CHAPITRE V
blée considérant (Decrefo, IX, p. 186) que le ralentissement momentané du travail, qui pèse sur la classe la plus indigente, n’étant occasionné que par des circonstances qui ne peuvent se reproduire, il peut J être pourvu par des moyens extraordinaires, sans aucune conséquence dangereuse pour l’avenir.... ordonne qu’il sera accordé sur les fonds du trésor public, une somme de 15.000.000 liv. pour être distribuée dans tous les départemens, et subvenir aux dépenses des travaux de secours qui y seront établis... Les directoires des départemens aviseront sans délai aux moyens d’ouvrir, dans l’étendue de leurs territoires respectifs, des travaux appropriés aux besoins des classes indigentes et laborieuses, en présentant un objet d’utilité publique et d’intérêt général pour l’état ou le département... » Le but de l’Assemblée est d’arrêter le courant qui pousse les nécessiteux vers la capitale; ils y affluent de toutes les parties du territoire, et les dangers qu’offrent les ateliers de charité parisiens ne tardent pas à frapper les esprits en octobre 1790, ces ateliers renferment en effet 19.000 individus; plus tard, ce chiffre dépasse 30.000. Comment disperser cette masse énorme de gens sans travail, au début de la saison rigoureuse? L’Assemblée nationale patiente, se contentant de prescrire une meilleure organisation des chantiers, « devenus un objet de scandale^ «. Le 16 juin 1791,
ville à employèr en atteliers de charité la somme de 2.000 liv., qui a été perçue sur les habitans pour la construction d’une route... » 10 septembre 1790, Gompiègne (VI, p. 114), emprunt de 12.000 liv. remboursable en dix ans.
3. 31 août 1790 {Décrets, V, p. 290). « Les atteliers de secours actuellement existans dans la ville de Paris, seront supprimés, et il en sera sur le champ formé de nouveaux, soit dans la ville de Paris et la banlieue, soit dans les différens départemens où des travaux seront jugés nécessaires par les directoires. A compter du jour de la publication du présent décret toute personne non actuellement domiciliée à Paris ou qui n’y seroit pas née, et qui se présenteroit pour avoir de l’ouvrage ne sera pas admise aux atteliers de secours qui seront ouverts conformément à l’article 1"... »
4. Le 11 septembre 1790 [Moniteur, V, p. 622), l’abbé Goutte disait: « L’intention de l’assemblée est de secourir les malheureux, mais elle ne veut point autoriser la fraude et la fainéantise. Je sais que dans plusieurs ateliers composés par exemple de 800 hommes, il y en a tout au plus 200 qui travaillent, le reste est composé de jardiniers, de maçons, etc. Ils sont occupés ailleurs pendant la semaine et viennent le samedi à l’appel recevoir une somme de 6 livres sur laquelle ils donnent 20 sous à l’inspecteur. Il ne faut pas ainsi enlever la substance des pauvres ». Discours Larochefoucauld, 16 juin 1791 (MonjfeuK,, VIII, p.{680) : « ...Vous
LES SECOURS A DOMICILE
un décret (XV, p. 253) enjoint à la municipalité de Paris « de faire dès à présent cesser les travaux reconnus sans utilité « ; 2.600.000 liv. à compter sur les 8.360.000 liv. restant des 15 millions dont il a été parlé plus haut, sont répartis entre 12 départements, « et en conséquence de ces nouveaux travaux offerts aux ouvriers qui voudront se procurer de l’ouvrage, le trésor public cessera à compter du juillet^ d'entretenir les atteliers de Paris^ et autres de même nature, qui pourroient avoir été établis dans quelqu' autre partie du Royaume ».
La pensée constante et fort légitime de l’Assemblée est de faire refluer les pauvres sur les départements, de ne pas conserver à Paris cette armée prête pour tous les désordres ; mais la Province redoute l’arrivée de ces hommes étrangers à la localité, et à Abbeville on repousse une proposition du Comité de mendicité (avril 1791), tendant à accorder des subsides fort élevés à la condition de faire admettre aux travaux, pendant 6 mois, douze cents ouvriers envoyés de la capitale^.
A Rouen, les administrateurs constatentque depuis deux ans « les atteliers ont consommé des capitaux immenses, c’est la charité des habitans qui les a procurés, ajoutent-ils, il seroit difficile d’exiger d’eux aujourd’huy de nouveaux sacrifices. Chez une partie de ces habitans les facultés sont épuisées par les sacrifices déjà faits, chez ceux qui pourroient en faire encore, leurs bourses se trouvent resserrées par la perspective des sacrifices qu’il leur faudra faire pour remplir le vuide des finances
n’ignoriez pas cependant les inconvénients des grands ateliers ouverts pour des travaux sans utilité ; vous n’ignoriez pas que l’ouvrier, même isolé, qui reconnait l’inutilité du travail auquel on l’emploie, s’y livre sans courage, sans zèle, et contracte bientôt l’habitude de la paresse, penchant si naturel à l’humanité; que surveillés lâchement par des piqueurs, chefs et inspecteurs, qui n’ont aucun intérêt à voir avancer l’ouvrage, ils travaillent moins, plus leur nombre est grand ; que les mauvais ouvriers gâtent les bons ; que souvent même, pour cacher leur paresse dans l’inaction générale, ils les empêchent, avec menaces, de travailler; qu’ainsi le patrimoine des pauvres se dissipe sans fruit par des hommes qui, laborieux autrefois, s’habituent à la fainéantise, ne tiennent plus compte à la chose publique des secours qu’ils reçoivent, regardént ce bienfait comme une dette et ne se croient nullement obligés au travail dont ils reçoivent le salaire... »
5. Prarond, Les Annales modernes d’Abbeville, 1" partie, chap. iii, note de la page 68 (in-S", Abbeville, 1862).