CHAPITRE
expulser ceux qui sont étrangers ; renfermer les autres en les traitant sévèrement.
« Chaque municipalité de campagne (dit Régnier) peut avoir une salle commune ou plusieurs, où les pauvres pourraient trouver un ouvrage analogue à leurs forces (tissage d’étoffes, vannerie, etc.), si l’homme se refuse à aller travailler dans son domicile, c’est alors qu’il mérite d’être forcé k travailler dans des atteliers forcés... »
Afin de distinguer les vagabonds des hommes laborieux en quête d’ouvrage, le sieur Deroz, citoyen du district du Val-de- Grâce à Paiûs, sait sortir des généralités et préconise la création de livrets d’ouvriers
Ces mesures d’assistance et de répression exigent de l’argent ; où le trouver? Il y a d’abord les contributions volontaires. Pour subvenir aux dépenses k Paris, écrit M. B***, l’un des commissaires du district des Filles-Saint-Thomas, « proposer par la voie des journaux, une souscription de charité et de bienfaisance, pour tous les citoyens, sans distinction, dont le produit sera versé dans une caisse unique établie à l’hôtel de ville, sous l’inspection immédiate de M. le Maire et des officiers qu’il s’adjoindra i®. »
Cela paraît facile au premier abord, ce n’est pas néanmoins l’avis de M. Clément de Boissy, maître des comptes, et voici les raisons qu’il allègue : « Aujourd’hui, dit-il, la charité est refroidie, on ne parle plus que de bienfaisance, mais elle est presque
stérile et ne répond nullement k l’immensité des besoins.
Puisque la charité s’endort c’est au Gouvernement k veiller sur tous, c’est k lui k mettre les citoyens k couvert des fureurs de ce
15. Sûreté publique ou moyens simples de réformer et prévenir les désordres occasionnés par les vagabonds et les gens sans aveu, in-8“, 8 p., imp. Cailleau (par Deroz), 1790 (?). « Des personnes peu réfléchies diront que cette innovation attaqueroit la liberté. Mais outre qu’on peut répondre que tout devient innovation aujourd’hui parmi nous, je crois que c’est méconnoitre étrangement la liberté, que de la faire servir à protéger le mal. Gardons-nous de la confondre avec la licence qui n’est bonne qu’à autoriser le vice... »
Suite de la Sûreté publique, par le même, in-8», 11 p., 1790 (?).
16. Moyens de détruire entièrement la mendicité dans cette ville en rendant la charité plus profitable aux pauvres, in-8», 26 p. lmp. Ségny-Thiboust, 1789.
LES UTOPIES ET LES LOIS
monstre redoutable. Il a de justes ressources dans l’impôt » L Etat, 1 Impôt, la Taxe des pauvres, voilà ce que préconisent divers auteurs et pourquoi, ajoute l’un deux, s’effrayer de ce système, les malheureux ne gardent pas longtemps l’argent qu’on leur donne, il ne restera pas stérile. « Versons donc, ainsi que le conseille le citoyen Dufourny de Villers (ce quart des revenus), dans le sein des pauvres, et aussi-tôt l’infortuné dont la consommation est la plus rapide.transmettra dans peu de jours
au trésor royal toutes ces sommes qui l’auront vivifié, et la circulation partant du pauvre, qui est tout à la fois le sang et le fluide nerveux de la Nation sera vive et durable...»
Tout le monde cependant n’est pas séduit par ces perspectives d’impôts en faveur des malheureux, les uns y voient un encouragement à la paresse, d’autres de graves difficultés. « La voie de l’impôt, dit un citoyen, présenterait des obstacles sans nombre. Non seulement la politique s’y opposerait, mais ce moyen serait même dangereux et deviendrait peut-être odieux ...20 »
A défaut d’impôt on peut recourir à l’attribution de partie des biens des communautés religieuses ; c’est un point indiqué dans certains Cahiers, et que nous retrouvons recommandé par bon nombre des brochures citées plus haut ; il faut y joindre « les
17. Suppression de la mendicité, par Clément de Boissy, in-8°, 8 p., 1790.
18. Mémoire sur la destruction de la mendicité, par Dutramblay de Rubelle, maître des comptes, in-8“, 15 p. (1789). (L’auteur propose une imposition par feux dans les villes et par arpent à la campagne.)
Invitation à ma patrie en faveur de l’humanité souffrante, ouvrage dédié à la ville de Montauban (par le comte de Sainte-Foy), in-8°, xvi-164-371 p. Montauban, 1788.
Nécessité et moyens d’établir une loi agraire, d’assurer la subsistance des pauvres, de réformer le clergé et la constitution militaire, par C. C. M. de S....ns, in-8‘>, 31 p., 1789.
19. Invitation aux districts à former des comités fraternels. Invitation aux bons citoyens à verser dans le sein des infortunés une partie du quart des revenus et des autres dons patriotiques. Observations sur les causes de la misère, son accroissement et ses remèdes. Lues en l’assemblée générale du district des Mathurins, le 11 novembre 1-789, par Dufourny de Villiers, in-8», 39 p., novembre 1789.
20. Lambert. Précis de vues générales en faveur de ceux qui n’ont rien pour les mettre sous la sauve-garde de la bienfaisance publique et de la constitution de l’État, in-8», 16 p. Paris, Varin, 1789.
Essai sur la mendicité, par M. C*", in-4», 98 p. 1789. Analysé dans le Moniteur du lundi, 21 décembre 1789. Réimpression, t. II, p. 435-436.