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CHAPITRE I

Plusieurs de ces directeurs appartiennent, en effet, à des compagnies supprimées et, dans les circonstances critiques que l’on commence à traverser, ils croient manquer de l’autorité nécessaire pour surmonter les difficultés qu’amène notamment la diminution des revenus.

Ces remplacements ne peuvent d’ailleurs s’effectuer de suite dans les grands centres, et c’est en 1791 que les autorités communales de Paris et de Lyon assument la gestion des asiles charitables. Tantôt les municipalités maîtresses désignent des hommes nouveaux, tantôt au contraire les anciens administrateurs sont priés de continuer leur mission, mais à titre de particuliers^ et de concert avec les représentants de la Cité.

Quel que soit du reste le mode adopté, les communes gouvernent, et les délégués dirigeant les établissements hospitaliers suivent les corps électifs dans leurs incessantes mutations ; à Brest, de 1791 à l’an 5, les commissions des hospices sont renouvelées sept fois 9.

On rencontre bien à cette époque troublée des administrateurs peu soucieux des intérêts des pauvres, se faisant payer leurs services et abusant de leur crédit au club local ; on en voit, après messidor an 2, « s’assigner à eux-mêmes des propriétés confiés à leur garde 11 ».

leurs l’administration de l’hôtel-dieu, et remise lui est faite à l’instant même des divers registres et états ». L’établissement était dirigé par des Recteurs depuis 1531 (Dagier, Hist. de l’hôpital général et grand HôteVDieu de Lyon, II, p. 343).

8. Albert .Boudon. Les Municipalités du Pny pendant la période révolutionnaire, 4 vol. in-S”, 1894, t. I, p. 11.

9. A. Troude, Histoire de l’hôpital civil de Brest de 1506 à 1859, in-8°, 214 p. Brest, 1888.

10. « Tous ces administrateurs remplissaient (avant 1789) leurs fonctions avec un désintéressement égal à leur dévouement pour les pauvres ..... ceux qui les remplacèrent d’abord étaient encore éclairés et charitables; des personnes qui Tétoient moins vinrent se joindre à eux ou leur succédèrent. Les fonctions avaient cessé d’être gratuUes ; les partis qui triomphoient alternativement, en distribuoient le revenu à ceux qui partageoient leurs opinions, et ceux-ci cédoient quelquefois la place à leurs adversaires avec tant de rapidité, qu’on a vu des administrateurs être là moins longtemps que leurs malades » {Rapp. fait au Conseil général des hospices, par Pastoret, in-4“. Paris, 1816, p. 5).

11. Dom Piolin, L’Église du Mans pendant la Révolution, t. II, p. 463 (Livre VI, chap. ni).

LE PERSONNEL ADMINISTRATIF

Mais nous éprouvons un réel plaisir à le proclamer hautement pour l’honneur de l’humanité, à côté de défaillances regrettables, les hommes de désintéressement ne sont point alors aussi rares qu’on pourrait le penser. Bon nombre d’administrateurs n’hésitent pas, en présence de la détresse dont ils sont les témoins attristés, à se rendre garants des emprunts faits en faveur de la maison qu’ils dirigent; d’autres, comme le dit un auteur, « luttent avec succès contre le génie du mal et on leur doit

beaucoup de reconnaissance 12 -

Les administrateurs de l’hôpital de Gomines réussissent à sauver la plus grande partie des meubles précieux, tableaux, faïences, etc., que l’on y admire encore aujourd’huy (Finot, Invent, des Archives., p. xviii). « A la fin de 1794, les directeurs de l’Hôtel-Dieu de Marseille, écrit M. Auguste Fabre [Hist. des hôp. de Marseille, t. II, p. 4S9), donnent un exemple admirable, car ils font de leurs propres deniers des avances considérables. Servel, l’un d’eux, est marchand d’indiennes à la place Jean-Guin. Son patriotisme démocratique n’est pas pour lui un texte de vain bavardage. Pendant les plus mauvais jours de nos discordes civiles, il se distingue dans l’administration de l’hôteldieu par son zèle et son dévouement. Sa politique consiste dans la bienfaisance en actions et c’est ainsi qu’il sert sans bruit la cause du peuple ».

Néanmoins, le vice radical de cette première organisation provient de la mainmise absolue des municipalités sur les établissements d’assistance; les commissions une fois nommées n’ont

12. Pluquet, Mémoire historique sur l’Hôtel-Dieu de Bayeux, jn-8'’, 24 p. Caen, 1825, p. .21. « Il fallait, dit Melon de Pradou {Notice historique sur l’hospice de Tulle, in-8“, 262 p. Tulle, 1883, p. 132), un grand courage et un désir fortement trempé de secourir les malheureux pour accepter ces fonctions. Les citoyens honorables qui les remplirent (à Tulle), en ces temps troublés, furent constamment à la hauteur de cette tâche difficile ; leur conduite fut toujours pure, loyale et généreuse : ils ne faillirent pas à leur mission et traversèrent sans murmurer les temps pénibles de cette époque ». Parmi les administrateurs cautionnant les emprunts rendus indispensables par le manque absolu des choses les plus nécessaires, ou faisant des avances personnelles, nous citerons, à titre d’exemple, ceux de Tulle (an 3 et an 4), de Privés (même date), de Rouen (an 4), de Bordeaux (an 5), du Dorât, de Tonnerre, de Versailles (an 6), d’Embrun, de Grenoble (an 1), de Saumur (an 8), etc.

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