Procès-verbaux de l’administration départementale de t790 'a 1800, 2 vol. in-8°, 1889-1891, t. I, § LXXXIX (1788), p. 212 et suivantes (B. N., L4 K, 2093).
8 . A Béziers, janvier 1792, les ouvriers ne gagnaient, sur les chantiers ouverts avec les fonds du trésor, que douze sous par jour (Soucaille, Béziers pendant la Révolution, in-S”, 1894, chap. vu, p. 143).
LES SECOURS A DOMICILE
formé... » Nous ne savons si ces propositions passent dans la pratique; elles sont en tout cas de nature à compliquer singulièrement une comptabilité déjà inextricable.
La faveur dont ces chantiers ont joui à l’origine diminue d’ailleurs d’année en année et ils ne tardent pas à disparaître, l’expérience faisant comprendre la vérité d’une remarque du citoyen Peuchet (un des administrateurs de police à la Commune de Paris) : « C’est souvent en politique une démarche dangereuse que celle de réunir un grand nombre d’hommes, dépourvus de propriétés et livrés à cette sorte d’indépendance qui accompagne presque toujours le sentiment de la force. C’est en administration un moyen dispendieux et fragile de secourir l’indigence, que celui de subvenir par des ateliers de charité au manque de travaux que produisent toujours les variations dans les formes du gouvernement » [Moniteur, IX, p. 70).
Il convient de remarquer que les ateliers, notamment ceux ouverts à Paris, par suite des exemples d’insubordination qu’ils donnent, inspirent aux législateurs de 1790 une crainte des mendiants et des vagabonds qui se traduit par une sévérité de répression dépassant toute mesure ; ainsi dans la séance du 6 juin [Moniteur, IV, p. 562), le citoyen Lelong (ou Long), député de Rivière-Verdun, s’écrie : « il ne faudrait pas même (dans les dépôts) accorder le nécessaire à ceux qui refusent de travailler. Je proposerais volontiers de les placer dans un endroit où l’eau viendrait, et où ils seraient obligés de pomper sans cesse pour ne pas être mouillés ». LeTreadmill des Workhouses anglais est dépassé.