‹ La Révolution et les pauvresChapitre 150 sur 192 · MARVEJOLS · texte numérisé non relu

MARVEJOLS

infirmes ! etc. comment faire pour les empêcher de succomber à leur malheureux sort? que devenir sans bled, sans bois, sans aucunes espèces de provisions ?

Parmi les fléaux qui nous désolent, un des plus terribles sans doute est le supplice de la faim dévorante auquel se voyent surtout condamnés tant d’innocentes victimes qui périssent journelement dans des aziles où la sainte humanité leur avoit assuré au moins les secours d’une existance supportable. Vertueux citoyens, vos âmes sensible® sont déchirées à la vue de cet affreux tableau ! et nous sommes bien persuadés que la Convention Nationale qui a dans sa sagesse senti la nécessité de suspendre la vente du patrimoine de l’indigence ne laissera pas périr d’inanition les malheureux qui peuplent encore nos hôpitaux, quand elle connoitra la vérité et l’état de détresse où l’on nous assure que se trouvent la plûpart de ces établissemens ; mais le notre est sans contredit le plus digne de pitié ; il lui sera dû actuellement en vendémiaire trois trimestres, scavoir ceux de nivôse, floréal et messidor.

Nous vous prions. Citoyens, avec la plus grande instance de vouloir bien ordonner que ces trois termes lui soient payés le plutôt possible, car la faim ne s’ajourne pas.

Salut et fraternité.

[Suivent les signatures.)

LES MALADES, LES VIEILLARDS ET LES ENFANTS DE LA PATRIE A MONTBRISON (LOIRE), EN NIVOSE AN 4 (Archives nationales, 264).

Montbrison, le 6 nivôse an 4 de la République Française une et indivisible.

Les administrateurs du département de la Loire au citoyen Ministre de l'Intérieur.

Citoyen,

L’administration vous fait passer l’exposé des besoins tant de la maison d’hospice que de la maison de charité de cette commune. Ils sont tels que la pénurie la plus cruelle s’y fait sentir. En Vain la loi du 3 brumaire qui rend aux hôpitaux lé revenu de leurs biens, est venû

consoler pour un instant les malheureux qui composent ces maisons, l’impossibilité où se trouvent les administrateurs de ces hospices d’en percevoir aucuns delong-tems les dettes accumulées et qui passent cent mille livres pour chacun d’eux; le refus formel des nourrices d’enfans à la charge de ces maisons de continuer leurs soins sans un salaire légitime et exigeant même du bled pour leur nourriture par la dépréciation des Assignats dans nos campagnes ; l’impossibilité de faire le moindre emprunt dans ce moment; tout nous fait craindre la dissolution prochaine de ces deux établissements si précieux pour l’humanité, si avantageux pour la commune qui les renferme dans son sein.

Nous devons vous dire d’abord, Citoyen, que la maison de l’hôpital renferme habituellement 40 malades et que dans cette saison le nombre s’accroît ordinairement d’un tiers; qu’il est chargé en outre de 180 enfans; que les secours accordés en différens tems n’ont pu sufire qu’à peine aux dépenses courantes et qu’ils n’ont pas permis de faire les provisions en tout genre que nécessitent ces hospices. Nous vous remarquerons qu’en vain l’administration, dans les secours qu’elle sollicitait pour cet hospice rappellait à la Commission les Décrets des 29 7*»^® 1790, 29 mars et 28 juin 1791, 15 août 1792 et 10 février 1793 qui accordaient des secours pour l’entretien des orphelins ; le gouvernement juste envers ces malheureux enfans délaissés, ne s’était pas contenté de voler à leur secours, il les avait décorés du beau nom d’enfans de la Patrie. Par quelle fatalité cet hospice n’a-t-il eu aucune part à leur distribution pour ces malheureux orphelins? Et si les nourrices de ces enfans aussi malheureuses qu’eux ne recevant point leur salaire, viennent déposer ces petits malheureux, faudra-t-il les voir mourir faute de soins ? 5 de ces orphelins privés de leur lait sont morts dans l’espace de 8 jours. Quel tableau déchirant pour l’bumanité !

Quant à la maison d’humanité et de bienfaisance des infirmes et indigens de la même commune, 140 individus tant jeunes orphelins qu’infirmes languissants et vieillards décrépits la composent et tous ces malheureux sont sans linge, sans vêtemens et l’administration de cette maison sans fonds pour pourvoir à la subsistance de tant d’infortunés ; et par une suite cruelle d’une pénurie aussi affreuse la gale, la petite vérole et autres maladies exercent dans cette maison un ravage qui fait craindre une épidémie générale.

Les ressources pour cette maison sont également nulles. dans ce moment malgré la loi du 3 brumaire et cependant cet hospice jouissait

de revenus plus que sufisants pour son entretien puisqu’il plaçait des capitaux ; aujourdhuy ces capitaux ayant tous été remboursés à la nation y compris la perte de différents droits supprimés par la Révolution, il ne reste que des revenus insufisants pour les charges, et encore faudra-t-il attendre leur échéance puisqu’à l’époque de leur restitution, ces mêmes revenus et capitaux avaient été versés dans les caisses et ne pourront remplir les différentes sommes qui ont été ordonnancées pour cette maison.

Hâtez-vous donc. Citoyen Ministre, au nom de l’humanité souffrante qui vous implore, de faire verser de suite les fonds nécessaires à ces deux hospices, vous n’ajournerez pas les besoins de tant d’individus malheureux, vieillards, infirmes, malades et enfans orphelins ; 250 mille livres suffiront à peine pour chacun de ces deux établissemens, hâtezvous de faire cesser les inquiétudes des administrateurs de ces hospices sur le sort de tants de malheureux confiés à leurs soins et à qui ils ne peuvent donner pour secours que des larmes et l’espoir d’un meilleur avenir qui les tourmente autant que leur position actuelle est affreuse.

{Suivent les signatures.)

SITUATION DES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE EN PLUVIOSE AN 4 (Archives nationales, 303).

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