‹ La Révolution françaiseChapitre 15 sur 78 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

1*' janvier. Les compUmeots aoBuels Curent adressés au roi et à lareioe par Bailly. On trouve dans son discours toutes les banalités obligatoires en semblables circonstances : « Les années se renouvelleront, y était-il dit, et vous recevrez les méooes tributs d'amour. La France et la capitale seront toujours fidèles et sensibles pour le meilleur des rois. y> On approchait pourtant de 1793.

Le même jour TAssemblée Constituante rendit un décret sur les décorations militaires.

2 janvier. On abolit le cérémonial des discours des présidents.

A cette séance^ Tévéque de Clermont monta à la tribune^ et commença on discours à propos du grand nombre de prêtres députés à r Assemblée nationale et qui n'avaient pas prêté serment.

Treilhard : Je demande que M. Tévéque de Clermont soit tenu de déclarer s*il entend prononcer le serment pur et simple.

Dubùis*jRonnai. Je demande que Tévêque de Clermont soi^ entendu.

Treilhard. Je demande le serment pur et simple... C'est aintii que l'Assemblée Ta décrété.

A droite, Mvec violence : C'est faux !

Vévique de Clermont. L* Assemblée n'a jamais défendu à se's membres de manifester leurs opinions, surtout lorsqu'elles intéressent la religion... (Interruption prolongée). Vous n'avez pas d'empire sur les consciences.

Le bruit redouble.

Lebois d^Aiguier, Si chaque serment nous fait perdre une séance...

Foucault. Voulez-vous, oui ou non, entendre M. Tévêque de Clermont ?

Plusieurs voix à gauche et avec force. Non.

Foucault. Non !... Eh bien ! il n'existe plus d'Assemblée, ce n*est qu'une faction ! (Violents murmures) C'est-à-dire que vous m'ordonnez par serment d'assassiner mon frère et ma sœur. Sacrifier la religion, c'est tout...

Le désordre augmente et la confusion est extrême.

Enfin, après des débats prolongés avec ce caractère, l'évéque de Clermont déclare qu'il ne croit pas pouvoir en conscience prêter serment.

Le lendemain, TAssemblée accorda jusqu'au 4, à une heure, aux ecclésiastiques de l'Assemblée.

4 janvier. Cette séance fut encore plus animée, ou plutôt plus turbulente que la précédente. L'abbé Grégoire monta à la tribune. Après lui Mirabeau expliqua que ceux qui refusaient de prêter serment devaient être considérés, non pas comme des perturbateurs du repos public, mais bien comme des fonction* naires qui démissionnent. Le président, M. Emmery, se leva à son tour pour inviter les ecclésiastiques à s'incliner devant le décret du 27 novembre. Le peuple en ce moment grondait à la porte, et des cris menaçants péuélraient jusqu'à l'Assemblée.

Le président sortit pour rétablir Tordre. La droite était alors assez embarrassée. L*évêque d'Ageu, appelé le premier, refusa le serment. D'autres évéques et curés refusèrent comme lui, sauf pourtant quelques-uns d'entre eux. L'Assemblée décida que le roi serait immédiatement prié de faire exécuter le décret du 27 novembre, relativement aux ecclésiastiques députés et non assermentés. .

9 janvier. Des rixes sérieuses eurent lieu le soir entre la garde nationale et le régiment du Soissonnais, en garnison à Avignon. La garde nationale et une compagnie d*un autre régiment allèrent ensuite faire le siège de Carpentras, où s'étaient concentrés les aristocrates.

11 janvier. La culture du tabac fut permise sur toute rétendue du territoire français.

{2 janvier. L'Autriche avait continué ses hostilités; ses troupes parvinrent jusqu'au pays de Liège, et y établirent le premier évéque, chassé par la Révolution du \% août i7f 9. Cet événement redoubla les espérances des contre-révolutionnaires, et donna une nouvelle énergie à la presse et à l'opinion.

{^janvier. Décret rendu sur une pétition des auteurs dramatiques, portant que tout homme a la liberté d'élever un théâtre, que la police de ces établissements appartient aux corps municipaux, que tes ouvrages des auteurs vivants ne pourront être représentés que de leur consentement formel, que la propriété littéraire est inviolable comme toute autre espèce de propriété, avec cette restriction cependant que les œuvres des auteurs morts depuis cinq ans tomb ent dans le domaine puHic

14 janvier. L'opposition des prêtres continuait partout. L'Assemblée ayant voulu intervenir par une adresse publique,

Mirabeau lut un projet dans la séance du 14, On y retrouve toute son énergie, toute sou éloquence. A la fin de cette Jiarangue, il comparait Pétat de la France avant la Révolution à rétat présent : m Les sages invoquaient la liberté, et la liberté était sourde à la voix des sages. Les chrétiens éclairés demandaient où s était réfugiée la religion de leurs p^res, et la religion de rÉvangile ne se trouvait nulle part. Il n'y avait de régulier et de stable parmi nous que la dépravation de tous les vices, que le scandale de toutes les injustices, que le mépris pubjic du ciel et des hommes, que Textinction totale des derniers principes de la religion et de la morale. » A ces paroles^ des murmures violents du côté droit interrompirent Tocateur, les interpellations les plus vives lui furent adressées, et ce projet fut renvoyé à une commission qui, dans la séance du 21, présenta une autre rédaction qui fut adoptée à cause des- ménagements employés dans la forme,, bien que le fond des idées fût le même.

Cette séance fut encore pleine de désordres et de scandales. Bamave proposa, au milieu des clameurs furibondes du côté droit, que tous les évéques opposants fussent destitués d'un bout du royaume à l'autre. Il signala en même temps les manœuvres du club monarchique. Les injures, les violences se succédèrent. Charles Lameth s'écriait : « Rappelez à Tordre Malouet l'intendant qui fait le spadassin au pied de la ti*ibune.i> Malouet répondait : « Je dénonce le club des Jacobins. »

La séance fut levée au milieu d'une agitation e&tréme.

18 janvier. Un bref du pape déclara sacrilège l'ordre de l'Assemblée nationale qui ordonnait aux prêtres la prestation du serment de fidélité à la Constitution ; le saint-père engagea en même temps Louis XYI à refuser sa sanction au décret du Corps législatif et obligea le clergé à le repousser de toute sa force.

20 janvier. Tallien,que nous retrouverons à la Convention,

forma ua cliib sous le uom de Société fratertielle des enfants rouges^ destiné à recevoir les jeunes gens depuis l'âge de douze ans jusqu'à vingt ans. On devait leur y faire connaître les grands principes de la révolution.

27 janvier. Monsieur de Glermont-Tonnerre avçdt été nommé président d'un club appelé monarchique ; ce jour^là, une grande multitude as^égea sa maison: BaiUy accourut; mais à son arrivée cette troupe était dispersée.

Le même jour, un nommé Louvain, suspecté d'espionnage, fut grièvement blessé par la populace du faubourg Saint-Antoine. La garde nationale parvint à le soustraire à ses coups et le conduisit au Cbàtelet.

28 janvier. Les bruits de guerre étaient continuels, les alarmes étaient générales, et Carra, qui avait pris dans la presse cette spécialité, ne cessait d'avertir le public de tous les prépa* ratifs ennemis.

Le comité militaire jugea bon de faire un rapport sur la situa* tion diplomatique, et en chargea Mirabeau. Il avait surtout pour but de calmer l'anxiété publique, démontrant que la cour de Turin ne* pouvait sacrifier notre alliance ; que la Suisse, pays de liberté, ne voudrait fournir ni armes ni soldats au despotisme ; que si Léopold enfin se trouvait à la tête d'armées nombreuses, l'étendue de ses frontières d'une part, ses intérêts en Turquie de l'autre l'empêcheraient pour longtemps encore de guerroyer sur nos frontières. Pouvait-on craindre quelques faibles princes d'Allemagne? Quant à l'Angleterre, si les mauvaises dispositions de son gouvernement étaient visibles, l'opinion publique manifestait vivement des sentiments tout autres, et le peuple anglais ne voulait pas perdre Tamitié de la nation française.

Malgré ces raisons de se tenir tranquilles, le comité militaire n*en proposa pas moins de mettre tous les régiments sur le pied

de guerre, et de lever cent mille soldats auxiliaires à répartir dans divers régiments.

29-31 janvier. La presse discuta le rapport de Mirabeau et fit remarquer qu'il oubliait la plus importante cause peut-être de Tantipathie des rois contre la France : la révolution française toujours menaçante pour leur couronne.

Il est assez curieux de voir comment les journalistes s'étaiefit attribué chacun une partie des questions politiques.

Voici ce qu'écrivait à ce propos Camille Desmoulins :

a Chacun de nous a son lot : Vous deux, par exemple» MM. Marat et Fréron, vous êtes nos deux foudres de guerre contre les coquins. Vous, Marat, vous êtes l'observateur du maire, du commandant général, de rÉtat-major, des municipaux et des districts : voilà tnen assez d'occupation pour Marat dans sa guérite. Carra inspecte les troupes de ligne ; il est le catéchiste de l'armée. Carra est le tocsin pour l'extérieur, et Marat pour l'intérieur. Gorsas tient la correspondance des treize départements, Laclos celle des Jacobins. Il y a Brissot le diplomatique, Roberl le démocratique, Noël l'académique, Cémtti le pédagogique et Prudhomme l'œcuménique ou encyclopédique.»

MAURICE SPRONCK

CHRONIQUE

Toutes les fois qu'un homme considérable vient i disparattre, on est en droit de se poser cette question : que pensait-il de la Rétolution française ? Comment jugeait-il le grand événement qui, commencé en 1789, aura pour conséquence la transformation de Thumanlté? Dans cette révolution incomparable quelles étaient les idées qui lui paraissaient les plus nécessaires ? Parmi la foule des grands hommes qu'elle avait produits quel est celui qui l'attirait le plus?

11 était facile de répondre à ces interrogations lorsqu'il s'agissait de M. Thiers ou de M. Louis Blanc. Le premier avait écrit V Histoire de la Révolution^ du Consulat et de tEmpire^ et avait laissé déborder son admiration pour le premier consul dans de longs volumes. Le second avait élevé une vaste chapelle à Robespierre danë son Histoire de la Révolution française.

La réponse est plus difficile lorsqu'il s'agit de M. Gambetta. Le célèbre orateur a fort peu écrit. Nous ne connaissons de lui, avant 1869, qu'une étude sur l'avocat Lachaud et quelques chroniques dans une revue politique et littéraire. L'étude sur Lachaud parut dans la Cour d'assises illustrée^ n"" du 1 0 mai 1862. Elle est étrangementJiyperbolique. M. Gambette présente M* Lachaud comme le plus grand orateur des temps modernes. Il va même jusqu'à écrire: ce Vraiment, quand on entend M* Lachaud on est bien près de la religion de Platon ; le Verbe est Dieu. » La divinité de M* Lachaud !... On écrit ces choses-là à vingt ans.

Plus tard M. Gambette remplaça, dans son admiration,

M® Lachaud par Mirabeau. Au point de vue oratoire on pouvait plus mal choisir. Cependant le talent de Tillustre et victorieux adversaire du 16 mai ressemble très peu (quoi qu'on en ait dit) à l'éloquence de l'homme de 1789. On s^aperçoit^ en lisant les discours de Mirabeau, qu'il s'était préparé à l'existence tribunitienne par la vie laborieuse et les études patientes du prisonnier et de l'écrivain. Mirabeau avait derrière lui vingt voluoies lorsqu'il parut à TAssemblée nationale^ Il avait traîné la plupart des années de sa jeunesse dans l'exil, la prison ou les durs Jabeurs de la misère. Gambetta , au contraire, surgit tout à coup d'un procès retentissant.

Au point de vue littéraire il y a également de nombreuses dissemblances à signaler entre Mirabeau et Gambetta. Chez Mirar* beau la phrase oratoire est plus forte d'idées que de mots ; chez Gambetta elle apparaît surchargée d'incidentes et d'épi* thètes parasites. Ce défaut, d'ailleurs, se changeait en qualité puissante chez l'orateur de Belleville. 11 agissait sur l'auditoire par l'accumulation des mots, le torrent des syllabes. 11 n'enthousiasmait pas, il ne charmait pas : il submergeait. Au sortir de la plaidoirie Baudin, qui le révéla à la France, il disait à un de SQsamis: a Avez- vous vu comme je les ai submergés! > Il avait à un degré incomparable les dons physiologiques de l'orateur : la sonorité de Taccent, le magnétisme du regard^ la puissance du geste. Il était sans rival dans le drame oratoire.

Le £ûnds de ses idées, en ce qui touche la révolution, quel était-^il? Si nous le cherchons dans ses nombreux discours, voici, à peu près, ce que nous trouverons. A Bordeaux, le 20 juin 1871, M. Gambetta s'écriait : a II faut se retourner vers les ignorants et les déshérités, et faire du suffrage universel, qui est la force par le nombre, le pouvoir éclairé par la raison. Il faut achever la Révolution ! Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et le principe de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer.

poursuivre leur œuvre, qui ne sera terminée que lorsque la Révolution sera accomplie. »

Quelques mois après, le 7 avril 1872, à Angers, M. Gambetta reproduisait la mémQ idée avec une plus grande précision : a On dit que nous sommes les ennemis ou plutôt que notre parti menace la propriété, la famille, la liberté de conscience \ c'est là une calomnie qu'on colporte de chaumière en chaumière... Le parti de la Révolution française serait Tennemi de la propriété, lui qui Ta introduite dans le monde français I Lui qui a pris les deux tiers de la fortune publique, qui ne payaient rien, qui étaient détenus par les mains que vous savez, pour les donner au travail par la division, par l'industrie, et qui a fait qu'à la place du domaine du roi, qu'à la place des majorais, U y a eu la propriété individuelle. La Révolution française, c'est elle quia donné la terre au paysan, qui l'a arraché de lescla* vage, qui Ta pris dans le limon, l'a enlevé au-dessus du sol, qui en a fait un propriétaire et un titoyen , qui en a fait un homme !

a ... Ils disent encore que nous sommes les ennemis de la liberté de conscience, que nous persécutons les consciences. C'est encore une calomnie ; nous sommes, au contraire, les champions de la liberté de conscience, de la liberté des cultes.

fc Et quant à la famille, oh ! ici, permettez-moi de le dire avec une sorte de révolte ! est-ce qu'il y a eu, quelque part, un dogme de la famille nié par la Révolution française? C'est elle qui a afEranchi l'homme par le mariage civil ; c'est elle qui a arraché, qui a délivré tous ces parias de l'ancienne société *— juifs et protestants — dont on ne faisait que des adultérins quand l'Église n'intervenait pas.

et N'est-ce pas encore la Révolution française qui a détruit le privilège jusque dans les successions, en déclarant l'égalité des enfants dans les partages, faisant ainsi disparaître cet attentat qui consistait à dépouiller les uns au profit d'un

seul, dans les familles, pour satisfaire Torgueil de la race ? » Ce sont là de brillants lieux communs. 11 était utile de les répéter au moment où TAssemblée , élue dans un jour de malheur^ persistait à s'imposer au pays* Après ces généralités oratoires, M. Gambetta affirmait pour la seconde fois que a la France soufirait parce que la Révolution n'était pas achevée; » et il conviait ses auditeurs à la défense a de cette Révolution française qui a été menacée, qui Test tous les jours; contre laquelle on se livre à une sorte de fabrication mensongère. )»

Mais par quels moyens la défendre? M. Gambetta qui, suivant une remarque attribuée à M. Challemel-Lacour et publiée, en 1876, par la Revue des cours littéraires^ n*était ni le philosophe politique, ni le docteur du parti républicain, mais son orateur, ne s'occupait pas des questions de doctrines. Il ne recherchait pas, comme quelques-uns lui demandaient de le faire, si la propriété peut prendre une forme nouvelle, si la liberté de conscience n'a pas pour corollaire la séparation des Églises et de l'État. Je relève, cependant, sur ce dernier point, dans le discours prononcé le i7 novembre 1871, à Saint- Quentin, cette déclaration très nette: c Je désire, s'écrie l'orateur, de toute la puissance de mon âme, qu'on sépare non seulement les Églises de l'État , mais qu'on sépare les écoles de l'Église. C'est pour moi une nécessité d'ordre politique , j- ajoute d'ordre social. »

M. Gambetta ne se montre pas, non plus, très abondant, lorsqu'il s'agit d'apprécier des hommes de la Révolution — • de cette révolution qu'il appelle pittoresquement a la mère des hommes comme des peuples, n De même qu'il évitait les théories politiques et sociales, il se tenait à Técart des études d'érudition et d*histoire. Il crut devoir, cependant, se départir, un jour, à Marseille, de sa réserve, et on le vit flétrir Marat dans une adresse aux électeurs. C'était, sous Tempire, en

1869. M. Gambetta écrivit: <c Les démagogues, ils sont de deux sortes ; ils s'appellent César ou Marat. Que ce soit aux mains d'un seul ou aux mains d*une faction, c'est par la force qu'ils veulent satisfaire lès uns et les autres leurs ambitions et leurs appétits. Ces deux démagogies , je les trouve également haïssables et funestes, d Sur Danton, Robespierre et les hommes de la Gironde, Tœuvre oratoire de M. Gam*betta ne cont.ent rien, ou à peu près rien. Elle est plus explicite sur le général Hoche. M. Gambetta lui a consacré plusieurs discours et a fait sur lui, le 25 juin 1872, à Versailles, une véritable et remarquable conférence. Hocbe esta ses yeux, « un grand citoyen, un capitaine d* élite, un homme d'État, un homme de guerre, un politique, un administrateur, une grande conscience et un grand* héros. Hoche est une des plus nobles, une des plus radieuses, une des plus attirantes figures de la Révolution, et l'on ne saurait trop, dans le parti républicain, revenir sans cesse à ce grand modèle. » M. Gambetta aurait voulu que la vie de Hoche devint a le catéchisme » des enfants du département deSeine-et-Oise. Ils y auraient appris par quels efforts on ne reste pas inférieur aux postes les plus élevés, a Car à mesure que Hocbe montait, dit M. Gambetta, son cerveau s'agrandissait, s'élargissait, montait aussi, et il finissait par honorer la fonction dont il était revêtu, si élevée qu'elle pût être. 3

Enfin, — et pour ne rien oublier, — mentionnons le discours prononcé le 14 juillet 1872, à la Ferté-sous-Jouarre, à l'occasion de la fête du 14 juillet. Le début de ce discours contient une idée heureuse et digne d'être retenue :

« Oui, c'eét une pensée pieuse avant tout qui nous rassemble, non seulement sous ces fragiles tentes, mais qui, dans toute rétendue de la France, réunit tous les républicains. C'est une peus^ée pieuse que de fêter et célébrer la grande date de la Révolution française en recherchant avec calme, avec sang-froid^ avec

— ero —

résolution, ce qui a été commencé par nos pères, ce qu'ils nous ont légué, et ce qu'il nous reste à faire, ce que nous avons laissé d*incomplet et dMnessayé dans leur héritage. Non seulement nous devons rechercher aVec patience quels ont été leurs mérites, mais nous devons encore nous exciter par la comparaison en voyant combien nous sommes en retard sur eux et combien nous avons à faire pour n'avoir pas à subir une comparaison véritablement fâcheuse pour nous. »

Et M. Gambetta ajoutait : a Nos désastres ont tous leur origine dans la violation des principes de la Révolution française. »

Reprenant cette idée, dans le cours de sa conférence, M. Gambetta lui donnait la forme d'une chaleureuse prosopopée : a Le génie de la Révolution, s'écriait<'il, parfois s'éclipse, il se voile un moment, mais il reparaît plus éclatant, plus radieux que jamais, et, en somme, aux heures où la patrie souffre, où elle est envahie, où elle agonise, c'est ce génie vers lequel on se tourne pour lui dire: Génie réparateur, génie même de la France, esprit de la Révolution : au secours ! au secours I car les monarchies m'ont plongé au fond de l'abîme. »

Ce génie de la Révolution, si justement invoqué par M. Gambetta, a fait la grandeur de tous les hommes qu'il a touchés de son aile. Avec lui et par lui, Danton a été grand, Hoche est resté admirable. Qu'est-ce à dire sinon que la force d'un homme est surtout dans la force des idées qu'il soutient? C'est là une vérité politique attestée par l'expérience et qui doit réjouir ceux qui aiment le peuple et la justice. Les hommes passent mais les

idées demeurent et la vérité qui est grande finit par prévaloir. Il y a là, pour tous, un motif de consolation et d'invincible espérance*

AUGUSTE DIDE

p. s. — Pendant que dans le parti républicain, on s'attarde à des querelles mesquines, à des compétitions de personnes, pen^

dant qu'on se complaît à des actes de fétichisme ou qu'on se cantonne dans les récriminations et l'indifférence, les adversaires de la République se coalisent et s'organisent pour discréditer la tradition qui peut faire notre grandeur et notre force : la tradition de la Révolution française.

Dans ce but une Revue nouvelle vient de paraître. Elle s'intitule Revue de la RévohUion, et a pour directeur MM. Ch. d'Héricault et Gustave Bord. Le premier numéro de cette Revue mensuelle a été livré au public le S janvier 1883. 11 est franchement anti-révolutionnaire et débute par cette phrase significative : « La France est une nation naturellement guerrière et sensible, formée par des évéques, élevée par des rois. » Quant à la Révolution et à la République on les caractérise par ces lignes :

a En 1792 on coupait la parole ; a En 1793 on coupait la tête ; « En 1794 on coupait les vivres ; Cl En 179S on coupait les queues ; « En 1796 on coupait les bourses, d

Mous nous proposons de suivre, avec attention, la polémique que la Revue nouvelle se propose de diriger contre les hommes et les choses de la Révolution française. Déjà on nous assure que la publication de MM. d'Héricault et Bord est certaine d*un grand succès matériel et sera adressée à un public nombreux. Raison de plus pour que les fils de la Révolution serrent leurs rangs et poursuivent avec une énergie nouvelle l'œuvre que nous avons commencée, il y a bientôt deux ans.

Page 1