‹ La Révolution et les pauvresChapitre 167 sur 192 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les enfans orphelins attachés à l’hospice ne sont pas plus heureux que les pauvres infirmes. Depuis plus de six mois les nourrices n’ont reçu aucune espece de traitement; il resuite de cette cessation de paiement que ces pauvres malheureux sont presque entièrement abandonnés où qu’ils ne reçoivent pas le quart des secours qui leur sont nécessaires pour s’alimenter.

Pour concevoir l’infortune de ces orphelins il suffira de considérer que leurs mères nourrices sont presque toutes d’infortunées artistes qui pour subsister elles mêmes avoient besoin des secours accordés à

leurs enfaus; aussy malheureuses dans ce moment que ceux auxquels elles servent de mere, il est pénible de les laisser dans un état d’autant plus terrible qu’elles ont la douleur de voir périr dans leurs bras l’objet d’une partie de leur tendresse; souvent pour ne pas s’exposer à périr ensemble d’inanition et de misere on voit ces malheureuses contraintes à déposer l’enfant de la patrie et à chercher dans le secours de leurs bras un moyen de subsistance. En rapprochant un pareil état de ces circonstances, on conçoit sans peine que l’humanité a encore à gémir sur la situation de ces infortunés. Des enfans sur lesquels la patrie fondoit un bien consolant espoir, abandonnés, privés de secours mourants d’inanition et de misere, des orphelins qui par leur malheur dévoient exciter toute la sollicitude du Gouvernement, abandonnés à eux mêmes presque entièrement oubliés par lui, c’est vraiment un tableau trop affligeant pour l’homme sensible; mais ce n’est pas encore le tout les nourrices n’étant plus payées se disposent à se décharger toutes de ces enfans et à les remettre à l’hospice. Ceux ci privés de toute espece de secours vont encore devenir plus malheureux leur phisique déjà affoibli par les privations aux quelles ils sont en butte va être encore plus fortement affecté et bientôt on ne verra plus que des squelettes, des mourants ou des morts.

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