‹ La Révolution et les pauvresChapitre 52 sur 192 · LIVRE ir. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE ir. - CHAPITRE I

pas de vie propre. Une lettre des administrateurs de Brest peint bien cet état anormal; manquant de ressources, ils s’adressent aux officiers municipaux le 9 fructidor an 4 et leur écrivent :

« Gomme vous êtes les premiers administrateurs de l’hospice civil de cette commune et que nous nen sommes que les qéreurs, il est de notre devoir de vous faire part de nos sollicitudes sur l’avenir, afin que vous puissiez aviser aux moyens de pourvoir aux besoins de cette maison... » (Arch. nat., F'^, 282).

C’est cette situation si contraire aux véritables intérêts des pauvres que les lois de l’an 5 essayent de modifier.

La loi du 16 vendémiaire, analysée dans le chapitre précédent, ne peut être appliquée de suite; la misère augmente; on ne trouve pas partout des administrateurs; ceux de Vendôme n’acceptent qu’après que le Ministre leur a personnellement promis des secours; la promesse n’étant point tenue, ils veulent se retirer {Lettres des 28 vend., 7 niv. et 27 pluviôse an 5. Arch. nat., 286). Ce ne sont de tous côtés que menaces de démission

13. « Le désordre qui existe dans les finances de l’hôpital, pendant la Révolution, se remarque aussi dans son personnel administratif. Le nombre des membres

du Bureau. parait avoir été indéterminé ; et l’on ne sait même pas si c’est une

administration spéciale, ou bien la municipalité qui gère les affaires de l’établissement depuis l’an II jusqu’à l’an V » (A. Frappier, Notice historique sur VHôpital Hospice de Niort. Société de statistique des Deux-Sèvres, t. X, 1846, p. 66.)

14. Le 5 messidor an 3, les administrateurs de l’hospice de Brives écrivaient

déjà à la Commission des secours : « Si vous n’envoyez pas de fonds, nous vous le disons franchement, nous nous retirerons parce qu’il est inutile de rester plus longtemps dans un poste où on ne peut pas faii’e le bien ; n’ayant pas d’ailleurs des âmes de bronze pour supporter plus longtemps l’affreuse perspective de la misère la plus complette » (A. N., 262). Des faits similaires se rencontrent sur tous les

points du territoire, il suffira d’en citer quelques-uns. Plaintes des administrateurs des hôpitaux de Rouen ; ils craignent d’être exposés à la vindicte publique (17 ventôse, 9 fructidor an 4). Saint-Jean-d’Angély (9 pluviôse an 5): « Les citoyens nommés conformément à la loi du 16 vendémiaire pour former la Commission n’ont aucun voulu accepter pour n’avoir pas la douleur de voir des malheureux périr sans pouvoir les secourir » (A. N., Fi-’’, 280).

Les administrateurs de l’hospice de La Fère écrivent, le 24 nivôse an 8, au Ministre de l’Intérieur (Fi^, 429) : « Si vous ne nous secondez pas, si vous ne nous faites pas parvenir au moins douze mille francs pour donner un à compte aux nourrices et habiller les enfants qui sont entièrement nus, il ne nous restera qu’à gémir sur le sort de tant de malheureux et à renoncer à ces douloureuses fonctions que nous exerçons depuis quatre années au milieu des larmes et des cris de désespoir...»'

LE PERSONNEL ADMINISTRATIF

Le 19 frimaire an 6, le commissaire du pouvoir exécutif près le département de la Dyle constate que la loi s’exécute mal. Longtemps, écrit-il au Ministre de l’Intérieur, les rares commissions nommées ont ignoré l’étendue de leurs pouvoirs, les municipalités ont continué à gérer les biens, aucun compte trimestriel n’est rendu, sauf celui de Nivelle. Il ajoute que selon lui la loi est incomplète puisqu’elle ne donne pas les moyens de révoquer les commissaires qui montrent de la mauvaise volonté ou de Fincurie (Arch. nat., F15, 311).

A Saint-Etienne, la réunion des divers établissements s’effectue vers la fin de nivôse an 6 [Lettre du 23 floréal an 6. Arch. nat., 315).

C’est là du reste la question qui soulève les plus graves difficultés ; nombre de villes veulent maintenir des bureaux de direction séparés, au moins en ce qui concerne les asiles affectés à des catégories distinctes d’indigents. A Rouen, la municipalité nomme deux commissions (brumaire an 5) ; le Ministre déclare aussitôt que cette mesure est contraire à la loi de vendémiaire, qui exige une commission unique et casse les arrêtés qui lui ont été transmis. Les officiers municipaux croient devoir présenter quelques objections. Il est tout à craindre, disent-ils [Lettre du 24 nivôse), de cette innovation. Déjà, nous avons eu beaucoup de peine à former ces bureaux « et vous n’ignorés pas la répugnance qu’ont un grand nombre de citoyens à se charger du soin de faire mouvoir une machine aussi grande sans aucuns moyens, tout manque, linges, vêtements, comestibles, médicaments, fonds, etc., et plusieurs d’eux ne se sont pas tus sur leurs regrets d’avoir entrepris une tâche si difficile. Si nous proposons à cinq personnes d’administrer deux hôpitaux, que dix malgré des soins journaliers ont beaucoup de peine à faire rhrrcber ; certes ils ne l’accepteront pas et les commissaires administrateurs d’aujourd’hui qui ont l’expérience de la difficulté de leur emploi profiteront de cette circonstance pour remercier... »

Avant que ces réclamations lui soient parvenues, le Ministre s’impatiente des retards apportés à l’exécution stricte de la loi et il adresse à l’administration centrale du département une dépêche résumant l’affaire : « J’ai lieu d’être surpris que vous

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