‹ La Révolution et les pauvresChapitre 55 sur 192 · LIVRE II. - CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. - CHAPITRE I

administrateurs de Seine-et-Oise : « Citoyens, on m’assure que le C®“ Brasseur, l’un des membres de la Commission administrative des hospices de Pontoise, n’a signé ni l’année dernière, ni cette année les procès-verbaux de la fête du 2 pluviôse relative à la juste punition du dernier roi des françois. Indépendamment du scandale qu’une semblable conduite de la part d’un fonctionnaire public a dû causer, elle ne peut annoncer que des opinions absolument contraires au gouvernement républicain... »

« Je dois à ma réputation et à la pureté de mes intentions », répond le citoyen incriminé, d’expliquer qu’au moment où l’on signait la liste je me trouvais appelé à l’hospice par une affaire urgente; j’ajouterai « que j’ai prêté le serment demandé à la dernière assemblée primaire de ma section, je Vai fait individuellement, distinctement et de toute l'étendue de ma voix qui n'a été que l'organe de mes dispositions intérieures... » Les collègues du citoyen Brasseur déclarent en vain qu’il « leur a toujours paru animé des sentiments du plus pur républicanisme » ; ces protestations ne convainquent pas le Ministre et il invite la municipalité de Pontoise à procéder au remplacement de cet

administrateur

A Paris, en l’an 7, conformément à l’arrêté municipal du 28 nivôse, les membres du bureau de bienfaisance de la division du jardin des plantes délèguent un des leurs pour se rendre, le 2 pluviôse, au temple de la Victoire prêter le serment exigé de tous les fonctionnaires. Ce délégué n’est pas admis, l’entrée du temple ayant été interdite aux représentants de ces bureaux; aussi, « de suitte le dit jour les membres du bureau réunis, voulans donner des preuves de leur attachement à la loi, le citoyen président a reçu de chachun en particulier le serment ordonné par la loi du 24 nivôse, en ces termes, et qu’il a prononcé le premier : je jure haine à la royauté et k l’anarchie; je jure attachement et fidélité à la république et à la constitution de l’an 3 » (Arch. nat., 103).

22. La lettre de dénonciation [signée] représentait ce citoyen comme « un vieux janséniste encuirassé ; s’il s’agissoit de prêter serment de fidélité au prétendu Louis XVIII, on le verroit un des premiers se ranger sous l’étendart de la tirannie » (A. N., Pif-, 330).

LE PERSONNEL ADMINISTRATIF

L’année suivante, les administrateurs ont d’autres difficultés à résoudre; le mouvement de foi qui soulève les populations et prépare le Concordat se fait sentir dans les hospices : vieillards, infirmes, aveugles veulent jouir de la liberté religieuse que l’on commence à conquérir^^, et la situation des membres des commissions est d’autant plus délicate que les nouveaux agents du régime consulaire se montrent fort hésitants 24. Le Préfet de Seine-et-Marne écrit au Ministre de l’Intérieur, le 24 germinal an 8 : « Après avoir examiné attentivement la pétition de la commission administrative des hospices de Provins, tendante à rétablir l’exercice du culte catholique dans l’un de ces hospices, je ny ai trouvé aucun motif assez prépondérant pour me décider à annuler l’arrêté de l’administration centrale du 11 germinal an 7 qui a fait cesser cette violation de la loi du 7 vendémiaire an 4 )). Il propose en conséquence de laisser les choses dans

23. Il faut citer en partie la supplique des.« liabitans de l’hospice de Compiègne »,

en date du 27 ventôse ah 8 : «.Nous sommes pour la pluspart dans un état de

vieillesse et de décrépitude qui nous empêche de vaquer aux offices du dehors, et nous nous trouvons privés des secours de la Religion, au terme de la vie, où ils sont plus précieux. Pourquoi serions-nous seuls exclus des dispositions d’une loi bienfaisante, qui rend à chacun l’exercice de son culte ; nous qui sommes malheureux, accablés d’infirmités et à la fin d’une pénible carrière. C’est sous ces rapports d’humanité et de justice, que nous attendons une décision favorable qui ne peut contrarier ni l’esprit, ni même la lettre de la loi. Nous ne cesserons de faire des vœux pour la prospérité de la République » (A. N., 380).

En germinal, les aveugles des Quinze-Vingts s’adressent au Ministre de la Police à l’effet d’obtenir la permission d’exercer le culte catholique dans l’ancienne église de cet établissement. Il est décidé que cette église sera louée aux habitants du quartier, « l’objet de la dernande des aveugles se trouvant rempli par la condition expresse de réserver les tribunes à leur usage exclusif » (A. N., même liasse).

24. Il est inutile d’ajouter que les dénonciations se multiplient. Le 9 pluviôse ah 8, le chef du SO** escadron de gendarmerie nationale à Laon écrit au Ministre de l’Intérieur pour se plaindre de ce que les enfants de l’hospice vont à la messe.

«.Depuis peu l’on conduit tous les dimanches et fêtes de l’ancien calendrier ces

innocents aux offices de la catholicité, et c’est ainsi que l’on les dispose de bonheur à faire parti de cette secte intollérante, ennemie éternelle des principes philosophiques sur lesquels sont bazées nos institutions républicaines, et par' là ne leur met-on pas en main le poignard du fanatisme pour en frapper quelques jours, si l’on y prend garde, la mère qui les a adopté ? Ce fait qui, dans ces circonstances, peut avoir lieu dans d’autres communes scandalise ici les républicains. J’en ai parlé aux deux administrateurs de l’hospice, ils m’ont répondu que cet objet les

. embarrassait beaucoup... « (A. N., Fh>, 371).

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