LIVRE II. — CHAPITRE II
moyens en son pouvoir, se procurer des gouvernantes en chef et douze gouvernantes adjointes. M. Fauconnier chargé de cette mission délicate revient le 21 floréal. Après beaucoup de démarches et de rechei’ches il a recruté trois gouvernantes en chef, lesquelles y compris une autre citoyenne forment le nombre de sept fixé par la délibération du 6 germinal » (Martin, Hist. de Vhôpital général du Havre, p. 121-124).
Ces difficultés sont partout les mêmes, aussi lorsque les autorités municipales ou de district réussissent à mettre la main sur des femmes consentant à servir dans les hôpitaux, elles n’épargnent rien pour donner à l’installation de ces hospitalières patriotes toute la pompe possible (J. Sauzay, op. cit., t. 111, ch. xxxvi, p. 389).
Ce personnel recruté si péniblement est en général fort exigeant. Un décret du 23 germinal an 2 porte « qu’à compter du l®"^ floréal le traitement et indemnité dus à chacune des citoyennes employées au soulagement des malades dans l’hospice de Tours sont provisoirement fixés à 400 livres par an ». Le 3 brumaire an 4, le Ministre de l’Intérieur autorise les administrateurs de l’hôpital d’Auxonne à accorder 200 liv. aux femmes attachées à cet asile (Arch. nat., 262).
Le 4 vendémiaire an 3, les infirmières de la Madeleine, à Saint- Omer, sollicitent une augmentation de leur traitement déjà porté depuis quatre mois à 136 liv. L’administration demande à la commune d’autoriser 200 liv. à condition que ces infirmières n’auront le café qu’une fois par décade. « Les directeurs espèrent que par ce moyen l’hospice recouvrera une partie de l’augmentation accordée, et que ces femmes ne contracteront pas une habitude aussi dispendieuse qu’inutile qui leur fait perdre beaucoup de temps, de bonnes républicaines devant se contenter des objets que leur sol produit ».
Ces infirmières se déclarent alors prêtes à quitter l’établissement, attendu qu’à Boulogne on leur offre 350 liv.
Toutes ces évaluations sont en assignats, elles représentent
50. Deschamps de Pas, Recherches historiques sur les établissements hospitaliers de la ville de Saint-Omer, in-S», 1877, p. 81-83.
LES SERVANTES DES PAUVRES
bientôt des chiffres infimes ; le personnel exige du numéraire ; mal payé, il est toujours sur le point de se retirer. A Agde, floréal an S, « les desservantes ne parviennent que très imparfaitement à pourvoir à leur subsistance en élevant de jeunes enfants, moyen qui serait même insuffisant si des personnes charitables ne les aidaient de leurs secours » (Arch.nat., 313). A Bourg, « les infirmiers ne recevant plus de gages font négligemment leur service » Ebrard, Misère et charité dans une petite ville de France, in-8°, 1866, p. 48).
Les nouveaux administrateurs de l’hôpital d’Avranches, entrant en fonctions (27 brumaire an o), écrivent au Ministre : <( de sept à huit citoyennes qui administraient cette maison, il n’en est resté qu’une seule qui n’attendait que notre installation pour l’abandonner tout à fait »5i.
Il ne faut pas se dissimuler également que dans nombre de localités, ce personnel recruté au hasard laisse fort à désirer. Il est indiscipliné. A Brest (hôpital de Recouvrance), le titre de supérieure est supprimé, « afin que ces dames jouissent entre elles de l’égalité la plus parfaite; chacune d’elles peut alors gouverner à sa guise : qui la salle de Vhumanité, qui celles de la générosité, de la consolation, de la pitié, de la fraternité Le service est loin de gagner à cet arrangement.
A Besançon, on signale « le désordre des mœurs et la mauvaise gestion » des gouvernantes et infirmières. « Il se commet dans nos hôpitaux, comme ailleurs (écrit le journal qui a le plus poussé à la laïcisation), des vols, des concussions, des rapines épouvantables sur nos malheureux défenseurs. A peine un militaire est-il mort qu’on le pille de tout côté ; quand la justice peut atteindre les coupables elle ne les épargne pas ; le poteau et les fers leurs sont destinés... » Le mal est si universel que le tribunal ordonne que les jugements seront affichés dans tous les hôpi-
51. Ch. de Beaurepaire, Notice sur l’hospice d’Avranches, in-8“, 1858, p. 76-77. Les archives nationales, liasse n“ 362, renferment de nombreuses lettres de serviteurs des hospices civils de Paris, se plaignant amèrement de ne rien toucher depuis plusieurs mois.
52. Cuzent, L’hospice civil et les hôpitaux de Brest, in-8°, 1889, p. 258-259.