‹ La Révolution FrançaiseChapitre 129 sur 303 · CHARLOTTE CORDAY · texte numérisé non relu

CHARLOTTE CORDAY

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Charlotte Corday, qui devait trouver dans le meurtre de a l'ami du peuple », une si tragique célébrité, était née à Saint-Saturnin-des-Ligneritcs (Normandie), le 27 juillet 1 708. Elle était d’origine aristocratique, et descendait de lu sccur du grand Corneille. Républicaine, quoique élevée au couvent, et nourrie dés son jeune âge de lectures philosophiques, elle suivait avec une vive attention les événements politiques, et rêvait de jouer un rôle dans le grand drame de la Révolution. Edgar Quincl, ü qui Charlotte Corday a inspiré d'admirables pages nous dépeint ainsi l'héroïque jeune fille: « Arrière-petite-nièce du grand Corneille, elle semblait une des créations du poète réalisées par la Révolution. De grands yeux voilés, le nez aquilin, le front large et bombé, un teint éblouissant, la voix harmonieuse, enchanteresse, enfantine, le regard angélique, la taille haute, la tête un peu penchée en avant, voilù comment la dépeignent ceux qui vivaient alors dans son intimité. Sa beauté les ravirent . ; ordinairement silencieuse, elle

sortait de ses rêveries par des éclats soudain de gaieté, déconcertant ceux qui auraient voulu pénétrer plus avant dans son âme. La grâce, l'enjouement qu'elle mêlait à toutes choses, arrêtaient les indiscrets.

D'ailleurs, elle s'ignorait elle -même ; son caractère n’avait eu qu’une seule fois occasion de se montrer. A un diner de famille où l'on portait à la santé du roi, pendant que tous se tenaient debout, on avait vu avec stupeur la belle Charlotte rester assise, immobile, la tête baissée, retenant de mêler ses vaux ù ceux de sa famille. •> Vous êtes donc républicaine, lui dit une de ses amies? • — « Oui, si les Français étaient dignes de la République.. »

Marat, si populaire à Paris, était considéré en province « comme une bête féroce, qui dévorait tous les Français », grâce uux prédications des émissaires de la (lirondc, ù travers les opinions passionnées desquelles Charlotte Corday, confinée dans sa petite ville, voyait exclusivement se dérouler les événements révolutionnaires. La révolution des 3i mai, 2 juin, l’urrivée des députés girondins dans le Calvados, leurs ardentes exhortations affolèrent lo jeune fille. Pour elle, Buzot, Salles, Pétion, Valazé, Louvet,

CIIAtl LOTTE COIlDAV I» Alt MANS un trtjon original. eioeuW «n 1793.

(Collection du Muaio CaniataloL)

tyrans! Non malheureuse »

voir, vous me

Barbaroux, qui avaient reçu du purti modéré mission de soulever la Vendée, étaient les nobles victimes expiatoires de Marat, qui avait juré leur mort, puis celle de tous « les vrais patriotes ». Barbaroux surtout, le beau Barbaroux, l'cx-commandant des fédérés marseillais, l'héroïque combattant du 10 août, exerçait sur son âme exaltée, une toute-puissante influence.

- Tant que Marat vivra, s ccria t-cllc un jour, il n'y aura jamais de sécurité pour les amis des lois et de l'humanité. ■ Bientôt, elle panait pour Pjris, résolue A poignarder « l'ami du peuple », emportant seulement quelques menus objets de toilette, un peu d'argent et un volume de Plutarque. Arrivée ù Paris, elle fit l'acquisition d'un couteau de table « de deux francs, ù gaine et A manche noir », qu’elle cacha sous son fichu, et elle se fit conduire chez Marat, rue des Cordeliers, n° 3o. U veille, elle avait écrit à Murat la lettre suivante :

a Citoyen,

« J’arrive de Caen. Votre amour pour la patrie me fait présumer que vous connaîtrez avec plaisir les malheureux événements de cette partie de la République. Je me présenterai chez vous vers une heure. Ayez la bonté de me recevoir et de m’accorder un moment d’entretien, je vous mettrai A même de rendre un grand service A la France. « Je suis..., etc.

« Charlotte Corday. *

Malgré cette lettre, elle fut éconduite. Mais elle ne se découragea pas ci écrivit une nouvelle lettre, Junl nous avons le texte sous les yeux, et dont nous détachons les dernières phrases, où l’on peut voir que Charlotte Corday, pour réaliser soo sanglant alteotat, n'hésilail pas à attendrir sur son triste sort le ■ monstre » auquel elle ne reconnaissait aucun sentiment généreux. « ... O Marat, pere et unique espérance de la patrie, seriez-vous insensible comme tous les je ne puis le croire. Vous ne refuserez pas d'entendre une • lenuuc Je retournerai chez vous ce soir, il sept heures. Si vous ne pouvez me direz du moins quand je pourrai vous parler. Hélas I quand vous ne

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