LE VAISSEAU LES DROITS DE VUOMME ET LE CHEF DE DIVISION LACROSSE
La Vendée était pacifiée, et Hoche, vainqueur à QuiberoD, restait 4 la tête d'une armée de près de cent mille hommes, dispersée sur les cAtes de la Manche et de TOcéau, et condamnée au repos. Le général qui avait pris pour devise a Res non verba » avait horreur de Tinaction pour lui et pour les autres, et il cherchait pour les bataillons qu'il commandait une expédition utile et glorieuse.
Une grande nation, pensait-il, ne doit pas se borner à se défendre, il faut encore qu'elle sache attaquer. Pourquoi la République ne porterait-elle pas la guerre chez les Anglais, ses irréconciliables ennemis, dont Tor forme et entretient contre elle toutes les coalitions ; pourquoi ne les forcerait-elle pas à se défendre chez eux contre Tinvasion ? Pourquoi ne répéterait-elle pas enfin :
Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers; Qu'ils tremblent à leur tour pour leurs propres foyers !
Sous rinfluence de ces pensées, son génie avait caressé le projet d'une descente en Angleterre. Il en avait même arrêté le plan, combiné les moyens d'exécution, calculé les chances de
(1) Cet émouvant récit est emprunté à un travail important de M. H. Moulin sur les Marins de la République^ qui i^raîtra dans peu de temps.
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succès. Exposé par lui au Directoire, ce plan avait été adopté avec empressement ; mais plus tard, le dénuement du Trésor força le gouvernement à le restreindre à de moindres proportions, et à borner à Tlrlande l'invasion projetée à Torigine contre l'Angleterre.
Une flotte se réunit donc à Brest, aux ordres du vice-amiral
Morard de Galle, et seize mille deux cents hommes, commandés par Hoche, y furent embarqués.
Elle mit à la voile le 15 décembre i796.
On avait eu le tort d'attendre l'hiver et la saison des tempêtes; aussi fut-elle assaillie par de violents coups de vent qui la dispersèrent dès le second jour de sa sortie, de sorte que, de tous ces vaisseaux, les plus favorisés furent ceux qui virent les côtes d'Irlande et purent regagner sans avaries les ports de France.
Dans cette expédition ainsi avortée, le chef de division Lacrosse montait le vaisseau les Droits de rBamme, et il avait avec lui le général Humbert, six cents hommes de débarquement et sept cent cinquante d'équipage.
Jean-Baptiste-Raymond de Lacrosse avait déjà fait ses preuves.
Fils d'un lieutenant des maréchaux de France, petit-fils d'un capitaine de vaisseau, cousin par sa mère de l'amiral Bruix, il était sorti de l'école des gardes de la marine, et avait débuté par une laborieuse campagne dans les Indes orientales. Sa conduite au siège de Goudelour lui avait valu le grade de lieutenant.
Capitaine de vaisseau en (792, il avait été chargé de pacifier la Martinique et la Guadeloupe, et d'apaiser la révolte des noirs. Sa fermeté conciliante avait mené à bonne fin cette mission difficile, sans violences ni effusion de sang, et c'est lui qui fit reconnaître dans ces colonies le gouvernement républicain.
Rentré en France, il n'en fut pas moins arrêté comme suspect, et ne sortit de prison, après trois ans de détention, qu'avec la chute de la Terreur.
Le Directoire venait de le rappeler au service, en lui reodaut son grade, et c'est comme chef de division qu'il prenait part à l'expédition d'Irlande.
Esclave des ordres cachetés qui lui avaient été donnés, il arriva dans la baie de Bantry où il n'y avait plus un seul bâti' ment français, y croisa pendant huit jours en vue des côtes, y essuya plusieurs coups de vent et se décida, après l'inutilité de cette courte croisière, à regagner son port d'armement.
Il n'en était plus qu'à vingt-cinq lieues, quand un brouillard épais le força à ralentir sa marche. Il diminua de voiles, attendant qu'il fut dissipé pour attaquer la terre ; mais, à travers la brume, il crut apercevoir, dans le lointain, deux forts b&timents qui lui donnaient la chasse. II reprit, de son côté, toute sa voilure pour se donner le temps de se préparer au combat.
La précaution n'était pas inutile, car il reconnut bientôt dans ces deux bâtiments Y Amazone, frégate de 38 canons, et ï Indéfatigablej vaisseau rasé de 74, commandé par sir Edward Pelew, qui devait devenir célèbre sous le nom de lord Exmouth.
Lacrosse eût peut-être conservé la distance qui le séparait de ses deux erfhemis et évité l'engagement, si la rupture du bras du grand hunier de son vaisseau n'eût entratné la perte de ses deux mâts de hune. Cet accident permit à Y Indéfatigabk de le joindre, et à cinq heures un quart les deux vaisseaux se trouvérent à portée de la voix.
Le vaisseau les Droits de P Homme, bien commandé, monté par un brave équipage,, défendu en outre par 600 hommes de troupe, mais avarié, privé de ses deux mâts de hune et de sa batterie basse de 36, que la violence de la mer ne lui permettait pas de tenir ouverte, reçut la première bordée de Ylndéfa--
iigabie.
Lacrosse riposta vigoureusement avec son artillerie et toute sa mousqueterie. Le combat ne durait pas depuis une demi*
heure que les deux capitaiues savaient ce qu'ils valaient, et que l'un ne le cédait pas à l'autre en courage et en habileté.
Le Commodore Edward Pellew manœuvra pour prendre Les Droits de C Homme en enfilade, mais Lacrosse, qui Tavait deviné, le prévint en le serrant de près pour Taborder.
Craignant Tabordage, comme presque tous les capitaines anglais, sir Edward révita ; mais il ne put le faire qu'en présentant son arrière au vaisseau français, position dont Lacrosse profita tt pour lui envoyer, à longueur de refouloir, une seconde bordée, soutenue par un feu roulant de mou3queterie (i), » qui joncha de morts le pont de l'ennemi.
L'engagement durait depuis près de deux heures, sans avantage marqué de part ni d'autre, quand \ Amazone vint y prendre part. Elle s'approcha des Droits de C Homme à portée de pistolet, et lui l&cha toute sa bordée. Son dessein était de le prendre en poupe ; une manœuvre habile et rapide présenta aux deux ennemis, par le travers, le vaisseau français, qui put ainsi les combattre en même temps,en faisant feu de tribord et deb&bord.
Ses pièces furent si bien servies , son feu si bien soutenu, qu'il força, à sept heures et demie, ses adversaires à l'abandondonner et à s'éloigner pour se réparer.
Lacrosse, de son côté, pendant celte heure de répit, pourvut aux réparations les plus urgentes, prit les mesures nécessitées par l'attente d'une nouvelle attaque, et fit rafraîchir son équipage, dont l'enthousiasme et le courage se manifestaient par les cris redoublés de : « Vive la République (2) ! »
La lutte ne pouvait manquer de reprendre plus vive et plus acharnée ; sir Edward n'était pas homme à renoncer à une prise qu'il croyait certaine, et Lacrosse se fût plutôt laissé couler que de be rendre.
' (1) Rapport du commaudant Lacrosse au ministre, du 30 nivôse an V (19 janvier 1797). Ainihives de la marine, (3) Même rapport. Ibid. .
Le combat recommença avec la odib': il fut plus terrible et
plus affreux que celui du jour. Sur les deux bords, les mâts
tombaient coupés par les boulets, les ma'aâ^nvres pendaient hachées, les voiles, trouées et déchirées, n'étaient plus que des lambeaux. Dans l'obscurité et au milieu des détonations/l^ voix puissante de Lacrosse et de Humbert s'entendait, criant : «Ab'ordons^ camarades, camarades, abordons !y> et plusieurs fois-'.-^ Tabordage avait été tenté, mais toujours évité par sir Edward. ' •*
Les boulets et la mitraille épuisés furent remplacés par des obus, qui produisirent assez de ravages pour forcer les Anglais à s'éloigner une seconde fois, ne pouvant soutenir de si près un pareil assaut.
Il était deux heures du matin et l'on se battait avec acharnement depuis plus de huit.
Le lieutenant Châtelain, officier de manœuvres, venait d'être blessé. Le commandant Lacrosse lui-même, atteint au genou par un boulet mort, fut renversé.
Relevé et porté au poste des chirurgiens, il encourage ses hommes au milieu desquels il passe, en traversant les batteries. «Mes amis, dit-il, jurez-moi, quoi qu'il arrive, de ne pas vous rendre. — Jamais, répond d'une voix l'équipage, jamais ! plutôt mourir! » Et Lacrosse est remplacé par son second, Prévôt- Lacroix, qui, lui aussi, avait juré de ne pas amener, et qui continue le combat avec la même ardeur que Lacrosse l'a commencé (1).
Il ne finit qu'à la vue de la terre, lorsque chaque adversaire, menacé par le naufrage, dut songer à son salut, après treize heures d'un engagement pendant lequel dix-sept cents coups de canon avaient été tirés par le vaisseau les Droits de rhomme^ qui avait épuisé ses munitions : trois de ses officiers avaient été
(1) Prévôt-Lacroix, alors capitaine de frégate, qui eut sa part de gloire dans le combat des Droits de tHomme, est mort capitaine de vaisseau. La^ crosse l*avait vivement recommandé au ministre dans son rapport.
tués et sept blessés, d^'x joeot cinquante hommes de son équipage mis hors de. oombât.
Le premier- àppîirèil posé sur sa blessure, Lacrosse s'était fait porter siic.le pont. Il ne faisait pas encore jour; mais la lune qui se.levaîh permit d'apercevoir, à moins de deux milles, les
. rOo}^ de Penmarks, sur lesquels les vagues se brisaient en
'blanchissant.
Le naufrage était imminent. Le vaisseau les Droits de t homme n'avait plus d'ancres, il les avait perdues dans la baie de Bantry ; plus de câbles, ils avaient été coupés par les boulets; plus de mftts, ils avaient été rompus ou abattus ; Teau, pénétrant par les trous à la flottaison, avait mouillé les vivres et montait dans la cale.
Le 2S nivôse (15 janvier), à sept heures du matin, mal^é les effoils de l'équipage, qui ne pouvaient qu'être impuissants, il s'échoua dans la baie d'Âudierne, en face de Plouzenet, à un quart de lieue de terre, sur un banc de sable.
V Amazone^ démâtée de son mât de hune, le côté criblé et dans le plus piteux état, s'était perdue une demi-heure avant lui, sur les rochers de Penmarks. Son équipage fut fait prisonnier.
Ce fut à grand peine que V Indéfatigable échappa au même sort. Rasé comme un ponton, jonché de morts et de débris, troué et faisant eau, ne pouvant plus gouverner, il n'évita que par miracle les brisants de la côte bretonne.
C'était la seconde fois en un an que sir Edvirarâ Pellew, sur VIndéfatigable et en compagnie de VA mazone, était ainsi maltraité par les Français. Au mois d'avril 1796^ il avait eu sous le cap Lézard un engagement des plus vifs avec le capitaine Bergeret, de la Virginie, qui l'avait désemparé et mis hors de combat, et qui l'eût probablement forcé à amener, sans l'intervention des frégates Y Amazone et la Concorde.
Le combat et le naufrage n'étaient pour le courage de Lacrosse
et de ses compagnons que le prélude d'autres épreuves non moind douloureuses. Âpres le combat était venu le naufrage, et après le naufrage allaient venir la faim, la soif, la fièvre, le délire et la mort...
Le vaisseau s*était échoué à une petite distance du rivage, mais une violente tempête qui s*éleva, le rendit pendant cinq jours inabordable.
L'arrière des Droits de t homme avait été emporté par les lames furieuses qui balayaient le pont; la cale était submergée, et douze cents hommes, exténués de fatigue, constamment mouillés, expo es aux rigueurs des froides nuits de janvier, restèrent pendant cinq jours sans secours et sans vivres. Aussi, dans la sixième nuit, soixante hommes, dévorés par la fièvre et pris de délire, expirèrent-ils dans d'effrayantes convulsions.
Dès le premier jour, malgré le vent et la bourrasque, ou avait tenté d'utiliser les canots ; à peine eurent-ils touché la lame, qu'ils furent emportés par elle comme une plume légère, et brisés sur les écueils qui bordent La côte.
On essaya d'un va-et-vient, construit avec des planches et des vergues de rechange ; vingt ou vingt-cinq hommes s'y hasardèrent; quelques-uns arrivèrent à terre, plusieurs se noyèrent dans le trajet. Enfin, Lamandé, maître voilier, excellent nageur, se jeta courageusement à l'eau, s'efforçant de porter à terre une corde qui eût mis en communication la côte et le vaisseau ; mais, arrivé à moitié chemin, il fut obligé de renoncer à son entreprise.
Le second jour, on construisit encore des ras, dont on ne put faire usage ; mais le grand canot put conduire à terre une trentaine d'hommes. Il y resta, retenu par le vent et la violence de la mer.
Le troisième jour, on prépara la chaloupe pour les blessés; deux femmes et six enfants, Anglais capturés sur la Calypso, soixante-dix à quatre-vingts hommes s'y étant jetés, malgré les
officiers qui les repoussaient en Tain, elle se brisa contre les flancs du vaisseau, et la plupart de ceux qui la montaient furent noyés. Ce fut dans cette catastrophe que périrent Châtelain et les officiers qui, blessés, avaient survécu au combat.
Le quatrième jour enfin, le vent changea et permit à des embarcations d'Audierne d*aborder le vaisseau,et d'emporter le reste des blessés et trois cent cinquante hommes valides ; quatre cents environ restaient encore à bord. Le lendemain, c'était le cinquième jour du naufrage, le cutter V Aiguille eih corvette IMr- Xogante purent les embarquer et les mettre à terre.
Sur mille trois cent cinquante hommes que portaient les Droits de F homme ^ neuf cent cinquante furent ainsi recueillis; Lacrosse fut le dernier à quitter son vaisseau, qu'il avait si vaillamment défendu, et pu sauver de l'Anglais, non des flots.
Dans un rapport du 19 janvier 1797 au ministre de la marine (1), Lacrosse avait signalé les actes de courage et de
(1) Ce rapport, peu connu, et écrit au moment de la catastrophe, nous a paru assez intéressant, pour nous décider à en donner ici les principaux détails :
H Le 21 nivôse au matin, dit le commandant Lacrosse, je m'estimais à 25 lieues de terre, lorsqu'une brume épaisse me détermina à attendre qu'il nt beau pour attaquer la terre.
t A une^lieue à peu près, j'aperçus à travers la brume deux bâtiments qui semblaient me donner la chasse. Je la pris pour me préparer au combat.
« A quatre heures un quart, les bras du grand hunier venant à manquer, je fus démâté de mes deux mâts de hune.
t* A cinq heures un quart, l'ennemi, à portée de la voix, vint au vent par la hanche de tribord et m'envoya toute sa bordée ; je fis la même manœuvre, en lui envoyant la mienne, soutenue d'un feu terrible de mousqueterie.
» Je voulus ouvrir ma batterie basse, mais l'eau entrait à plein sabord, je fus obligé d'y renoncer.
« M'ayant présenté l'arrière, je profitai de cette position, en lui envoyant, à longueur de refouloir, une seconde bordée, soutenue d'un feu roulant de mousqueterie.
» A six heures trois quarts, la frégate prit part à l'action et nous lâcha sa
bordée à portée de pistolet... »
Parlant desa blessure, Lacrosse, relevé et porté au poste, dit : « En«descendant dans la batterie, j'assurai mon équipage que Ton n'amènerait pas. Un cri unanime fut répété : « Non, jamais, capitaine, soyez en sûr. » Ce cri fut entendu par la frégate l'Amazone, qui s'échoua une demi-heure avant moi. d«^mâtée de son petit mAt de hune et le côté criblé.
déyouement de son équipage et demandé pour lui des récompenses.
Ainsi, un aspirant, Bastide, chargé de la surycillance du pavillon, Tayantvu tomber, n avait pas hésité à plusieurs reprises à le relever et à le remettre en place, au milieu d'une grêle de balles..Le ministre lui alloua une gratification de trois cents livres en numéraire.
Deux capitaines anglais prisonniers s'étaient dévoués au sauvetage. L'un s'était jeté quatorze fois à la mer, et ne s'était arrêté qu'à bou^ de forces ; l'autre avait employé ses hommes à la construction de radeaux, et n'avait permis à aucun d'eux de s'en servir avant que le salut du dernier des Français n'eût été assuré. La Convention leur rendit la liberté avec une gratification extraordinaire.
En réclamant pour les autres, Lacrosse s'était oublié, mais
l'opinion publique réclamait pour lui.
« Enfin, mon brave camarade, j'apprends que vous vivez, lui écrivit Hoche, aussitôt après l'événement, et le gouvernement peut encore compter sur un homme dont il apprécie les talents et la bravoure. Votre combat vous a couvert de gloire; il a montré aux Anglais ce qu'ils doivent attendre des marins français bien commandés. Grâces inHnies vous en soient rendues.
« J'espère que sous peu vous recevrez des marques non équivoques de l'estime du Directoire et de la reconnaissance nationale. »
La lettre de Hoche ne devançait que de quelques semaines la nomination de Lacrosse au grade de contre-amiral, et le ministre de la marine Truguet la lui annonça par la lettre suivante : a Je n'ai pas perdu de vue, citoyen, le combat honorable que vous avez soutenu sur le vaisseau les Droits de r homme, et le sangfroid dont vous montriez l'exemple dans votre naufrage.
« Le Directoire, à qui j'ai rendu compte de cette action, a
trouvé juste de vous donner un témoignage de sa satisfaction, et je vous annonce avec plaisir que, sur ma proposition, il vous a élevé au grade de contre-amiral. »
Le nouveau contre-amiral ne faillit pas à sa dette de reconnaissance envers la France.
Peu s'en fallut qu'il n'entrât au Directoire, en remplacement de Reubell ou de la Réveillëre Lepeaux ; les électeurs lui préférèrent Sieyes et le général Moulin.
Il était ambassadeur en Espagne, quand, au 18 brumaire, le ministère de la marine lui fut ofiert, qui à son refus, fut donné à Decrès.
Capitaine général de la Guadeloupe, il rentrait en France sur la Didon. Ignorant la rupture du traité d'Amiens, i\ se trouva au milieu d'une flotte anglaise qui bloquait Brest. Douze vaisseaux se mirent à sa poursuite ; le commandant des Droits de rhomme se retrouva, avec son habileté et son audace*. Non seulement il sut leur échapper, mais il enleva encore en leur présence la corvette le Laurier^ qu'il fit entrer à Santander.
A la mort de l'amiral Bruix, l'Empereur le choisit pour le remplacer dans le commandement de la flottille de Boulogne, qu'il préserva des brûlots anglais, ce que ne sut pas faire l'amiral Allemand à l'tle d'Aix.
La Restauration le trouva préfet maritime à Rochefort. Il s'était peu mêlé à la politique, que nous sachions, et cependant la Réaction de 181 S le destitua et raya son nom des contrôles de la marine.
Ce fut un acte d'ingratitude et d'injustice tout à la fois : car, pendant son gouvernement colonial, il s'était, par sa droiture et sa fermeté aliéné les Jacobins agitateurs de la Guadeloupe, qui s'étaient emparés de sa personne, et ne lui avaient rendu la liberté qu'à la condition de quitter l'tle, où il n'était rentré qu'avec le général Richepance.
Le combat du vaisseau les Droits de rhomme est l'un des
plus glorieux de la marine républicaine, et le nom de Lacrosse Tun des plus entourés d*estime et de considération (1).