JUGE AU TRIBUNAL RÉYOLUTIOUNAIRE DE PARIS
(Suite)
« Encore une chose, il serait nécessaire que la Société de Bagnols instruisit la Société de Nîmes de tous ces faits, que celle de Beaucaire en fit autant ; celle d'Uzès, celle de Saint- Esprit autant, et qu'indépendamment de cette mesure, elles en écrivissent aux Jacobins en leur disant que je leur rendrais un compte exact de tout ce qui s'est passé ; par ce moyen je serais soutenu du moins par Bagnols, Uzès, Saint-Esprit et Beaucaire, et ces quatre Sociétés remporteraient à tout événement sur celle de Nfmes, quoique cela j'en reviens à mon opinion, qu'il faut bien prendre garde de se diviser entre patriotes : nous serions perdus, et les aristocrates ne seraient que bien contents. Si je te parais aussi chargé de précaution, c'est que je voudrais pouvoir parvenir à faire rendre compte à Rovère et Pouitier de toutes leurs opérations.
« Il faut donc que toi et moi nous donnions nos plus grands soins dans cette affaire, et sois sur que je ne pourrai m'acquérir une jouissance plus parfaite qu'en témoignant mon attachement aux patriotes de toute la République, et notamment à mes compatriotes les Bagnolais.
« Pouitier est ici, à ce que VouIIand m'a assuré, mais il n'a pas pu ou n'a pas voulu m'en dire les motifs. Depuis que je suis ici, je me suis attaché à charger Hovère et Pouitier de tout l'odieux qu'ils méritent auprès des membres du Comité de surveillance et autres, et ilyadeux ou trois jours que Voulland m'assura qu'ils étaient rappelés (1) ; quoi qu'il en soit, sois bien assuré que j'ai déjà réussi à répandre une défaveur bien grande sur leur compte, et je ne douterais pas un instant que je n'aye beaucoup contribué au voyage de Pouitier. Je vais maintenant m'occuper à déjouer ses intrigues et empêcher qu'il ne capte une nouvelle commission.
< Compte sur mes soins, mais que mon zèle ne ralentisse point le tien. L'administration a bien des reproches à se faire, je lui ai écrit depuis longtemps pour qu'elle eût à me faire passer tous les arrêtés de Hovère et Pouitier et des extraits des séances auxquelles ils ont assisté. J'ai écrit à mes collègues sept lettres (2) toutes très intéressantes. Si je ne connaissais leurs principes, je croirais qu'ils veulent attiédir ou refroidir mon zèle ; n'importe, servons la chose publique.
« J'ai écrit aussi plusieurs lettres à mes collègues du Comité de Salut public et entre autres je leur demandai les renseignements nécessaires pour que je les présentasse à mon tour au Comité de Sûreté générale où j'étais bien sûr d'être parfaitement accueilli. Pour toute réponse j'ai reçu une lettre très froide qui me dit simplement qu'on envoyé un mémoire au Comité de Salut public (et ce n'est point à celui-là que je voulais ra'adresser parce que je n'y connais personne) d'aller le lire et l'appuyer.
(1) Le représentant Boisset, député de la Drôme, fut envoyé en mission dans le Gard après le rappel de Rovère et Pouitier. Ses actes ne plurent pas à la Société populaire qui envoya des députés à la Société des .Incobins de Paris pour se plaindre « de ce que les patriotes gémissaient dans l'oppression depuis l'arrivée du représentant Boisset dans le département. » (Séance du 11 pluviôse, an 11, Moniteur ^ iV 136.)
(3) Nous n'avons pu retrouver que quatre des lettres dont il s'agit.
. 2'î ANNÉF, — II. 4<$
« J'ai écrit aussi des lettres très intéressantes à ma Société à Ntmes et pas une marque d'amitié.
« Tandis que je mets tout mon temps à prouver à mes frères mon entier dévouement à la chose publique ; tandis que je me prive et de promenades et de spectacles , je ne reçois pas d'eux seulement une marque de sensibilité ? Eh bien i je n'en serai pas découragé pour cela. J'irai toujours mon même train. Trop heureux si ces moments que je consacre à des occupations bien pures peuvent un jour produire quelque heureux effet.
< Un reproche que j'ai à te faire, c'est de m'avoir coûté 9 livres 8 sols de frais de ports de lettres ; tu aurais Inen dû faire affranchir les paquets pour l'administration ou le Comité de Salut public, ou m' écrire sous l'enveloppe des députés du Gard à la Convention nationale, chez le citoyen Voulland, rue Croix-des-Petits-Ghamps, maison n"" i08, à Paris (f). N'oublie pas de suivre ponctuellement cette adresse quand tu m'écriras ; car tu sais bien que je ne suis.pas riche et 1 0 sols souvent répétés feraient bien vite une somme.
(c Adieu, je t'embrasse.
« Meyèbe. »
« Ecris-moi bientôt et fais-moi toutes les observations, et dis-moi qui est président du Tribunal, mets-moi au courant des affaires les plus saillantes ; car personne ne m'en dit mot.
c< Tu dois savoir que Chabot, Bazyre, JuIIien et Delaunay d'Angers figureront au Tribunal révolutionnaire. Je t*annonce pour fait bien certain que Chabot a remis lors de son arrestation au Comité de Sûreté générale cent mille livres, en disant
(1) Voulland (Henri), avocat, député de Nimes à la Constituante, puis député du Gard à la Convention.
que cette somme lui avait été donnée pour le corrompre ; mais admire qu'il l'a gardée très Icmgtemps sans mot dire et qu'il ne Fa remise que lorsqu'il a vu qu'il était découvert. Juilién a trouvé le secret de s'évader ; tu dois aussi savoir (je Tai écrit dans le temps) qile lorsqu'on a posé les scellées chez JuUien on trouva chez lui à peu près 120 mille livres et qu'il dit potir toute réponse que c'était un dépôt.
« Enfin, mon ami, je suis honteux de voir que l'homme se laisse corrompre si facilement. Oh ! que nous sommes scélératS; hélas! Ohf Jacobins f Jacobins, si votre surveillance n'était aussi exacte, où en serait la liberté?
« Mes yeut se ferment, adieil.
« Meyèri::. »
a Je t'ai écrit pour l'aeeuser réception de tes pièces te concernant ; en suite , quand on aura touché, je t'enverrai la quittance^ to la signeras ei me la fera» passer ,r afin que cette somme soit versée entre mes mains. C'est une mariche indiâ(pensais. Sois tranquille. »
« Paris, le 14 frimaire an II de la Ré^uMiifue française, une et indivisible. (4 décembre 1793.)
<x Mon cher Bertrand,
« J'ai été hier chez Montigny (^), jour qu'il m'avait assigné, pour aller chercher , non pas ta somme, quoiqu'il pensât qu'elle serait alors entre ses mains, mais ta quittance i^enlptie, afin que je puisse te l'envoyer pour la signer et qu'ensuite, me la renvoyant, je pusse alors effectivement toucher la créance.
« Quelques obstacles l'ont empêché de toucher, et voilà du retard ; tonf éértificat de résidence est surafmé ; il etv kM un
(4) A. Montigny, 51 ans, né à Moatqftaliny condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire le SI messidor an II.
nouveau, et il faut le retirer de la municipalité de Nîmes. Fais-le donc vite. On m'a dit t'avoir écrit à ce sujet, et sans doute tu auras reçu les deux lettres de Montigny à cet
égard (I).
(( Je n'ai pas le temps de te rien dire de plus, je suis surchargé de travail.
« Mrtère. »
« Les nouvelles sont bonnes de toutes parts. J'ai appris hier au soir aux Jacobins que Rabaut et son frère Saint-Etienne étaient arrêtés à Bordeaux (2). •
(( Tâche donc de nous envoyer au tribunal Vigier et compagnie; une simple dénonciation, en y joignant quelques-uns des verbaux de l'Assemblée, suffira; lis les lois relatives à la formation de ce salutaire tribunal, tu verras. »
r( Paris, le H frimaire de l'an II de la République, une et indivisible (7 décembre iToa).
« Je recevrai toujours un nouveau plaisir, mon bon et véritable ami, chaque fois que tu me donneras des marques de ton souvenir et surtout l'assurance nouvelle de ton dévouement à la chose publique ; quoique certain de ton caractère et que je sois bien convaincu par l'expérience que tu aimes la Révolution pour le bonheur du genre humain, j'éprouve cependant une grande satisfaction quand, par chacune de tes lettres, tu augmentes tes obligations par les certitudes que tu me donnes
de ne jamais dévier.
« Tu ne me surprends pas, mon cher camarade, quand tu me fais apercevoir cette faiblesse qui pourra être funeste aux
(n Dans les papiers saisis chez Bertrand après son arrestation on trouve en effet une lettre de Patin « pour le citoyen Montigny ». à ce sujet. Il s^agit d'une somme provenant de la liquidation d'un office.
(2) RaLaut-Pommier et Rabaut-Saml-Etienne, de Nîmes.
sans-culottes de notre département. Quoi ! tandis que nous devons sentir qu'un pas rétrograde peut nous faire perdre le terrain que nous avons gagné sur les tyrans et ses vils partisans, pouvons-nous hésiter, mon bon ami, dans les mesures de rigueur qui, elles seules, peuvent achever notre conquête? Ah! habitants du Midi, vous qui, nés sous un soleil brûlant, devriez vous ressentir de cette ardeur qu'inspire une chaleur ' naturelle, venez dans le Nord, venez contempler l'énergie de ses habitants qui ont pris naissance et qui vivent dans des éléments glacés; venez voir cette énergie patriotique, révolutionnaire, qui les anime, et retournez ensuite chez vous en rougissant de votre mollesse.
a Mon ami, ça va ici, c'^est un plaisir ; rien n'est oublié pour le triomphe de la liberté. Paris, jusqu'à présent, a sauvé notre sublime révolution, et Paris seul peut nous la conserver.
« Courage, foutre, courage, prêche et crie si fort que tu puisses parvenir à réveiller le plus endormi.
« Le Tribunal révolutionnaire va très bien ; il y a des bougres à poils; il ne peut exister que dans Paris, parce qu*il se ressent de l'énergie de cette ville ; tout ailleurs, il serait plutôt préjudiciable que profitable, et prends pour exemple seulement flotre département ; ne vois-tu pas bien que si on organisait chez nous un Tribunal qui fût chargé des mêmes fonctions que les nôtres, tous nos coquins seraient absous (I)? 11 faudrait pour les condamner des preuves matérielles, et tu sais mieux que moi et que personne combien, par leur ruse, les foutus scélérats nous ont mis dans l'impossibilité d'en produire. L'on ne peut donc les atteindre bien souvent qu'en
(1) Un tribunal révolutionnaire fut pourtant organisé à Nîmes par le représentant du peuple Jean Borie, le 5 ventôse an II (-23 février 1701) et ce tribunal prononça 132 condamnations à mort, du 1" germinal au 14 theriDidor. {Voir pièces et documents pour servir à r histoire de la Terreur à Nîmes. Imp. Soustelle, 1867, p. 38.) C'est un des tribunaux révolutionnaires de province qui prononcèrent le plus grand nombre de condamnations à la peine capitale [V. la justice révolutionnaire y par Berriat-Sainl-Prix. — 1870).
lisaot et pénétrant dans leur cœur et dans leur vraie moralité. Voilà ce que mw faisons ici, et p^r oe moyen ça va.
€ Par tes fonctiops, et en t'y attachant, tu peux faire beau* coup de bien ; lis les lois sur Torganisation du Tribunal révolutionnaire, . tu verras que les corps constitués, aiqsi que les simples citoyens» peuvent dénonc^|r les aristocrates pour y être traduits. Tu es bien à même sans doute, de ramasser des matériaux pour faire des dénonce^, ramasse seulement les v^r- « baux de rassemblée représentative des sections, etc. Ces pièces sont plus que suffisantes pour faire raccourcir tous ceux que tu connais pour être les auteurs du Midi.
« Tu apportes une grande consolation dans mou ^m^ que tu as comblée de joie, en m'appreuànt que Courbis, le brave Gourbis, est président du Tribunal (I). Je ne doute pas que, de concert avec toi, il ne sorte de vos opérations un très grand bien pour la chose publique (2)),
(( Il ne reste plus qu'à le remplacer comme maire, et je vois la ehese bien difficile, même malheureuse s'il s'agissait de faire ce remplacement en assemblant les assemblées primaires; je pense que tu cahneras mes inquiétudes à cet égard, et que tu me communiqueras ta façon de penser qUAUt à tous les objets qui intéressent notre département, et relativement à cette précieuse nomination.
i< Communique les lettres que je t'écris à Gourbis, si tu le juges à propos, et quoi que tu fasses à cet égard, ne manque pas de lui dire que je lui suis fort attaché, que je compte toujours sur son énergie et sur son amour pour le bien ; entendez-vous, mes amis, vous êtes tous des patriotes vigoureux, faites, foutre, marcher les autres.
« La terreur ne suffit pas pour ranger les aristocrates ; il faut nécessairement, et il n'y a que ce seul moyen de les
(1) Gourbis n'accota pas. Il fut rempilé par Pallejay, son beau-frère.
(2) Bertrand fut plus tard accusé d*avoir trop bien suivi ce conseil.
dompter, c'est de les raccourcir de toute la tète, du moins, je le vois ainsi, et sûrement tu ne me connais pas pour un homme de sang, ti^nt s'en faut.
« La tète à Rabaut^Saint-Étienne est tombée; je Tai écrit à jNImes; son frère Pommier est en prison; tu sauras de ses nouvelles aussitôt qu'il sera question de lui (1).
« Nous n'avons pas besoin de nous endormir ; les patriotes qui croient la Révolution faite se trompent ; elle roule sur un terrain glacé et inégal ; le moindre pas rétrograde pourrait la faire chuter; plus est grande notre espérance et plus nous devons y apporter nos soins. Veillons, mon ami, veillons, c'est là le moyen de dormir bientôt tranquillement.
« Je veillerai à tes affaires; sois tranquille; je verrai demain Montigny. Je t'ai écrit à ce sujet il y a deux ou trois jours.
a Adieu, je t'embrasse, et Gourbis et tous ceux qui pensent comme nous.
« Ne m'oublie pas auprès de mon cher ami Teste à qui j'ai écrit plusieurs fois; il ne m'a pas répondu ; n'importe, je vais lui écrire de nouveau.
c Salut. Metère. »
« Il parait que tu as fait de mûres réflexions sur ma lettre et tu as bien fait; mais pense bien qu'il ne faut pas employer tout son temps à réfléchir, qu'il faut agir aussitôt que ta santé te le permettra.
« J'ai écrit, en conséquence, à la municipalité de Bagnols. »
(1) Rabaut-Pommier fut oublié dans les prisons et sauvé par la Révolution du 9 thermidor.
F. ROUVIÈRE
{La 9uit« au ftrœham numéro.)
LE PAPIER-MONNAIE
DES COMMUNES DE FRANGE
PENDANT LA RÉVOLUTION
(Suite)
CHOMERAC '
Municipalité de Chomerac. iV° Billet de cinq sous, établi par la Commune de Chomerac^ autorisé par le département^ à échanger contre des assignats de cinq livres. Dans le cadre en h lut : Cinq sous. haut. : 0°068; larg. : O^OS?.
COMBEBONET*
A. 55. Combebonet VS. N"" Billet de confiance de cinq sous remboursable en assignats de cinq livres. Cinq astérisques. Cadre portant aux angles le chiffre de la somme, et en haut : République française; en bas : règne de la loi; à gauche : Liberté; à droite: Égalité. Haut.; 0-065, larg. : 0™094.
B. Le même de dix sous, pas d'astérisques sous la légende.
LA COTE SAINT-ANDRÉ 5 LS. &D. N"* 2 sous 6 deniers. Billet de confiance à