‹ La Révolution et les pauvresChapitre 7 sur 192 · DÉVELOPPEMENT DES BUREAUX DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DES BUREAUX DE CHARITÉ

Saint Vincent de Paul avait établi des confréries qui donnèrent naissance aux bureaux de charité. L’intendant de Limoges s’en fait Tardent propagateur. Son instruction de 1770 « sur les moA^ens les plus convenables de soulager les pauvres et sur le projet d’établir dans chaque paroisse des bureaux de charité » forme un modèle de sens pratique et d’idées élevées. « Le soulagement des hommes qui souffrent, écrit-il, est le devoir de tous et l’affaire de tous ; ainsi tous les ordres et toutes les autorités se réuniront sans doute avec empressement pour y concourir. » Plus tard (177S), en rédigeant le mémoire au Roi relatif aux municipalités, Turgot tient à démontrer de nouveau l’utilité de ce mode d’assistance 34.

Necker pense de même ; le 4 décembre 1778, il adresse aux intendants une circulaire pressante préconisant la formation dans les campagnes de bureaux d’aumônes. Les règlements varient naturellement selon l’importance des localités, mais leur caractère distinctif est l’union des représentants du clergé et de la noblesse avec les bourgeois ou paysans aisés pour venir en aide aux indigents, leur apporter des secours à domicile, combattre la mendicité, et cela en employant les seules armes de la charité individuelle ; aucun impôt, aucune contribution obligatoire, le mouvement spontané d’hommes laissant de côté les distinctions sociales afin d’assister en commun leurs frères malheureux.

Ces institutions se multiplient de 1774 à 1789. En parcourant

33. Arrêt de la Cour du Parlement de Rouen, 15 janvier 1789. La délibération porte ; que l’on a cherché à assurer la conservation de ces malheureuses victimes « par rétablissement d’un hospice pour les élever avec du lait de vache ou autre nourriture. » Projets qui malheureusement n’ont pu réussir. (Arch. nat., Fi5, 232.)

34. Turgot,OEuDres, édition Daire, 2 vol. in-8“, t. II, p. 4 et suivantes; p. 532.

INTRODUCTION

les actes de cette période, on rencontre à chaque pas des lettres patentes, des arrêts de Parlement relatifs à l’établissement ou à la réglementation des bureaux de charité. Ces œuvres sont souvent unies aux Fabriques et alors les arrêts s’étendent à tout un diocèse (Reims, 7 septembre 1785; Meaux, 25 avril 1787), d’autres fois il s’agit d’une seule paroisse ; les exemples abondent dans l’Ile-de-France.

En même temps on augmente le chiffre des boîtes de médicaments envoyées aux intendants et réparties par leurs soins (Isambert, t. XXIII, p. 348). Survient-il des calamités, des fonds sont accordés aux populations qu’éprouvent « la durée excessive du froid, l’abondance des neiges et le débordement des rivières » (arrêt du Conseil d’état du Roi, 14 mars 1784). On a recours aussi aux ateliers de charité. Turgot les recommande dès 1770 : « Si les travaux que peuvent faire exécuter les particuliers, dit-il, ne suffisent pas pour occuper les pauvres, il faut chercher quelques ouvrages publics où l’on pùisse employer beaucoup de bras. Les plus simples et les plus faciles à entreprendre sont ceux qui consistent à remuer des terres. » En 1775, le 1®^‘ mai, l’ancien intendant de Limoges publie une instruction sur la régie de ces ateliers {Œuvres^ t. I, p. 451 à 462). Il espère arriver à réduire le nombre des dépôts de mendicité très multipliés depuis l’ordonnance de 1764 et généralement fort mal tenus.

Le gouvernement qui dépense des sommes énormes pour ce que l’on appelle « l’opération de la mendicité » désire ne maintenir qu’un bureau par généralité. Mais les résultats ne répondent pas aux espérances, les ateliers étant difficiles à organiser et surtout à surveiller. Ces brigades de pauvres de tout âge, de tout sexe accomplissent peu de besogne et la font mal ; impossible de maintenir l’ordre. Il est juste néanmoins de considérer ces ateliers comme une mesure transitoire utile à un certain degré eu égard à la pénible situation des populations au xvm® siècle 35.

35. Pour ce qui regarde spécialement la répression de la mendicité et l’ordonnance du 27 juillet 1777, lire la remarquable étude de M. Ch. de Beaurepaire. Pages 50 et suivantes, le savant correspondant de l’Institut rectifie diverses appréciations de M. Taine sur ce sujet.

QUINZE ANNÉES DE RÉFOUIMES HOSPITALIÈRES 27

Tel est en résumé l ensemble des principales réformes hospitalières tentées de 1774 à 1789 par Louis XVI et ses conseillers. Elles font honneur à leur intelligence et à leur cœur.

Le bien voulu n’est certes pas entièrement réalisé, le temps a manqué; au moins les principes sont posés, et lorsqu’une fois tout détruit il faudra tout reconstruire, le Directoire se verra forcé de revenir aux idées si sages formant la base des réformes que nous venons d’esquisser à grands traits.

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