LE RENVERSEMENT DU TRÔNE
à la France en conspirant ouvertement le renversement de la monarchie. Louis XVI refusa, sur les conseils de Duport, qui ne voyait le salut que dans une intervention de Lafayette. Alors les ministres donnèrent tous ensemble leur démission, le 10 juillet, la veille même du jour 011 l'Assemblée proclama la patrie en danger.
Lafayette, qui s'était entendu avec Luckner, proposa au roi de le faire sortir de Paris et de l'amener à Gompiègne, où il avait préparé des troupes pour le recevoir. Le départ, d'abord fixé au 12 juillet, fut reculé au 15. Mais Louis XVI finalement- refusa l'offre de Lafayette. Il craignit de n'être plus qu'un otage entre les mains du général. 11 se souvenait qu'au temps des guerres de religion, les factions s'étaient disputées la personne royale. Il n'avait confiance que dans les baïonnettes étrangères, et Marie-Antoinette insistait auprès de Mercy pour que les souverains coalisés fissent paraître le plus tôt possible un manifeste capable d'en imposer aux Jacobins et même de les t<M;j(ler. Ce manifeste, au bas duquel le duc de' BrunsAvick, généralissime des troupes alliées, mit sa signature, au lieu de sauver la Cour, devait causer sa ruine. Il menaçait de passer par les armes tous les gardes nationaux qui essaieraient de se défendre et dé démolir et d'incendier l^aris ,si Louis XVI et sa famille n'étaient pas remis immédiatement en liberté.
Cependant la démission des ministres feuillants jeta de nouveau la division dans le parti patriote. Les Girondins s'imaginèrent que l'occasion était excellente pour s'imposer au roi désemparé et réoccuper le pouvoir. Ils entrèrent en négociations secrètes avec la Cour. Vergniaud, Guadet, Gensonné écrivirent au roi, par l'intermédiaire du peintre Boze et du valet de chambre Thierrv, entre le 16 et le 18 juillet. Guadet vit le roi, la reine et le dauphin.
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Aussitôt les Girondins changèrent d'attitude à l'Asseinl)lée. Ils se mirent à désavouer l'agitation républicaine et à menacer les factieux. ^
La section parisienne de Monconseil, ayant pris un ai-rêté par lequel elle déclarait qu'elle ne reconnaissait plus Louis XVI comme roi des Français, Vergniaud lit annuler cette délibération, le 4 août. Dès le 25 juillet. Brissot jetait l'atiathème sur le parti réj)ublicain : « S'il existe des hommes, disait-il. qui fendent à établir à ])résent la Uépubli<pie sur les débris de la Constitution, h; glaive de la loi doit frapper sur eux comme sur les amis actifs des deux Ciianibres et sur les contre-révolutionnaires de Coblentz. » Et, le même jour, Lasource essayait de convaincre les Jacobins qu'il fallait éloigner les Fédérés de l^aris en les dirigeant sur le camp de Soissons ou sur les frontières. Il devenait évident que les Girondins-^ne voulaient point d'insurrection ni de déclié'ance.
M.iis le mouvement était lancé et rien ne pouvait plus l'arrêter. Les sections parisiennes siégeaient en permanence. Files formaient entre elles un Comité central. Plusieurs admettaient à délibérer dans leurs assemblées les t itoyens passifs, elles les autorisaient à entrer dans la garde nationale et elles les armaient avec des piques. Aux Jacobins nobes])ierre et Anthoine. à l'Assemblée le ti'io cordelier ])renaient la direction du mouvement populaire. Le r«Me de Hobespierre surtout fut considérable. Il harangua les b'f'dérés aux Jacobins dès le 11 juillil, il les coléra : " Citoyens, ètes-vous accourus pour une vaine cérémonie, le renouvellenjcnt de la i'i'dé'ration du 1 ^^ juillet? » Il leur dépeignit la trahison des généraux, riuq)uni!('' de Lalayette : « L'Assemblée nationale existe-l-elle encore ? File a été outragée, avilie et ne sCst point vengée! Pui^ipu- I Wssemblée se dérobait, c'était aux I*'édérés a sauver l'Ftat. Il h>ur
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conseilla de ne pas prêter serment au roi. La provocation était si flagrante que le ministre de la justice dénonça son discours à l'acccusateur public et demanda contre lui des poursuites. Robespierre, sans s'intimider, rédigea les pétitions de plus en plus menaçantes que les Fédérés présentèrent coup sur coup à l'Assemblée. Celle du 17 juillet réclamait la déchéance. Sous son impulsion, les Fédérés nommaient un directoire secret où figurait son ami Anthoine, et ce directoire se réunit parfois dans la maison du menuisier Duplav où il logeait, comme Anllioine.
Quand il vit les Girondins pactiser de nouveau avec la Cour, Robespierre reprit contre eux le combat. Dès le 25 juillet, répondant à Lasource, il déclara aux Jacobins qu'aux grands maux il fallait les grands remèdes. La destitution du roi ne lui parut pas une mesure suffisante : « La suspension, qui laisserait sur la tête du roi le titre et les droits de la puissance executive, ne serait évidemment qu'un jeu concerté entre la Cour et les intrigants de la Législative pour la lui rendre plus étendue au moment où il serait réintégré. La déchéance ou la destitution absolue serait moins suspecte, mais seule elle laisserait encore la porte ouverte aux inconvénients que nous avons développés. » Robespierre craint donc que « les intrigants de la Législative «, autrement dit les Brissotins, ne jouent avec Louis XVI une nouvelle édition de la comédie que les Feuillants avaient déjà jouée une première fois après Varennes. Il ne veut pas être dupe et il réclame la disparition immédiate de la- Législative et son remplacement par une Convention qui réformera la Constitution. Il condamne du même coup l'Assemblée et le roi. Il veut que la Convention soit élue par tous les citoyens sans distinction d'actifs et de passifs. Autrement dit, il vu appelle aux masses contre la bourgeoisie. Far là, il ct)U-
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pait court aux dernières manœuvres des Girondins pour remonter au pouvoir sous le nom du roi. Le plan <|u il proposait s'exécuta.
Rrissot s'elfbrça vainement de répliquer à Robesj)ierre, le 26 juillet, dans un grand discours devant l'Assemblée. 11 dénon<;a l'agitation des factieux qui réclamaient la déchéance. Il condamna le projet de convoquer les assemblées primaires pour nommer une nouvelle assemblée. Il insinua que "celte convocation ferait le jeu des aristocrates. La lutte entre Robespierre et les Girondins s'envenima, Isnard dénonça Antlioine et Robesjnerre comme des conspirateurs et prit l'engagement, au club de la Réunion où se concertaient les députés de la gauche, de les faire traduire devant la Haute-Cour. Petion s'efforçait d'empêcher 1 insurrection. Le 7 août encore, il se rendit chez Robespierre pour lui demander de calmer h- peuple. Pendant ce temps Danton se reposait à Arcis-sui'-Aube d'où il ne revint (pic la veille du grand jour.
n<d)('spierre, cpii <'lail adimrablenicnl renseigne, dé'nonça, le k août, un ((Mnplot formé par les aristocralcs pour faiiM* évader le roi. Lafavette lit, en eilet, nue iKiiiNelle leulative eii ce sens. Il avait envoy<^. à la lin de |iiillel, à lîiMixelles un agent, Masson de Sainl- Aniand, solliciter de lAnlriche une suspensif)!! d armes cl la tri('(liation de I l{sj)agne 'H \ ne de n('gocit'r la paix, l'.n UM'ine temps il faisait lih'r en se<r« I de la «avaleric •«ur (]omj)iègne pour proléger h- départ <ln roi. Mais tous ses efforts furent inutiles. Louis W'L nn<' fois encore, refusa de partir. Les négociatifuis secrètes des Girondins l'avaient rendu optimiste. Puis, il avait répandu de grosses sommes d'argent pai'ini les meneurs populaires. DujMU-t avait été chargé de corrompre Petion. Sanferre l'i Delacroix d'l''nre-el Loir\ In million, dit lîerlrand di Moltville. ,i\.iil é|(- mis à .sa disposition.
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Lafayette déclare que Danton reçut 50 000 écus. Lo ministre de l'intérieur Terrier de Monciel distribua, à lui seul, 547 000 livres à la fin de juillet et 449 000 au début d'août, ^^'estermann, un soudard alsacien qui faisait partie du directoire des Fédérés, déclara, en avril 1 793 devant une commission d'enquête de la Convention, qu'on lui avait offert 3 millions et qu'il en donna avis à Danton. Fabre d'Eglantine. poète décavé, essaya de soutirer des sommes importantes au ministre de la marine Dubouchage. Le couple royal était persuadé qu'il n'avait rien de sérieux à craindre d hommes qui voulaient seulement gagner de l'argent. Il n'avait pas réfléchi que ces mêmes hommes sans scrupules étaient capables de prendre l'argent et de trahir ensuite. La garnison du château fut renforcée. Le commandant de la garde nationale Mandat de Grance}' était un royaliste zélé.
L'Assemblée ayant définitivement absous Lafayette, le 8 août, le directoire secret d'insurrection se partagea les rôles. Dans la nuit du 9 au 10 août. Carra et Chàumette se rendirent à la caserne des Fédérés marseillais dans la section des Cordeliers pendant que Santerre soulevait le faubourg Saint-Antoine et Alexandre le faubourg Saint-^Iarceau. Le tocsin sonna. Les sections envoyèrent à l'Hôtel de Ville des commissaires c[ui s'installèrent en municipalité révolutionnaire à la place de la municipalité légale. Petion fut consigné bientôt dans son hôtel sous la garde d'un détachement. Mandat, appelé à l'Hôtel de Ville, fut convaincu d'avoir donné Tordre d'attaquer les Fédérés par derrière. La Commune révolutionnaire ordonna son arrestation et pendant qu'on le conduisait en prison, un coup de pistolet rétendait raide mort sur la place de Grève. ^Lmdat supprimé, la défense du château était désorganisée.
Louis XVÏ manqua de résolution. Dès lapproche des
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manifestants, il se laissa convaincre par le ju'ocurenip^f'néral du département Rœderer (pi il devait quitter le cliàleau avec sa famille pour se mettre à labri dans l'Assemblée qui siégeait tout près, dans la salle du Manège. Quand il eut (juitté les Tuileries, la plupart des gardes nationaux des sections royalistes (Filles-Sainl- Tliomas et Petits-Pères) et la totalité des canonniers passèrent à l'insurrection. Seuls les Suisses et les gentilshommes lirent une belle défense. Ils balayèrent de leur feu meurtrier les cours du château. Les insurgés durent amener des canons et donner l'assaut. Les Suisses forcés furent massacrés en grand nombre. On compta du coté du peuple 500 tués, et blessés.
L'Assemblée suivait avec inquiétude les péripéties de la lutte. Tant que l'issue en fut douteuse, elle traita Louis XVT en roi. Quand il s'était présenté pour demander un refuge, Vergniaud, (jui présidait, lui déclara que l'Assemblée connaissait son devoir et (ju'elle avait juré de maintenir « les autorités constituées ». Guadet proposa peu après de nommer un gouverneur au (( prince royal ». Mais, (juand rinsuri'cclion fut décidément victorieuse, l'Assemblée pronon(;a la suspension du l'oi et vota hi convocation de cette Convention «pi'avait réclamée Robespierre, au grand courroux de lîrissot. Le roi suspendu fut })lacé sous bonne garde. Jj'Asseinblée aurait voulu lui réserver le palais du Luxcfnbourg. La Commune insurreclionnelle exigea ((u'il fût conduit au Temple, [)rison plus étroite cl plus facile à garder.
Le trône était renvers*', mais avec le trône tombaient aussi ses derniers défenseurs, cette minorité de la fioblesse (]ui avait d«''chaîné la Révolution et cjui s'était llattée de la modérer et de la conduire et qui avait eu l'illusion un temps (ju'elle gouvernait, avec Lalayctte d'abord, avec les Lameth ensuite.
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Lafayette tenta de soulever son armée contre Paris. 11 réussit d'abord à entraîner le département des Ardennes et quelques municipalités; mais, abandonné par la majorité de ses troupes, il dut bientôt senfuir en Belgique, le 19 août, suivi d'Alexandre Lameth et de Latour-Maubourg. Les Autrichiens lui firent mauvais accueil et l'enfermèrent au château d'Ollmutz. Son ami le baron de Dietrich, le célèbre maire de Strasbourg dans le salon duquel Rouget-de-Lisle avait déclamé le chant de marche de l'armée du Rhin devenu ensuite la Marseillaise, ne réussit pas davantage à soulever l'Alsace. Révoqué par Tx^sserablée, il passa lui aussi la frontière.
Mais, ce n'était pas seulement le parti feuillant, c'està-dire la haute bourgeoisie et la noblesse libérale, qui était écrasé avec la royauté sous le canon du 10 août, le parti Girondin lui-même, qui avait transigé avec la Cour in extremis et qui s était efforcé d'empêcher l'insurrection, sortait amoindri d'une victoire qui n'était pas son œuvre et qui lui avait été imposée.
Les citoyens passifs, c'est-à-dire les prolétaires, enrôlés par Robespierre et les Montagnards, avaient pris largement leur revanche du massacre du Ghamp-de- Mars de l'année précédente. La chute du trône avait la valeur d'une Révolution nouvelle. La démocratie pointait à l'horizon.