CHAPITRE
Les malheureux indigens et infirmes attachés à l’hospice de Montignac, ne reçoivent depuis quelque tems presque aucuns secours ; une ration de pain assés mauvais est presque la seule subsistance que l’hospice dénué de toute sorte de moyens puisse fournir à d’infortunés vieillards qui bientôt vont périr d’inanition si leur sort n’est amélioré.
La pénurie toujours croissante de cet hospice oblige encore les directeurs à renvoyer des malheureux qui n’ayant même pas la force d’aller mandier leur subsistance, vont s’étendre sur un lit de douleur et expirent au milieu des tourments. Ce n’est pas encore là les seuls maux qui affligent l’humanité, il arrive souvent qu’un brave défenseur de la patrie épuisé par les fatigues de la guerre, qui a versé la moitié de son sang en combatant pour la liberté, qui trop souvent a perdu quelqu’un de ses membres au poste de l’honneur, il arrive qu’il ne peut recevoir à l’hospice les secours que la pâtrie lui doit et qu’elle ne peut lui refuser sans la plus barbare injustice. Alors il faut que ce malheureux ait recours à des républicains qui toujours dans cette commune patriote se sont empréssés de lui donner les secours qui étoient en leur pouvoir, mais qui faute de moyens n’ont pu les luy procurer tels qu’il les méritoit. On ne finiroit pas si on vouloit retracer les calamités qui accompagnent nécessairement une position aussi désespérante ; le cœur seigne lorsqu’on voit d’un côté un malheureux infirme tendant la main à une porte à laquelle il a eu peine à se trainer, de l’autre un vieillard abandonné à lui-même gémissant sur son triste sort, maudissant le jour qui lui a donné la vie, appelant la mort pour mettre un terme à ses malheurs.
Ici c’est un vieux invalide qui ne recevant plus la pension que lui avoit toujours accordé son pays pour pourvoir a sa subsistance, s’étoit réfugié dans cette maison de charité, et qui est obligé d’en sortir souvent pour aller abréger ses jours qui lui sont à charge : là c’est un jeune militaire qui victime des maux de la guerre, est obligé pouvant à peine se trainer de chercher des secours étrangers ; enfin tout ce que la misère a de plus désespérant, tout ce que la disette a de plus effroyable, tout ce que la mort a de plus horrible, on en fait chaque jour la triste expériance dans une retraite qui devoit calmer les rigueurs de tant de maux.