LIVRE II. •“ CHAPITRE II
taux du département du Doubs pour y servir de leçon (J.Sauzay, t. VI, ch. LX, p. 254).
« L’hospice de la ville de Quimperlé converti en une maison de plaisir, est chaque soir^ le rendez vous de tous ceux qui veulent s’amuser et se divertir ; il est ouvert à qui veut y entrer : hommes et femmes mariées, jeunes gens et jeunes filles, citoyens, officiers et soldats. Tout ce monde danse et boit au son du biniou et au milieu de cris et de chants qui venant frapper les oreilles des pauvres infirmes, troublent leur repos et empêchent leur sommeil » (Téphany, op. ciL, p. 343-344).
« A Lannion on confie les hôpitaux à des femmes sans conscience et même sans morale; le linge et les médicaments ne tardent pas à disparaitre et à Tréguier ces infirmières, auxquellesqn donne par dérision en Bretagne le nom de Carmagnoles, brûlent pour se chauffer les dégrès d’un escalier » (Abbé Tresvaux, t. II, chap. iii, p. 12153).
Notre intention n’est pas de généraliser d’une manière absolue ces faits regrettables, il y a parmi ces femmes des cœurs dévoués essayant de se montrer à la hauteur de la tâche. M. le D’’ Louis Delmas, dans son Histoire de VHôtel-Dieu de Poitiers (in-8°, 1894, p. 38), s’exprime ainsi : « Le 31 août 1792 on décide que la citoyenne Roy cessera d’être directrice, parce qu’elle entretient la mésintelligence parmi les autres... Le 20 prairial an 3 la citoyenne Jeanne Poirier est renvoyée pour propos inconvenants. Ces deux incidents, en somme de peu d’importance, représentent les seules notes discordantes que l’on ait à reprocher à ce régime exceptionnel, qui ne dure pas moins de douze ans. Il serait même souverainement injuste de ne pas reconnaitre que ces directrices laïques et républicaines font preuve de réelles aptitudes hospitalières, dans les circonstances extrêmement pénibles qu’elles ont à traverser ».
53. Le Préfet de l’Orne écrit le 16 messidor an 9 (A. N., pî», 387) ; «. L’igno¬
rance, l’infidélité, souvent même une conduite scandaleuse avaient porté le désordre dans toutes les parties ; le linge n’a point été ménagé, comme il devait l’être et en beaucoup d’endroits il a été délapidé ; les ustensilles, les meubles ont été brisés, des abus sans nombre s’étaient introduits... » Ce Préfet déclare que « le renvoi des sœurs avait été une vraie calamité ».
LES SERVANTES DES PAUVRES
Par leur lettre du 8 messidor an S, les administrateurs de l’hospice du Havre rendent hommage aux femmes qui desservent l’établissement durant cette époque troublée. « Deux de ces citoyennes, disent-ils, sont mortes au service des salles, une s’est retirée, une autre a reçu son congé. Sous notre administration nous y en avons placé une, la citoyenne Victoire Desouches, qui par la sagesse de son gouvernement, contribue chaque jour au parfait rétablissement de cette maison... » (Arch. nat.,
Les membres de la société populaire d’Auxonne appuyant la demande de traitement formée par les citoyennes préposées à. « l’hospice civil et militaire » ajoutent : « Nous sommes d’autant plus pénétrés que vous leurs rendrès la justice de venir à leur secours que témoins de l’ardeur avec laquelle elles remplissent leurs fonctions^ nous ne doutons pas que nous devions à leur dévouement la conservation d’un grand nombre de nos frères...54 » (Arch. nat., 262).
A Vannes, les administrateurs constatent que « malgré la bonne volonté des personnes qui y sont employées l’on doit être convaincu de l’insuffisance de plusieurs d’entre elles et notamment pour l’hospice de la garenne, des dames qui le dirigent auxquelles il n’a pas été possible d’adjoindre d’autres personnes, malgré toutes les recherches que l’on a pu faire... » (Délibération, 18 messidor an 11. Arch. nat., Fi5^193).
Ceci nous paraît la note vraie; après l’expulsion des sœurs, on rencontre des dévouements isolés ; il y a ailleurs des faiblesses lamentables ; la majeure partie des femmes recrutées montre de la bonne volonté sans expérience. Dans bien des localités, ces surveillantes, ces infirmières laïques ont le sentiment de leur insuffisance; elles agissent comme ces préposées de l’hôpital du Havre dont les administrateurs font cependant l’éloge et qui, en l’an 10, n’hésitent pas à reconnaître « que pour réparer les maux de cet établissement de l’humanité il convient
54. Dans son HisLoire de l'hôpital d’Auxonne (p. 184 et suivantes), l’abbé Bizouard est beaucoup moins affirmatif sur le dévouement de ces citoyennes.