‹ La Révolution et les pauvresChapitre 78 sur 192 · LA RÉHABILITATION · texte numérisé non relu

LA RÉHABILITATION

Rendez-nous les hospitalières', ce cri semble dur à ces philosophes qui ont rêvé une société fondée sur la négation de l’idée de Dieu ; à ces jacobins encore si puissants ; à ces prêtres apostats, membres des Conseils du Directoire. L’un de ces ex-prêtres, J.-M. Coupé, ancien curé de Sermaise, voudrait former des servantes des pauvres débarrassées de préjugés d’un autre âge^°; il cherche lui aussi à atteindre cet idéal, admirablement dépeint par ces paroles d’un ancien directeur de l’Administration de l’Assistance publique à Paris : « Il nous faut des religieuses laïques ».

« Le religieux, écrit Coupé [Rapp. au Conseil des 500, in-8“, 3S p., vent, an 5 (?) ) avoit renoncé à lui-même et à tous autres objets; il s’étoit dévoué tout entier au service d’un hospice. Là étoient toutes ses affections et sa fortune; sa maison songeoit pour lui k sa subsistance : elle étoit simple ; et toute l’économie faite encore sur lui-même étoit au profit des malheureux.

« Des salariés ne prendront point cet esprit modeste ni cette économie. Un régisseur ne verra que sa place et les avantages qu’il peut tirer de la maison ; le domestique songera à des positions plus agréables, à sa vieillesse ; il quittera : les personnes mariées voient avant tout leur propre ménage. Il faut des personnes pour qui l’hospice soit tout, et qui aient pour pères, mères, enfans, tout ce qui respire et souffre autour d’elles.

« On ne rétablira pas les vœux religieux, même pour cette œuvre

55. En Tan 7, un officier de santé veut « des temples de l’humanité ou les hospices régénérés dans lesquelles toutes les citoyennes formant des compagnies de ^cours participeront à l’exercice de la bienfaisance publique envers les malades indigents » (in-8“, 34 p. Bordeaux, Delormel, an 7).

LES SERVANTES DES PAUVRES

que l humanité nous recommande avec tant de force ; mais on con-^ cevra qu’il conviendroit peut-être de conserver le bon effet de cette institution en s’assurant aussi des personnes bonnes à la chose.

« ...Il seroit donc utile d'imiter ce que nous ont présenté les associations des frères et des sœurs de charité^ de réunir de jeunes personnes douces et vertueuses des deux sexes, de les instruire au service des hospices, et de les y fixer par un sort juste et raisonnable.

« On pourrait prendre ces élèves parmi les enfans des hospices mêmes. »

Ce sont là des utopies irréalisables ; la religieuse laïque n’existe pas plus à la fin du xviii® siècle qu’en 1898 et les législateurs de l’an 5 doivent se rendre à l’évidence des faits. Le mouvement est d’ailleurs commencé en dehors d’eux. L’immense majorité des administrateurs locaux, on ne peut trop le répéter, ne chasse les sœurs que sous la pression des clubs ou des représentants du peuple; dès qu’une éclaircie apparaît dans l’horizon politique, ces administrateurs entrebâillent la porte de l’hôpital sollicitant les servantes des pauvres de reprendre leur ancienne place.

En floréal an 3, après le départ de Pierret, député de l’Aube, conventionnel modéré, « un des premiers soins de la municipalité du Puy nommée par lui est de rétablir le fonctionnement régulier des hospices et d’y réintégrer les religieuses ». H en est de même à Libourne et à Condom. Dans cette dernière ville, les « sœurs constitutionnelles » de l’hôpital général et manufacture se plaignent amèrement d’être obligées de quitter leur poste pour le céder aux anciennes sœurs ; elles crient à la réaction ; « atirions nous, disent-elles, sacrifié nos intérêts, notre temps et nos paines pour nous voir aujourd’hui éprouver les plus humiliantes mortifications, par le seul caprice de nos nouvaux administrateurs et sans qu’on puisse nous rien reprocher. Nous défions nos ennemis et nos détracteurs : qu’ils parlent et nous sommes prêtes à leur répondre. Ce nouveau régime ne devoit être funeste qu’aux ter-

56. Albert Boudon, La Municipalité du Puy pendant la période révolutionnaire, 4 vol. in-8”, 1894, t. III. chap. xxxii, § 2, p. 398.

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