LIVRE II. - CHAPITRE V
des indigents, adressent un appel pressant au Comité : « Représentans, vos cœurs sensibles fixeront vos regards sur la classe trop intéressante du pauvre, vous ne les détournerez pas que vous ne les ayez soulagés; c’est donc en leur nom que nous élevons la voix jusqu’à vous pour obtenir du secours, vous ne leur en refuserez pas, vous vous êtes déclarés les pères du peuple et le bon père n’a jamais rejetté ses enfants de son sein... » (Arch. nat., 254). Même note à Mouzon (Ardennes), nivôse an 4. Arch. nat., 278). « Pères de la Patrie, une commune aux bords du précipice le plus affreux réclame avec instance votre sollicitude. Les subsistances dont elle est dans le plus c*ruel dénuement sont le motif de ses vœux étant le mobile impérieux de Insécurité d’un peuple qui chéri la liberté et l’égalité... 11 est douloureux, sans doute, pour des amis de l’humanité, de vous tracer ici le tableau de nos malheurs ; mais nos besoins urgens, notre situation cruelle et touchante nous imposent le devoir de vous exposer nos anxiétés, persuadés que, touchés de notre état de pénurie le plus inquiétant, vous ne tarderez pas à seconder nos efforts en nous procurant les secours les plus prompts et les plus pressans que puissent jamais réclamer près de vous. Pères du peuple, des Républicains dignes de la liberté ».
Au mois de germinal an 4, le Directoire réglemente les distributions faites dans la commune de Paris v à tous les citoyens à qui leurs facultés ne permettent pas d’atteindre le prix du pain et de la viande. Il est établi trois classes d’indigens. La première comprend les vieillards, enfans, infirmes, malades et femmes en couche, absolument sans moyens d’existence; la seconde, les valides, mais cependant réellement pauvres; la troisiènie, les citoyens mal aisés et qui, dans d’autres circonstances, pourraient exister, soit de leurs revenus, soit de leur travail ou industrie... » Trois quarterons de pain sont alors remis gratuitement ou payés un douzième ou un quart de la taxe [Moniteur, XXVlll, p. 109). Cet arrêté reste en vigueur jusqu’au 7 fructidor.
A Courtray (germinal an 4. Arch. nat., F^a, 264), le bureau ou table dès pauvres est prêt de cesser ses fonctions faute d’argent. L’administration centrale du département de la Lÿs représente
LES SECOURS A DOMICILE
« les extrémités qu’entraineroient l’écroulement de ce bureau établi depuis 22 ans, et par suite la cessation des distributions périodiques faite aux nécessiteux. Des exactions énormes, sans frein et sans mesure ; des dévastations aux champs, des pillages à la ville ; les vols les plus hardis et les plus horribles tant de jour que de nuit, le meurtre des personnes réputées aisées ou même seulement possédant quelque chose, le massacre de leurs propres bienfaiteurs, des administrateurs intègres et désintéressés veillant à. leur salut en un mot de tous les fonctionnaires publics seroient incontestablement le fruit de l’audace et du désespoir de six mille pauvres mourant d’inanition et manquant de tout. »
A Épinal, on réclame des secours pour continuer le service du bouillon des pauvres, he Ministre envoie 21.000 liv. destinées à payer l’arriéré, en faisant observer « qu’il ne lui seroit pas légalement possible par la suite d’accueillir une dépense aussi forte que celle qui a eu lieu jusqu’à présent, vu qu’il est de principe relativement à ces sortes de distributions de ne pas outre passer les revenus y affectés » (16 thermidor an 4. Arch. nat., 276).
Dans les départements conquis, les indigents domiciliés sont presque totalement privés d’assistance ; il en est de même à Chambéry, Saint-Jean-d’Angély, Lille, etc. On a voulu, au commencement de la Révolution, faire prédominer les secours à domicile sur les établissements hospitaliers; en l’an S, ces secours cessent, pour ainsi dire, d’exister partout. Et cependant la Convention a rendu des décrets ; nous avons vu, le 22 floréal an 2, établir : UN LIVRE DE LA BIENFAISANCE NATIONALE ; vieillards, infirmes, veuves, malades, personne n’est oublié ; c’est au milieu de fêtes, de cérémonies civiques que les subsides doivent être donnés ; comment expliquer ces deux notes si discordantes ? Les maire et officiers municipaux de la commune de Douai vont nous fournir la réponse (Annexes n®V). « Peignez-vous, disent-ils aux Conventionnels, ces infortunés languissant danB des chambres ou dans des caves sans feu au milieu des rigueurs extrêmes du froid, sans
aucun aliment propre à les soutenir.vous aurez une juste idée
de la désolation extrême qui règne parmi cette classe de citoyens ; elle est pourtant bien respectable, Représentans, cette classe