LIVRE II. — CHAPITRE V
sible de débrouiller ; » on affirme même « que la portion des revenus distribuée aux indig-ens est infailliblement la plus mince»,
La municipalité de la Souterraine (Creuse) (Annexes n° 111) écrit (janvier 1793) : « Notre population se monte environ à 4.000 âmes; nous avons à peu près trois cent pauvres nécessiteux qui ont indispensablement besoin de secours, leur misère est au comble et passe tout ce qu’il est possible d’en dire... »
Le nombre des indig'ents alarme Joseph le Bon, de passage à Cambrai; il s’adresse en ces termes à Saint-Just et à Le Bas : «...Cambrai voit encore un grand nombre de mendiants dans son sein ; ce spectacle fait douter si la Révolution existe, et les aristocrates tirent bon parti des secours qu’ils donnent et que la Nation seule doit accorder. Un arrêté remédiera à cet inconvénient ». Quelques jours après il élève les pauvres de la ville au niveau de ceux d’Arras qui reçoivent 22 sous par jour ; le tarif varie de 1 liv. 10 sols à 5 sols pour chaque enfant au dessous de 14 ans; et il ajoute : « Au moyen des dispositions ci-dessus le Conseil général aura soin de réprimer sévèrement la mendicité, l'ivrognerie et la paresse*® ».
C’est ce même Le Bon qui s’écrie en parlant des hôpitaux d’Arras : « Mettez donc au dessus des portes de ces asiles des inscriptions qui annoncent leur inutilité future et prochaine; car si la Révolution finie, nous avons encore des malheureux parmi nous, nos travaux révolutionnaires auront été vains... » (Lecesne, op. cit., t. II, chap. vil, p, 106).
A Paris, on est également débordé par le paupérisme, malgré les allocations sans limites que le Gouvernement accorde; les antiques institutions disparaissent d’ailleurs les unes après les autres. L’hôpital Sainte-Catherine, rue Saint-Denis, reçoit le soir « les femmes et filles sans gite et sans moyen de s’en procurer ; elles y sont nourrie à soupé et y couchent pendant trois jours et meme plus longtemps, à la prudence de la citoyenne hospitalière », dit un rapport de prairial an 2. Cet asile rendant
15. Rapp. présenté au nom du Comité des,secours publics, par le citoyen Vadier, sur l’administration des revenus des pauvres des 48 sections de Paris, an 2.
16. Paris, Hist. de Joseph Le Bon et des tribunaux révol. d’Arras et de Cambrai, in-8“, 1864, liv. X, p. 395-398.
LES SECOURS A DOMICILE
de si utiles services est supprimé comme donnant lieu à des abus, et le Comité de salut public prend le 23 messidor un arrêté en vertu duquel les femmes et filles arrivant à Paris sans asile et sans ressource seront, dans chaque section, nourries et logées, pendant trois jours, dans une maison qui sera désignée « d’après la connoissance des mœurs et de la probité du propriétaire ; le maximum de cette dépense ne pouvant s’élever au delà de 30 s. par jour pour chaque personne » (Arcb. nat., 259). Plusieurs décrets permettent aussi la remise gratuite « du linge, des vêtements, nippes, habillemens, hardes, outils, ustensiles de ménage et généralement de tous autres effets de première nécessité, déposés en nantissement ou mis en gage aux monts de Piété et cela sans aucune restitution dé l’argent prêté » [Décrets^ 4 pluviôse an 2,1®’^'pluviôse an 3)1’'. A Troyes, détresse profonde. Tallien affirme à la tribune [Moniteur^ XIX, p. 694) « que les bordelais sont réduits depuis huit mois à une demi livre de mauvais pain pour une journée; que dans le district de Cadillac règne la disette la plus absolue ; les citoyens des campagnes se disputent l’herbe des champs. J’ai mangé, dit-il, du pain fait avec du chiendent... »
Le 30 nivôse an 3, l’agent national près le district d’Ussel écrit : « La dissette et chérêté des subsistances de première nécessité rend le nombre des indigents très-considérable quoi qu’on s’occupe de former le livre de la bienfaisance nationale ; la majeure partie ne pourront y être compris, cependant ils souffrent étonnament... »
A Douai, à Mézières (Annexes, n°® V et VI), la désolation est extrême, les secours font défaut. Les membres composant le Conseil communal de Maubeuge, après avoir exposé les besoins
17. 10 pluviôse an 3. Décret, n° 846. « La convention, après avoir entendu le rapport de son comité des secours publics sur les difficultés qui se présentent pour l’exécution de la loi du 1" pluviôse présent mois concernant la remise gratuite des effets d’habillement déposés en nantissement aux Monts de Piété, charge le dit comité de lui présenter dans un court délai ses vues sur les moyens de remplacer la bienfaisance de la dite loi par un genre de secours plus utile, et dont l’application puisse être faite à tous les indigens de la République indistinctement ». En ce qui concerne les filles et femmes sans asile, nous doutons que la mesure prescrite par le Comité de salut public ait été appliquée.