LA CRISE DE L ANCIEN REGIME
les réceptions, les spectacles, les plaisirs exigent des -^ sommes énormes. La haute noblesse s'endette et se ^^ ruine avec désinvolture. Elle s'en remet à des inten-^f^" dants qui la volent, du soin d'administrer ses revenus, ^ dont elle ignore parfois l'état exact. Biron, duc dc^ Lauzun, don Juan notoire, a mangé 100 000 écus à 21 ans et s'est endetté en outre de 2 millions. Le comte de Clermont, abbé de Saint-Germain-des-Prés, prince du sano-, avec 360 000 livres de revenu a l'art de se ruiner à deux reprises. Le duc d'Orléans, qui est le «^ plus grand propriétaire de France, s'endette de 74 mil-v' lions. Le prince de Rohan-Guémenée fait une faillite.^ d une trentaine de millions dont Louis XVI contribue à payer la plus grande part. Les comtes de Provence et d'Artois, frères du roi, doivent, à 25 ans, une dizaine de millions. Les autres gens de Cour suivent le courant et^ les hypothèques s'abattent sur leurs terres. Les moins -^ scrupuleux se livrent à l'agiotage pour se remettre à flot. Le comte de Guines, ambassadeur à Londres, est mêlé à une affaire d'escroquerie qui a son épilogue devant les tribunaux. Le cardinal de Kohan, archevêque de Strasbourg, spécule sur la vente de l'enclos du Temple à Paris, bien d église qu'il aliène comme place à bâtir. 11 y en a, comme le marquis de Sillery, mari de Mme de Genlis, qui font de leurs salons des salles de tripot. Tous fréquentent les gens de théâtre et se déclassent. Des évêques comme Dillon, de Narbonne, et Jarente, d Orléans, vivent publiquement avec des concubines qui président à leurs réceptions.
Chose curieuse, ces nobles de Cour, qui doivent tout ^ au roi, sont loin d'être dociles. Beaucoup s'ennuient de ) leur oisiveté dorée. Les meilleurs et les plus ambitieux rêvent d'une vie plus active. Ils voudraient, comme les lords d'Angleterre, jouer un rôle dans l'Etat, être autre ^ chose que des figurants. Ils épousent les idées nouvelles )
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m les ajustant à Iturs désirs. Plusieurs ri non des '^
. moindres, les Lalayelte, les Custine, les deux \"iorné- ^
' nil, les quatre Lanielh, les trois Uiîlon, qui ont niisy
leur épée au service de la liberté américaine, font, à -■
/ leur retour en France, ligure d'opposants. Les autres-^
/ sont partagés en factions qui intriguent et conspirent K
autotir des j>rinces du sang contre les favoris de la ^
I» inc. A l'heure du jH'ril, la hautes noblesse ne sera pas
unaninir, tant s'en faut! à défendre le trône.
i/ordrc (\r la noblrsse comprend en réalité des castes ^^ distincirs d rivab-s dont les ]i1ns puissantes ne sont |)as ^ cclbs (|Mi peuvent invofpier les parcbcînins les plus ancirns. A coté de la noblesse de race ou d épée s'est a ( fnistituée, au cours des deux derniers siècles, une noitlesse de robe ou d offices qui monopolise les emplois ' administratifs et judiciaires. J^es membres des parle- '\ riients, qui rendent la justice d'appel, sont à la tète de -* <ette iKMivelle caste aussi orgueilleuse et plus riche peut-être i\\H' I ancienne. Maîtres de leurs chai'ges (ju ils , ont achetées très cher et (pi ils se transmett(>nt de père^ • Il lîls, les magistrats sont en lait inamovibh's. L'exer- y <ic<' de la justice met dans leur dépendance le monde / inriombrabh- des j>laideurs. Ils s'enrichissent par les ' épices et achètent dr grandes propriétés. Les juges du '^ parlement de Bordeaux |)Ossèdent les meilleurs crus du liordelais. (!eu\ de Paris, dont leS revenus étralent » parfois ceux (hs grands seigneurs, souH'i'cnt de ne' pouvoir èir( présentés à la Com*. lante de « <piarticrs » ■'^ snllisants. Ils s'enfeiTiienI dans une morgue hautaine de ' |iarvenus et prétendent diiiger l'Iùat. (^omme tout acte " royal, édil, ordonnance nu même traité diplomatitpu', m peut entrer en vigmur (pi autant (pie son texte aura été couché sur leurs registres, les niagistrals prennent prétexte de Ce droit d'enregistrement |)oiir jeter un coup d d'il SIM- l'administration royale et pour émettre des