‹ La Révolution françaiseChapitre 33 sur 34 · LE RENVERSEMENT DU TRONE · texte numérisé non relu

LE RENVERSEMENT DU TRONE

Hrissot et ses amis, en déchaînant la guerre, avaient réussi à s'emparer du pouvoir. Ils ne pouvaient le garder qu'à une condition : la victoire prompte et décisive sur l'ennemi.

Dumouriez ordonna l'offensive aux trois armées déjà concentrées sur la frontière. Les Autrichiens n'avaient à o|)poser à nos 100 000 homines que 35 000 soldats en H(lgi(ju«' tt 6000 dans le Brisgau. Les Pi'ussiens commeneaient senlement leurs préparatifs, l ne attaque brusquée nous vaudrait l'occupation de toute la Belgicjiic qui se soulèverait à la vue des trois couleurs.

Mais nos généraux, Lafayettc, Rochamljcau et Luckiicr, qui avaient applaudi aux fanfaronnades de Narhonne, étaient devenus tout à coup très circonspects. Ils se plaignaient cpie leurs armées n'étaient pas pourvues de tous leurs équi|)ages. Hochamheau surtout n'avait pas cfuîdance dans les bataillons de volontaires «pi il jugeait indisciplinés. Il mil beaucoup de mauvaise volonté à exécutci' l'oliénsive qui lui ('l.iit prescrite. La colonne de gauche, partie de Dunkci-que, arriva devant l'urnes où il n'y avait personne. Lllc n'osa entrer et s en rclourna.. La colonne du centre, partie de Lille pour prendre Tournai, se replia précipitamment sans avoir (ombatiu. .i la vue de quehpies hiilans. Deux ngimeiils de cavalerie qui la précé'daieiil se débandèrent en cr-iant à la ti-ahison. lU relluaienl jusipià Lille cl niellaient ;i niorJ leur uénéral Tli«''obald Dilhui

r.K IJKWEnSEMEXT DU lUONE 201

ainsi que quatre individus soupçonnés despionnage. Seul le 2® bataillon des volontaires parisiens fit bonne contenance. Il protégea la retraite et ramena un canon pris à l'ennemi. La colonne principale enfin, commandée par Biron, s'empara du Quiévrain devant Mons, le 28 avril, mais battit en retraite le lendemain en grand désordre sous le prétexte que les Belges n'accouraient pas à son appel. Lafayelte, qui de Givet devait donner la main à Biron vers Bruxelles, suspendit sa marche à l'annonce de sa retrait:e. Seul Custine, avec une colonne formée à Belfort, atteignit robjcctif fixé. Il s'empara de Porrentruy et des gorges du Jura (pii commandaient l'accès de la Franche-Comté.

Robespierre, qui, le jour même de la déclaration de guerre, avait sommé les Girondins de nommer des généraux patriotes et de renvoyer Lafayette, s'écria que les revers justifiaient ses prévisions : « Non! je ne me fie point aux généraux et, faisant quelques exceptions honorables, je dis que presque tous reg! -.itent l'ancien ordre de choses, les faveurs dont dispose hi (]our, je ne me repose que sur le peuple, sur le peuple seul. " (l^*" mai, aux Jacobins.) Marat et les Cordelicrs crièrenl à la trahison. Et, de fait, Marie-Antoinette avait communiqué à l'ennemi le plan de campagne.

Les généraux rejetèrent hautement toutes les responsabilités sur 1 indiscipline des troiqies. Bo(hand)eau donna brusquement sa démission. De nombreux olliciers désertèrent. Trois régiments de cavalerie, le> Hussards de Saxe et de Berchenv, le 12 mai, le Royal Allemand, le 6 mai, passèrent à l'ennemi. Le ministre de la guerre De Grave, donnant raison aux généraux, ne voulut plus entendre parler d'oHensive. N'ayant pu convaincre ses collègues, il donna sa (l<'missi(»ii, !<• 8 ujai, et fut remplacé par Scrvau, plu-- docile .iu\ dii'ections de Dumouriez.

202 LA itiivoi r 1 1(»\ ii!v\' vi^i:

Kn vain, les Brissotins s'efforcèrent de rassurer et d'apaiser les généraux. Ils prononcèrent dans la presse et dans l'Assemblée une vigoureus.e attaque contre Ixohcspierre et ses partisans, cpi'ils représentèrent coninje des anarchistes. Le 3' mai, l^asource et Guadet s'unirent à Heugnot et à Viennot-Vaublanc pour faire décréter Marat d'accusation devant la Haute-Cour. Par compensation l'abîmé Royou, rédacteur, de \ Ami fin Roi, eut le même sort que Marat. Une loi renforça la discipline militaire, et les assassins de Th. Dillon lurent recherchés et sévèrement punis. Mais l.afayette, (pii, dès le premier jour, avait émis la prétention de traiter avec les ministres sur le pied d égalité, repoussa toutes les avances des Brissotins. Le remplacement de De Grave par Servan, sur lequel il n avait pas été consulté, l'avait aigri contre Dumouriez. Il se rapprociia délinitivemen-t des Lamelh pour tenir tète aux menaces des démocrates. Il piil (Charles et Alexandre Lameth dans son armée, leur confia des commandements, il eut une entrevue, vers le 12 mai, à Givet, avec Adrien Duport et Beaumetz et il se décida ensuite à une démarche (pii, de la part d'un chef d'armée devant l'ennemi, était une liahisoii. Il envoya à Bruxelles auprès de l'ambassadeur autrichien, Mercy-Argenteau, un émissaire, l'exjésuite Lambinet, fxuir lui déclarer que, d'accord avec les autres g«''néraux, il était prêt à marcher sur Paris avec ses tronjies pour disperser les Jacobins, rappeler les princes et les éniign^s, supprimer la garde nationale, établir une seconde chambre. Il sollicitait auparavant une suspension d'armes et une déclaration de neutralité de la part de D'impereur. Mercy-Argenteau, tpii partageait les préventions de la reine contre le général, crut (pic ses propositions cachaient un piège. Il le renvoya s adresser à la (]our dr Vienne.

Les trois généraux «lé<idèrent alors, dans une confé-

T. F. nEXVERSEMEXT DU THÔXE 2ÛP.

rence tenue à Valenciennes le 18 mai, d'arrêter en fait les hostilités. Ils firent tenir aux ministres un mémoire pour leur représenter que toute offensive était impossible. Les aides de camp de Lafayette, La Colombe et Berthier, déclaraient à Roland que les soldats étaient des lâches. Roland indigné dénonçait leurs propos alarmistes à Lafayette lui-même, qui couvrit ses aides de camp et répondit à Roland sur le ton le plus méprisant. Le général écrivait alors à Jaucourt qu'il aspirait à la dictature et qu'il s'en croyait digne. Ce fut la rupture entre Lafayette et les Brissotins. Roland n'osa ou ne put obtenir de ses collègues et du roi la révocation de Lafayette. Mais, dès lors, les Girondins se dirent que la Cour était derrière les généraux et qu'il fallait par conséquent intimider le château. Ds se mirent à dénoncer le Comité autrichien qui, sous la direction de la reine, préparait la victoire de l'ennemi. Ils firent voter, le 27 mai, un nouveau décret contre les prêtres perturbateurs pour remplacer celui que Louis X\ I avait frappé de son veto en décembre. Deux jours plus tard, l'Assemblée prononça la dissolution de la garde du roi. formée d'aristocrates qui se réjouissaient de nos revers. Son chef le duc de Gossé-Brissac fut déféré à la Haute- Gour. Le 4 juin enfin Servan proposait de constituer sous Paris un camp de 20 000 fédérés pour couvrir la capitale en cas d'avance de l'ennemi et, ce qu il ne disait pas, pour résister éventuellement au coup d Etat des généraux. Son projet fut voté le 8 juin.

Par ces vigoureuses attaques, les Girondins espéraient forcer la Gour à capituler et les généraux à obéir. Servan [renouvela l'ordre formel à Luckner et à Lafayette d'avancer hardiment dans les Pays-Bas.

Louis XVI s'était soumis au mois de mars parce que les généraux s'étaient prononcés pour Narbonne. Mais, cette fois, les généraux étaient contre les ministres et

M.VTHiEZ. — La Révolution française (I). 1 »

•20'^ LA nEVOI.UTIf)\ FRANÇAISE

cliercliaioiit à rentrer dans ses bonnes grâces. Il venail de réorganiser, avec le concours de l'ancien ministre Bertiand de Moleville, son agence d'espionnage et de corruption. Bertrand avait fondé avec le juge de paix Buob le clui> national fréquent-é par 700 ouvriers payés sur la liste civile à raison de 2 à 5 livres par jour et recrutés principalement dans la grande fabrique métallurgicjue Péricr. Il avait osé commencer des poursuites contre le journaliste Carra, qui l'avait accusé de faire partie du comité autricliien, et il avait trouvé un juge de paix plein de zèle royaliste pour suivre sa plainte et décerner des mandats d'amener contre les députés Basire, Chabot et Merlin de Tliionville, informateurs de Carra. Il est vrai que l'Assemblée avait désavoué le juge de paix Larivière et l'avait même traduit devant la llaute-Cour pour l'attentat qu'il n'avait pas hésité à cominettre ccmtre l'inviolabilité parlementaire. Mais la Cour pouvait compter comme un succès la fête en l'honneur du martyr de la loi Simoneau, cjue les Feuillants avaient organisée en réplique à' la fêle des Suisses de Chàteauvieux. C'est même le .succès de cette fête qui ])orta Adrien Duport à conseiller à Louis XA I de frapper de son veto les derniers décrets votés par l'Assemblée. Le roi s'y décida, mais, pour user de son veto, il lui fallait le contreseing ministéi-iel. Tous les minisires refusèrent de contresigner la lettre (ju il avait préparée pour notifier son veto au décret sur le licenciement de sa garde. Il dut sanctionner ce décret la rage au cœur. Si les ministres étaient' restés fermement unis, peutêtre L»)uis X\\ eut-il sanctionné également les autres décrets. Mais Dumouriez, (jui avait été ministre de la guerre sous le nom de Servan, se plaignit que celui-ci eût proposé à l'Assemblée le canq) de 20 000 hommes sans avoir pris la peine de le consultei*. Il y eut entre les deux ministres une scène violente en plein conseil.

LE H F.NVER SEMENT l)V TROXE 205

Ils se iiienact'reiil et faillirent tirer lépé»' sous les vlux clu roi. Ces divisions permirent à Louis XVI d'éluder la sanction. Roland lui remontra, le 10 juin, dans une longue mise en demeure à peine polie que son veto provoquerait line explosion terrible, parce qu'il laisserait croire aux Français que le roi était de cœur avec les émigrés et avec l'ennemi. Louis XVI tint bon. Adrien Duport lui avait dit que le camp sous Paris serait un instrument aux mains des Jacobins qui avaient le dessein de s'emparer de sa personne en cas de revers et de l'emmener comme otage dans les départements du Midi. Les gardes nationaux fayettistes pétitionnèrent contre le camp, quils considéraient comme une injure faite à leur patriotisme. Après deux jours de réflexion, le roi fit venir Dumouriez, dont il se crovait sûr, car il lavait nommé sur la recommandation de Laporte, Il le pria de rester en fonctions avec -Lacoste et Duranthon et de le débarrasser de Pvoland, Servai> et Glavière. Dumouriez acc^)ta. Il conseilla à Loui.^ XVI de remplacer Pioland par un ingénieur qu il avait connu à Cherbourg, Mourgues, et il prit pour lui-même le portefeuille de la guerre. Le renvoi de Roland, Clavière et Servan était la contre-partie de la mise en accusation de Delessart. Une bataille décisive ^s'engageait.

Les Girondins firent décréter par l'Assemblée que les trois ministres révoqués emportaient les regrets de la nation, et quand Dumouriez se présenta à la même séance, le 13 juin, pour lire un long rapport pessimiste sur- la situation militaire, il fut couvert de iiuées. Séance tenante, l'Assemblée nomma une commission de 12 membres pour faire une enquête sur la gestion des ministres successifs de la guerre et pour vérifier particulièrement les affirmations de Dumouriez. Celui-ci put craindre que l'enquête ne fût le prélude de sa propre mise en accusation devant la Haute-Cour. Il se hâta de

206 I.A llî:VOLUTÎO\ fijaxçaise

fairr pression sur le roi jxmr oblonii* <|iril donnai sa sanction aux deux décrets restés en suspens. 11 lui écrivit qu'en cas de refus il courrait le i-isque d'être assassiné.

Mais Louis X\'I, (pii ne s'était pas laissé intimider par Holand, ne voulut pas capituler devant Duniouriez (jui rmployait les mêmes procédés. Il lui déclara, le 15 juin au matin, qu'il refusait sa sanction. iJumouriez offrit sa démission. Il le prit au mot et l'envoya commafider une division à 1 armée du Nord.

Diqiortel les Lametli désignèrent au roi les nouveaux ministi'es (jui furent pris dans leur clientèle et dans celle de Lafayette : Lajard ù la guerre, Chambonas aux alfaires étrangères, Terrier de Monciel à l'intérieur. Beaulieu aux finances. Lacoste resta à la marine et i3ui"antlion à la justice.

Le renvoi de Dumourioz succédant au renvoi de iîoland. le refus de sanction accompagné de la formation d'un ministère purement feuillant, cela signifiait que la (^our, ap[)uyée sur les généraux, allait s'efforcer de réalisrr !«' programme de Duport et de Lafayette, c'està-dire bi'iser les Jacobins, disperser an besoin l'Assemblée, r«iviser la (constitution, rappeler les émigrés <•! terminer la guerre pai- une transaction avec 1 ennemi. Le bruit courut, dès le 16 juin, que le nouveau ministère allait suspendre 1rs hostilités et,, quelques jours plus laid, on précisa «jue le roi profiterait de la Fédération du 14 juillet pour réclamer une amnistie pleine et entière en faveur d<'S émigrés. Duport, dans son journal i Indicateur, subventionné par la liste civile, «■onseilla au roi de dissoudre l'Assemblée et de s'em- [)ar''i" de la dictature. Lafayrtte, dès le 16 juin, de son camp de .Maubeuge, envoyait au roi <'t à rAsseml)lée une diatribe violente conti'e bis clubs, contre les ministres rfMivovés et contre Dnmnnri*/. Il r\o craitrnail

m: Il exversement du trôxe 207

pas d'invoquer les sentiments de ses soldats à l'appui de ses sommations. Sa lettre fut lue à l'Assemblée le 18 juin. Vergniaud déclara qu'elle était inconstitutionnelle, Guadet compara le général à Crorawell. Mais les Girondins, qui avaient fait traduire Delessart à Orléans pour un crime beaucoup moins grave, n'osèrent pas engager contre le général factieux qui avait été leur complice la procédure de mise en accusation. Leur riposte fut la manifestation populaire du 20 juin, jour anniversaire du serment du Jeu de Paume et de la fuite à Varennes.

Les faubourgs, conduits par Santerre et par Alexandre, se rendirent à l'Assemblée d'abord, au château ensuite, pour protester contre le renvoi des ministres patriotes, contre l'inaction de l'armée et contre le refus de sanction des décrets Le maire de Paris, Petion, et le procureur syndic de la Commune, ^L^nuel, ne firent rien pour gêner la inanifestation. Ils ne parurent aux Tuileries que très tard, quand le roi avait déj;-. subi pendant deux heures, avec un courage tranquille, l'assaut des manifestants. Serré dans l'embrasure d'un»' feuêtre, il coiffa le bonnet rouge et but à la sauté de la ualion, mais refusa catégoi'iquement de donner sa saucliou v[ d«' rappeler les ministres qui n avaient plus sa <'onliance. Les Montagnards, sur le conseil de Piobespierre, s'étaient abstenus. Ils u'avaient [)as conliauce dans les Girondins et ils ne voulaient participer qu'à une acliou décisive et non à une simple démonstration.

L'échec de la manifestation girondine tournait au profit du royalisme. Le département de Paris, entièrement feuillant, suspendit Petion et Manuel. De toutes les provinces affluèrent aux Tuileries et à l'Assemblée des pétitions manaçantes contre les jacobins et des adresses de dévouement au roi. L'une d'elles, déposée chez un notaire (h- T*ari>^. ( iuilhmiiic. se «ouvrit df

208 i.A iiKvoi.rTioN rnAxçMsE

20 000 signatures. I)o noml)rcuses assemblées départementales l»làmèrenl le 20 juin. Le chef royaliste Du Saillant assiéjrea avec 2000 royalistes le château de Jalès, dans l'Ardrche, et prit le titre de lieutenant-général de 1 armée des princes. Une autre insurrection royaliste éclata dans le Finistère, vers la même date, au iléhut de juillet.

Lafayette, quittant son armée devant l'ennemi, païut a la hai're de l'Assemblée, le 28 juin, pour la sommer de dissoudre sans délai les clubs des Jacobins et de punir exemplairement les auleui's des violences commises le 20 juin aux Tuileries. La réaction royaliste était si forte que Lafayette fut couvert d a[)plaudissements. Tne motion de blâme à son endroit proposée par (iuicht fut l'ejetée par 339 voix contre 234, et la pétition du général fut simplement renvoyée à la Coiii- Fuission des Bouze qui jouail déjà le rôle que renq)lira plus tard le Comité de salut public. Lafayette n'entendait pas cette fois s'en tenii' à la menace. 11 comptait entraîner la garde nationale parisienne, dont une division (-(Mumandéc pai* son ami Acbique devait être |)assée en revue h- lendemain ]iar le roi. Mais Petion, av<'rti par la reine (pii craignait plus encore Lafavelte «pic les Jacobins, décommanda la revue. Lu vain Lafayette sonna le rallirmml de ses pai'lisans. Il leur donna rendez-vous le soir aux (]liam|)s-Klysées. Une centaine seulement s v ti'ouvéreiil . Il dut retourner à son armée sans avoir riiMi tenté.

il échouait par<'<' (pie ses ambitions se heurtaient au sentiment nalional. L'inaction dans laquelle il avait tenu les armt'-es dej>uis plus de deux mois semblait iiu*\plicable Lllc avait doîiné le temps aux Prussiens d achever leurs pr/'paratils et de se concentrer tran- «piillement ->iir le liliin. Liickiier. après un simulacre <l ollcnsive <ii l>elgi<pie, abaiidoiuiail sans nécessite';

LE lU-.XVEHSEMF.XT 1)1 1I!uM: 209

Gourtrai et reculait sous les murs de Lille. J.a lutte allait être portée sur le territoire français. Le 6 juillet, Louis XVI informa l'Assemblée de l'approche des troupes prussiennes.

Devant l'imminence du péril, les Jacobins oublièrent leurs divisions pour ne plus songer qu'au salut de la Révolution et de la patrie. Brissot et Robespierre firent tous deux appel à l'union, le 28 juin devant le club, et tous deux réclamèrent le prompt châtiment de Lafayette. A l'Assemblée, les (Girondins brandirent contre les ministres feuillants la menace du décret d'accusation, ils prirent l'initiative de nouvelles mesures de défense nationale et ils battirent le rappel des forces populaires. Le 1^' juillet, ils faisaient décréter la publicité des séances de tous les corps administratifs, ce qui était les mettre sous la surveillance populaire. Le 2 juillet, ils tournaient le veto, que le roi avait opposé au décret du camp de 20 000 hommes, en faisant voti-* un nouveau décret qui autorisait les gardes nationaux des départements à se rendre à Paris pour la fédération du 14 Juillet et accordait à ces fédérés des frais de route et des billets de logement.

Le 3 juillet, Vergniaud. élevant le déi)at, fit planer une terrible menace contre le roi lui-même : « C'est au nom du roi que les princes français ont tenté de soulever contre la nation toutes les Cours de l'Europe, c'est pour venger la dignité du roi que s'est couîdu le traité de Pillnitz et forniée l'alliance monstrueuse entre les Cours de \'ienne et de Berlin; c'est pour défendre le roi qu'on a vu accourir en Allemagne sous les drapeaux de la rébellion les anciennes compagnies des gardes du corps; c'est pour venir au secours du roi que les émigrés sollicitent et obtiennent de l'emploi dans les armées autrichiennes et s'apprêtent à déchii'er le sein de leur patrie ... ; c'est au nom du roi que 1;i lilxTl»'

210 IV nKvoi.rno.N fiiançaisk

est attaquée... or, je lis dans la Constitution, chapitre II, section I, article 6 : Si le roi se met à la tête d une armée et en dirige les forces contre la nation, ou s'il ne s'oppose pas, par un acte formel, à une telle entreprise nui s'exécuterait en son nom, il sera censé avoir abdiqué la royauté. » Et Vergniaud, rappelant le veto royal, cause des désordres des provinces, et l'inaction voulue des généraux qui préparait l'invasion, demandait à l'Assemblée, sous une forme dui»itâtive il est vrai, si Louis XVI ne tombait pas sous le coup de l'article constitutionnel. Il jetait ainsi l'idée de la déchéance aux quatre vents de l'opinion. Son discours, qui fit une énorme impression, fut envoyé par l'Assemblée à tous les départements.

Le 11 juillet, l'Assemblée proclama la patrie en danger. Tous les corps adininistralifs et les municipalités durent siéger en permanence. Toutes les gardes nationales furent appelées sous les armes. De nouveaux bataillons de volontaires furent levés. En <pielques jours, 15 000 Parisiens s'enrôlèrent.

Des grandes villes, de Marseille, d'Angers, de Dijon, de Montpellier, etc., des adresses menaçantes réclamaient la déchéance. Le 13 juillet, l'Assemblée cassait la suspension de Petion et le rendait à ses fonctions. A la Fédération du lendemain, on n'entendit pas de cris de Vive h- Roi! Les spectateurs jjorlaient sur leur chapeau, écrits à la craie, les mots Vive Petion!

La grande crise s'annonçait, l^our la conjurer il aurait fallu <jue le parti feuillant formât un bloc compact et rju'il fut assuré de l'apjtui formel et sans réserves du château. Mais les Feuillants s'entendaient mal. Bertrand se déliait de i)iij)ort. Les ministres, j)Our prévenir la proclamation du danger de la patrie, avaient conseillé an roi de se rendre à leur tête devant l'Assemblée < I (le lui déiionerr le péril qu«î les factienx faisaient <'ourir

Page 1