‹ La Révolution françaiseChapitre 31 sur 78 · ME7BRE · texte numérisé non relu

ME7BRE

« Finis donc, comme je t'ai recommandé déjà plusieurs fois, de me coûter des ports de lettre. Tu as mon adresse ; en tout cas la voilà de nouveau :

« Double enveloppe.

« Aux citoyens Représentants du Peuple, députés du département du Gard auprès de la Convention Nationale, chez le citoyen Voulland l'un d'eux, rue Croix-des-Petits-Champs maison n'* iOS, à Paris. »

u PariSf le 20 ventôse an II de la République française, une et indivisible. (10 mars 1791.)

tt Je ne le fais point de reproche?, mon cher Bertrand ; je ne Ven ferai jamais de négliger un ami pour t'occuper constamment de la chose publique; c*est le devoir d*un républicain de ' sacrifier ses affections les plus chères au salut de la patrie. Tu m'aimes, je le sais; je t'aime, tu le sais; eh bien! nous nous verrons quand nous pourrons, nous nous répéterons nos sentiments quand nous pourrons ; en attendant, que nos forces soient tendues à faire voguer Je vaisseau de la République. Voilà ce qu'il faut.

« Tu ne saurais croire la jouissance que tu me procures, quand tu m'apprends que tu as su te conserver la confiance de nos concitoyens, d autant mieux que, quoique éloigné, je vois tous les écueils que tu as eu à éviter. Bertrand est brave, je Pavais cautionné; il n'a pas trompé son ami, il n'a pas trompé la chose publique; c'est bon.

a Rassure-toi, tun'asjamaisétésurlepoint de perdre l'estime de ton ami; mon instinct naturel ne s'est jamais élevé contre toi, cela m'est une preuve que ce foutu instinct qui est tout mon apanage ne me trompe jamais. D'ailleurs, si tu avais fait un faux pas, j'aurais cherché à m'assurer si tu l'avais fait par erreur ou par fantaisie; la découverte que j'aurais faite à cet égard- aurait dirigé ma conduite à ton égard. — Rappelle-toi toujours que nous sommes dans telle position qu'il faut plutôt rompre que mollir. Conserve par devers toi cette grande vérité ; que ce soit elle qui donne le mouvement à toutes tes actions. Tu ne peux, tu ne dois avoir d'autre boussole ; tant pis pour ceux qui, abusés par de fausses lueurs, iront inconsidérément se jeter dans des embûches d'où ils auront bien de la peine de sortir.

« Il me serait impossible, mon bon ami, de te répéter ce que je te disais dans mes précédentes; ma correspondance est trop Volumineuse pour que je garde copie des lettres que j'écris.

<( Quant à tes assignats, ils sont toujours dans un coin de ma malle; j'attends tes ordres à cet égard. Je croyais même que tu en avais chargé la citoyenne Ribet; il y a apparence que non, je resterai donc tranquille.

« 11 m'est dû, à la vérité, dans le département ; mais personne ne peut me payer parce que, disent-ils, ils n*ont pas vendu leur vin. Saurais bien déjà trouvé des occasions pour t*envoyer, mais je ne puis me dessaisir sans un ordre tout exprès de ta part. Tu es mon ami, mais du côté des affaires, je n'entends point raillerie ; j'aime d'être en ordre d'ailleurs, tu sens qu'il peut m'arriver mille cas qui me deviendraient des plus désagréables.

a Si tu pouvais jeter un coup d'œil sur la collection des lettres que j'ai écrites à l'administration, tu verrais que s'ils avaient voulu suivre mes avis, ils ne se trouveraient pas dans la triste position où ils se trouvent. C'est bien de leur faute et non de la mienne. Us peuvent bien dire leur meâ culpd. Cependant je t'avoue qu'ils étaient pleins de bonnes intentions; l'énergie seule leur a manqué. Je juge fort bien la véritable cause du faux pas qu'ils ont fait. Ëh bien ! ceux qui en sont les auteurs ne payeront pas pour eux (1).

(1) Meyère fait ici allusion à l'affaire Périllier. Le 19 pluviôse précédent (7 février l'794) « le tribunal criminel acquitta le nommé Jean Périllier, prévenu il*avoir aidé de tout son pouvoir les complots contre-révolu lion naires de juin et juillet (1793), ainsi que d'avoir propagé, dans les départements voisins, le funeste système qu'on appelle fédéralisme. »

Le lendemain, Bertrand, accusateur public, dans une lettre adressée à Borie, réclama « le renvoi des pièces ainsi que de Taccusé au Tribunal révolutionnaire de Paris pour y être jugé conformément à la loi dii 29 mars au préjudice de laquelle le tribunal criminel n'a pu prononcer, dit-il, sans renverser la hiérarchie des pouvoirs souverainement établie par la Convention nationale. » {Rapport de BoriCy p. 19). Les pièces furent adressées au Comité de Salut public pour statuer.

Sur ces entrefaites, Moulin, qui avait été député à Paris avec Giret, par la Société populaire de Nimes, au sujet de la destitution et de l'arrestation de Gourbis, écrivit à Teste, procureur général syndic du département du Gard, la lettre suivante :

M Paris, le 19 pluviôse.

« Tu reçus dans te temps un ordre du Comité de Sûreté générale de la Convention pour faire arrêter et conduire au Tribunal révolutionnaire de Paris, le

(( J*ai reçu ta lettre relative à ton cousin. Ton style républicain ni*a fait plaisir ; cependant» si tu avais gardé un profond silence tu n*en aurais que mieux fait. N'importe, je ne t*en blâme

scélérat Périllier. Celui-ci promenait et chassait dans les campagnes environnantes de Nimeset aucune démarche ne fut faite pour le faire arrêter. J'en ai la preuve morale.

« Le conspirateur Périllier ne fut pas aussi heureux dans les plaines de la Bourgogne; il eut le malheur de me rencontrer et de suite il fut arrêté et conduit à Tournu, district de Chalon, département de Saône-el-Loire.

• Mais j'ignore par quelle fatalité il vient d'être conduit au tribunal de clémence du département du Gard, tandis que le Comité de Sûreté générale, sur ma dénonciation, a donné l'ordre au comité de surveillance de Tournu pour qu'il fût conduit au Tribunal révolutionnaire de Paris, seul compétent pour juger les voleurs des deniers publics et les conspirateurs.

u Périllier ne peut et ne doit être jugé que par le Tribunal révolutionnaire de Paris, d'abord en ce qu'il est aocusé de dilapidation et de concussion dans l'exercice de ses fonctions de contrôleur des charrois, et cela est prouvé par les pièces remises par le comité des marchés au Comité de Sûreté générale; ensuite, il est atteint et convaincu de conspiration et de fédéralisme; de manière que s'il avait deux têtes, elles devraient tomber toutes deux sous la hache populaire. D'après cela, Périllier n'a pas dû être conduit au tribunal de clémence du département du Gard ; il est même de Tintérêt public, et le sort des vrais et ptfr« sans-culottes est intéressé à ce que tous les conspirateurs qui sont aux Capucins, au Palais et à la Citadelle soient conduits au tribunal terrible et redoutable, mais juste de Paris, afin qu'ils n'échappent pas à la vengeance nationale. A Paris, on ne connaît que la justice, les fédéralistes et les conspirateurs n'y trouvent que le rasoir national et point de protecteurs ni des hommes assez lâches pour al>andonner la cause du peuple.

• Tous les jours le patriotisme s'épure et le masque des traîtres tombe. Malheur, malheur aux traîtres, malheur aux Brissot et Vergniaux du Midi.

tt Quant à moi, je serai toujours Moulin de 1789, du 10 août, du 31 mai et ^ juin, et jamais je ne courberai ma têtealtière sous le joug du tyran ou des tyranneaux, je surveillerai les traîtres, je les dénoncerai, je les arrêterai même pour le^ livrer au glaive vengeur des lois.

« Adieu,

« Moulin. » {Arch. départ. 1 L. 7 f«. 150)

Le Directoire comprit toute l'importance de l'accusation ainsi portée contre lui. Il voulut parer le coup en écrivant ce qui suit au Comité de Sûreté générale, au Comité de Salut public, à Borie, représentant du peuple, à la société des Jacobins, aux députés du Gard, et à Subleyras, juge au Tribunal révolutionnaire :

• Nimes, le 28 pluviôse, an 3* de la Rép. une et ind.

« Nous t'envoyons la copie d'une lettre signée Moulin, datée de Paris le 9 pluviôse.

•' Il parait qu'elle tend à inculper l'administration ou certains de ses membres de négligence à raison de l'arrestation du nommé Périllier, et de fausse mesure dans sa traduction à Nîmes.

« Nous repoussons cette double calomnie en t'envoyant'les copies certifiées de deux lettres par nous écrites les 35 et 36 nivôse au Comité de Sûreté gêné-

pas, tu as dû satisfaire à tes devoirs d'une double manière. C'est à moi maintenant à satisfaire aux miens et à ceux deTamilié.

(c Adieu, je t'embrasse. Ma femme en fait autant. Je te recommande de nouveau le brave Million en te remerciant de ce que tu as fait pour lui. « Meyère.

a Le rapport de Gourbis doit enfin se faire demain ; il est tout à fait à son avantage (1).

raie de la Convention nationale, et à l'agent national de la commune de Sennecey.

« Ces lettres prouvent que nous n'avons été pour rien dans la traduction de Périllier à Nîmes, puisque nous demandions là-dessus les ordres du Comité de Sûreté générale, et que nous disions à l'agent national de la commune de Sennecey d'attendre les ordres dudit Comité pour s'y conformer.

A Elles manifestent d'ailleurs cette pure vérité « que depuis longtemps Périllier avait fui du département du Gard » vérité établie par son arrestation même à Sennecey, et par l'inutilité des perquisitions faites ici, soit par ordre du comité de surveillance, qui avait donné de son côté un mandat d'arrêt contre cet homme, soit par les soins du procureur général syndic.

« Nous nous arrêtons là, ne croyant pas que tout le surplus de la lettre de .Moulin puisse être appliqué à une administration aussi franchement patriote que celle du département du Gard.

■ Du reste, nous ne connaissons d'autre Moulin que celui qui a paru ici comme inspecteur des charrois de l'armée d'Italie et qui n'avait pas craint de se faire nommer en même temps greffier du tribunal criminel. Il a été dépouillé de cette dernière place et, pour remplir la première, il devrait être à l'armée et non à Paris.

• Salut et fraternité, « DoNicEL, président, Chauvard.Balthazâr, Guisquet, Rigal, secret, gén.^ Poulon etËlie Dumas refusèrent de signer. '(Arcu. dép. id.)

Le Directoire avait commis bien d'autres fautes aux yeux des patriotes; il avait défendu auprès de Boiie (délib. du 12 ventôse) Rigal, secrétaire général de l'administration contre lequel un cri général d'indignation s'éleva lorsqu'on prononça son nom à la Société populaire dans la séance du 11 germinal etqui avait d'ailleurs été l'objet ace moment d'un mandat d'arrêt comme contrerévolutionnaire.

Deux mois après la lettre de Meyère, le 4 prairial, Tadministration du département était épurée : on connaît la signification révolutionnaire de ce mot.

(1) Le 8 nivôse an II (28 décembre l'î93), « Boisset, représentant du peuple fran- , çais, dans les départements méridionaux, investi de pouvoirs illimités par le décret du 2 frimaire, • prit l'arrêté suivant, daté de Montpellier :

« Considérant que la voix publique qui s'était à son passage à Nimes élevée contre les vexations du maire Gourbis, ses actes arbitraires, l'avaient porté à prononcer sa destitution et se croyant plus instruit par les vives sollicitations de plusieurs patriotes, avait suspendu l'exécution de son arrêté ;

« Considérant que d'après le décret du 17 frimaire, les représentants du peuple ont le droit de prononcer sur le sort des détenus qui ne sont pas compris dans la loi du 17 septembre;

a Moureauest toujours détenu, je puis te dire qu'il est détenu

• Considérant que beaucoup d'arrestations dans ces contrées ont été reffet des passions, des vengeances particulières ;

« Considérant que Gourbis, maire de Nîmes, qui, à Tépoque du fédéralisme^ a couru quelque dangei*', a le cœur aigri et qu'il se laisse souvent emporter par sa fureur;

• Considérant qu'après avoir mis en liberté Bosanquet, Courbis s'emporta et engagea le comité de surveillance de Nimes de lancer un mandat d'arrêt contre lui; que le comité résistant à ses Instances, il le lança lui-même;

• Considérant enfin que le représentant du peuple serait coupable, indigne d^être français, d'exister sur la terre républicaine s'il laissait avilir l'autorité nationale; méconnaître son pouvoir et laisser impunie la volonté d'un seul qui s'élève contre la volonté de tous ;

• Arrête que Courbis, maire de Nimes, est destitué de ses fonctions et mis sur-le-champ en état d'arrestation, et que le plus ancien municipal remplira provisoirement les fonctions de maire. » {Arch. dép. 1. L. 6,1:3.)

Cet arrêté fut mal accueilli par les patriotes de Nimes. La Société populaire dénonça Boisset à la Convention comme oppresseur des amis de la Révolution ;.Giret et Moulin furent députés à Paris pour défendre la cause de Courbis. Boisset se vit retirer sa mission dans le Gard; il en avisa Teste, agent national, le 1" pluviôse (20 janvier 1794) par une lettre où il laisse percer sa mauvaise humeur: « C'est toi que je regrette, dit-il, et quelques hommes justes et éclairés qui doivent souffrir d'habiter des lieux semhloblesy mais qui peuvent devenir riants entre leurs mains. • Borie, son successeur, arriva à Nîmes dans la nuit du 2 au 3 pluviôse (21 janvier 1791). La Société populaire et la municipalité lui présentèrent 0)urbis comme un homme persécuté, un • parfait patriote, administrateur intègre, victime des ennemis du bien public, calomnié par les femmes, les enfants, les parents des personnes suspectes, décidées telles par la loi. • {Délib. mun, du 16 nivôse.) Le représentant, après avoir consulté les autorités constituées, adressa • toutes les pièces aux Comités de Salut public et de Sûreté générale, qui devaient avoir dans leurs bureaux les motifs de destitution. • (Rapport de Borie sur sa mission, p. 9. Imp. nat., brumaire an lU.)

Le 21 ventôse, en effet, Voulland, au nom du Comité de Sûreté générale, monta à la tribune de la Convention et s'exprima en ces termes :

• L'hydre de l'aristocratie, abattue pour ne plus se relever, semble vouloir faire en ce moment les derniers efforts pour renaître, s'il était possible, de ses propres cendres. — On la voit se reproduire sous toutes les formes, s'agiter dans tous les sens, emprunter tous les langages, et reparaître sous toutes les couleurs. — Les mesures les plus instantes de salut public et les moyens les plus efficaces pour l'opérer, deviennent bientôt, sous la main perfide de la malveillance toujours en activité, l'occasion de réveiller l'espoir de ses partisans et de les arracher à la juste vindicte publique, en rendant, par une erreur fatale, les patriotes victimes de ses lois révolutionnaires qui, élant absolument dirigées contre nos ennemis, n'auraient jamais dû frapper les hommes de la Révolution, ces hommes qui l'ont toujours constamment aimée et n'ont jamais un seul instant cessé de la servir. « D'après ce début on préjuge du ton des termes du rapport, à la suite duquel la Convention décréta la mise en liberté de Courbis et sa réintégration dans les fonctions de maire. {Moniteur, n9* 173 ot 171. Voir aussi Bibl. de Nimes, iv 2.Î87-3.)

bien injustement; j'espère que son tour viendra pour obtenir justice (i). »

« Paris, le 25" ventôse de Tan ^* de la Répabliqae française une et indivisible. (15 mars 1794.)

c( Citoyen accusateur public,

a Sensible à la confiance de mes concitoyens, je n'aurais pas manqué de me rendre de suite au nouveau poste qui m*est indiqué par l'arrêté que tu m'as fait passer du représentant Borie (2) ; mais remplissant des fonctions qui m'ont été assignées par la Convention, j'ai cru ne devoir, ne pouvoir môme abandonner le Tribunal révolutionnaire de Paris sans au préalable avoir con« suite les Comités de Salut public et de Sûreté générale. Aussitôt que j'aurai reçu leur décision, tu en seras instruit, et par moimême, c'est-à-dire de vive voix, s'il m'est permis de me rendre aux vœux des sans-culottes du département.

« Salut.

« Meyère. r>

« Paris, 1*' germinal^ an 3* de la République française, une et indivisible. (21 mars 1794.)

« Tu t'attendais, mon cher Bertrand, d'embrasser bientôt ton ami Meyère, et cependant rien de plus incertain que le moment de notre réunion. La carrière que nous courons l'un et l'autre exige de grands sacrifices; il faut qu'un patriote sache en faire. Quand est-ce me sera-t-il permis de retourner honorablement dans mes foyers? Je n'en sais rien. Tu penses trop bien de moi, j'en suis s&r, pour me croire capable d'abandonner le poste que j'occupe tant que le bien public l'exigera. Oui, je le

(1) Voir la note 2, p. 816.

(2) Arrêté du 5 ventôse an II portant organisation du Tribunal révolutionnaire du Gard. Meyère, de Laudun, et Fauvetty, d'Uzès, tous deux jurés près le Tribunal révolutionnaire de Paris, furent nommés juges. • Il leur sera écrit pour se rendre aussitôt que possible, • dit l'arrêté. {Rapport de Borie^ suite, p. 20. Impr. nat., vendémiaire, an III.)

répète, quand est-ce me sera-t-ii permis de retourner dans mon département? Je n*eu sais rien.

« Je m'ennuie à Paris, voudrais-tu le croire, eh bien ! c'est une vérité, et Tamour seul de la patrie est capable de m'y retenir.

« La lettre officielle que je t'expédie te fera connaître que tu ne dois plus conserver aucun espoir de m'avoir pour collègue. J'ose croire que loin de désapprouver la marche que j'ai tenue dans cette affaire, tu y trouveras, au contraire, une délicatesse bien placée et des mesures nécessitées d'ailleurs par les circonstances difficiles où je me trouvais. Le Comité de Sûreté générale a parlé, et c'est à sa voix que doit être attribuée ma démission de juge.

« Si j'eusse trouvé une bien grande satisfaction à rentrer dans le sein de mes amis, je t'avoue aussi qu'il m'en aurait coûté pour entreprendre des fonctions dans lesquelles il aurait fallu faire une espècede noviciat, car je ne suis point homme de loi.

a La ressource qui me restait, à la vérité, c'était toi, pour me donner la gamme nécessaire. N'y pensons plus.

a Ton amitié pour moi. te fera dire un mot à mon égard à la Société populaire, dont je suis toujours jaloux de me conserver la bienveillance.

- aTon argent dort toujours au coin de mamalle. J'aurais eu déjà plusieurs occasions pour te l'expédier, mais ma délicatesse s'y opposera toujours tant que je n'aurai point d'ordre de ta part, et je ne puis te donner une traite sur mes créanciers puisqu'ils m'ont écrit qu'ils ne pouvaient me payer quant à présent.

a Conserve-moi ton amitié qui m'est devenue plus chère depuis que j'ai acquis la certitude que tu n'as pas trébuché dans ces moments d'orage qui ont agité notre ville (1). Courage, mon cher ami, et ça ira.

(1) A cette date, le régime révolationnaire était complètement organisé dans le Gard. La Société populaire, qui avait < scrutiné » chacun de ses membres, était toute-puissante ; elle avait ses amis à la municipalité, au district, au département, au Tribunal révolutionnaire, etc.

« Adieu, je ^embrasse et ma femme en fait autant.

<L Adieu, fais bien des compliments à tes collègues destinés à

être les miens.

« Metère. d

« Compliments à Million. »

«Paris, le 1'' germinal, Tan II de la République française, une et indivisible. (21 mars 1794.)

a Citoyen accusateur public,

c< Je m'empresse de t'expédier copie de la lettre que je viens de recevoir du Comité de Sûreté générale, elle ne te laissera aucun doute sur Timpossibilité oîi je suis de me rendre au poste que vient de m'assigner le représentant du peuple Borie, par suite de la confiance de mes concitoyens.

« Plus je suis sensible à cette marque de bienveillance de leur part et plus j'aurais des regrets de ne pouvoir y satisfaire, si je ne me trouvais déjà en mesure de servir utilement la chose

publique {\) faire remplacer le plus tôt possible par le

représentant du peuple Borie, auquel je fais parvenir ma démission fondée sur la décision du Comité de Sûreté générale.

«Salut.

a Mevère. »

« Paris, le 2 prairial de Tan second de la République française, une et indivisible. (21 mai 1791.)

« J*ai reçu, mon cher Bertrand, ton mémoire justificatif; il m'était à moi inutile pour former mon opinion sur ton compte : elle Test depuis que je connais tes travaux révolutionnaires ; ton caractère ferme et énergique m'est un sûr garant de la continuité de ces principes que j'ai reconnus eu toi et qui m'ont attaché à toi. Mais il ne suffit pas que j'en sois convaincu; il faut encore fixer la confiance de tous tes frères les sans-culottes du dépar-

(1) Mot illisible. Il fut remplacé parGiret, le 13 germinal.

tement. Uzès est de ce nombre et cela a*eût pas été difficile à ce que je crois, si, dans toutes les luttes, il ne s'y mêlait de pai*t et d*autre quelques passions qui tournent toujours au désavantage de la chose publique ; ce qui est applicable à ton cas.

e: La société d'Uzës t'a attaqué, d*une manière je Tavoue un peu violente (0 > ** défense se ressent trop de Timpression qu'elle t'a faite, et voilà le mal. Moins sont fondés les griefs qu'on vous impute, plus sont faciles les moyens de les réfuter. Ton ftme pure devait être tranquille et calme; il était utile et même indispensable de répondre à la dénonce d'Uzès, mais, encore une fois, j'aurais voulu que dans ta. réponse tu n'eusses point rendu comptables des inculpations qu'on t'a faitns ceux qui ne le sont pas. As-tu bien fait attention que tu t'es mis à dos toute une commune, une commune qui a beaucoup fait pour la Révolution, et si nous oubliions les services passés, où en serions-nous? Car ici ce n'est point le cas de n'y avoir aucun égard. Par un peu trop de vivacité tu t'es détaché beaucoup de partisans qui te seraient restés. D'ailleurs, une observation que j'ai encore à te faire, c'est qu'il faut toujours qu'un républicain, analysant toutes ses démarches, les fasse tendre sans cesse h un résultat heureux pour la belle cause qui nous occupe. Et n'as-tu pas vu que dans cette querelle, qui s'est élevée entre toi et Uzès, il pouvait s'ensuivre une scission entre diverses sociétés du département? De là, grande joie chez les malveillants qui ne dormiront pas pendant ce temps et qui, profitant des circonstances, vous porteront aux uns et aux autres des coups que vous ne pouvez point parer.

« VouUand m'a dit avoir effectivement reçu ton mémoire. J'ai eu avec lui une grande conférence à cet égard, et tu dois bien t'imaginer que t'aimant comme je le fais^ je n'ai rien négligé pour faire ressortir toutes tes actipns civiques et tout ce qu'on

(1) La Société populaire des sans-culotles d*Uzès-Ia- Montagne avait accusé Bertrand d'avoir fait incarcérer injustement des patriotes.

avait droit d'attendre d'un révolutionnaire comme loi. Je t'avoue cependant que je n'ai pas pu m'empécher de convenir que tu aurais dû prendre et te servir de tous autres moyens de défense. C^est une vérité et je ne m'écarterai jamais de la vérité. Maintenant ton affaire, quoique je ne la considère point de nature à pouvoir t'attirer de forts désagréments, je la considère néanmoins comme un procès par écrit. Il n'est pas douteux qu'Uzès ne cherche par tous les moyens qui seront en son pouvoir d'accréditer sa dénonce ; c'est à toi d'y parer en faisant de ton côté tout ce qu'il te sera possible pour faire ressortir non seulement ton innocence, mais encore l'erreur dans laquelle on

a plongé tes dénonciateurs. S'il est utile que tu ne négliges rien pour cela, il n'est pas moins indispensable que tu le fasses d'une manière décente et digne d'un vrai républicain. Quant à moi, jusqu'à ce que Ton m*aiL fait voir que Bertrand a dévié, je lui serai toujours étroitement attaché, et il aura toujours en moi un vrai défenseur, parce qu'en le défendant, je crois que je défends en môme temps la vigueur révolutionnaire, si nécessaire pour comprimer les malveillants.

a Je me rapporte à ma précédente qui, tout en me la rappelant, semble pouvoir servir aussi de réponse à ta deuxième. Je m'y rapporte entièrement et écoute la voix de ton ami, je t'en conjure: que toutes tes actions soient pesées dans la balance de la justice, inexorable quand elle te commande des sacrifices; je te le répète, tu ne dois connaître personne, tu ne dois en consé«> quence écouter personne, ni recevoir personne chez toi ou ailleurs, à moins que tes devoirs ne t'y obligent. Acquitte-toi de tes obligations avec cette impartialité qui ne doit jamais quitrter le républicain, que tes yeux et tes vœux soient sans cesse tournés vers la patrie. Songe bien surtout que tu ne dois considérer ni parents, ni amis, pas même moi (c'est assez t'en dire), quand il s'agit du bien public. Je désirerais être assez éloquent pour pouvoir te faire îientir tout ce que je voudrais te faire sen-

tir, mais ta pente au bien et ta facile pénétration suppléeront à la faiblesse de mon style.

« Fauvelty part demain pour le département de Yaucluse ; il va remplir une nouvelle tâche qui lui a été imposée par le Comité de Salut public; il va à Orange oii, avec quatre autres collègues, ils s'organiseront en tribunal populafre et jugeront les conspirateurs. Si par cas tu as occasion de le voir, c'est un brave sansculotte, énergique et révolutionnaire jusqu'à la moelle des os. Cependant Tas-tu compris dans le nombre de ceux que tu désignes comme les ennemis de la patrie ; il y en a bien d'autres qui sont dans le môme cas que lui ; tu dois donc voir combien grande est ton inconséquence et combien elle me cause du chagrin. J'aperçois dans tout cela une main invisible, mais bien dangereuse, hélas!... (1) Tu feras sa connaissance, je t'y invite, et tu n'en seras pas fâché.

a Embrasse pour moi Giret (2) et Million, etc.. Écris-moi souvent et tiens-moi au courant.

a Je serais charmé que tu me misses au fait depuis quand astu fait arrêter Trial (3) et depuis quand la provocation t'en a été faite par Uzès. Tu m'en instruiras dans ta première réponse.

c( Adieu, toujours ton véritable ami,

« Metère.

a P. S. Personne ne parait pour ton argent; que le diable t'emporte. Le ci-devant baron de Margueriltes, Descombiès et Boyer-Brun ont subi hier la peine due à leurs forfaits (4).

(1). Serait-ce une alluAioa à Ck}urbi5f dont Bertrand avoua plus tard avoir été • rinstrument forcé? »

(2) Voir plus loin une note sur Giret.

(3) Trial, Jean-Noël, propriétaire à Connaux, fut condamné à mort pour /é/fera/tsme par le Tribunal révolutionnaire du Gard, le 7 thermidor.

(4) Tessier, baron de Marguerittes, maire de Nîmes, Boyer-Brun, substitut du procureur de la commune, et Descombiès, notable, à l'époque de la bagarre ijuin noO).

Cette triple exécution ne satisfit pas la Société populaire de Ntroes, qui envoya à Fouquier-Tinville, accusateur public à Paris, Tadresse suivante :

a Si tu avais consulté ton collègue Giret, il t*aurait à coup sûr empêché ou du moins conseillé de suivre tout autre plan de défense. )>

< Paris, 8 prairial, an II de la Bépublique française^ une et iiidivisibie. (^9 mai 1794.)

« Tu ne dois pas douter, mon cher Bertrand, du plaisir que m'a causé ta dernière dépêche du 39 floréal, à laquelle tu as joint un extrait de la délibération de la Société populaire de Nîmes. Cet extrait sert à me convaincre que les idées que je me suis faites sur ton imperturbabilité ne sont pas fausses. Cette Société reconnaît en toi Thomme de bien, le bon républicain; quelle jouissance pour un ami qui t'est attaché ! Maintenant, jouis de ton triomphe en homme qui aime sa patrie ; je ne saurais asïcz te répéter d'oublier les personnes pour ne t'attacher

« Nous venions de délibérer que la justice nationale serait invoquée contre les auteurs des massacres qui souillèrent nos malheureuses contrées en 1790, lorsque nous avons appris que trois d'entre eux venaient de subir la peine duc à leurs forfaits.

« Cet acrord subit et rapide qu'il y a eu entre l'élan des patriotes de Nîmes et le jugement du tribunal de Paris est hien propre à rassurer la conscience des juges, à montrer aux scélérats qu'ils ne doivent espérer aucune grâce, aucun asile, à prouver que la justice règne au nord et au midi de la République. Teissier-Margueritles, ancien constituant ; Descombiès, prétendu .gentilhomme, et Boyer-Brun, infâme folliculaire, ont enfin expié leurs crimes. Mais les mânes de nos frères éçorgés demandent encore d'autres expiations: il faut que la mort de leurs complices venge les nombreuses victimes de leurs odieux complots; leur impunité fut le crime d'une assemblée corrompue, leur impunité a enhardi les factions qui leur ont succédé; elie a ouvert les portes du Gard au fédéralisme ; elle a fomenté les espérances des ennemis de la liberté. La Société populaire de Nîmes, persuadée que la République ne peut s'asseoir immuablement que sur les ruines de tous les aristocrates et de toutes les conspirations, t'engage à presser le jugement de ces coupables concitoyens traduits au Tribunal révolutionnaire de Paris. Elle jurede provoquer en même temps et de seconder l'activité du tribunal que le Comité de Salut public a réintégré dans l'enceinte de cette commune. Déjà nous avons éprouvé l'effet terrible mais salutaire de son inflexibilité envers les fauteurs du fédéralisme. n ne se montrera pas moins redoutable aux hommes pervers qui armèrent !e fanatisme en 1790, qui allumèrent dans nos murs la plus cruelle des guerres civiles, et embrassèrent les premiers, avec une audace frénétique, la cause de la tyrannie et de la superstition, v

(Abch. de la Coun. Papiers saisis chezXourbis,— Cette adresse sans date et sans signature est écrite en entier de la main de Giret, qui était à celte époque président de la Société populaire.)

uDiquemeDt qu*à la chose. Que nous importe la cause? les effets nous intéressent bien davantage. Tu vois que je n'ai pas tort de te faire, dans ma précédente, des observations, aujourd'hui bien plus fondées, puisque la Société d*Uzès, par Torgane de sa députation, n'a pas balancé de revenir sur ses pas, et de reconnaître que Bertrand était pénétré de Tamour sacré de la liberté ; c'est ainsi que se conduisent les amis de Thumanité, les amis de Tordre, les amis de la Révolution. Ou peut surprendre, comme tu vois, un instant, la religion d'une Société (nous en avons plus d'un exemple), mais cette erreur n'est pas de longue durée, on reconnaît bientôt de quel cAté est le vice et de quel côté est la vertu. La Société d'Uzès mérite, je te le répète, être placée au rang de celles qui servent bien la chose publique. Si la discorde, cachée sous le manteau de l'hypocrisie, a voulu s'introduire dans le sein de cette assemblée, elle sera bientôt découverte et laisse à l'énergie des républicains d'Uzès le soin d'une juste vengeance.

tt YouUand a été satisfait, très satisfait de voir finir les sollicitudes à l'égard de ton affaire, qui n'aurait pas manqué de devenir une affaire inquiétante en ce que des divisions funestes pouvaient s'ensuivre ; je dis que ces sollicitudes ont fini, puisque la délibération de Nîmes nous prouve que tout est arrangé ; cependant il n'a encore rien reçu d'Uzès depuis l'époque de cette délibération.

« Oui, Bertrand, tu as tout mon attachement, et je serai toujours ton véritable ami, puisque tu es toujours bon révolutionnaire, et que tu le seras avec cette manière qui rendra utile tous tes travaux; aie bien soin de te réserver un moment pour me mettre au courant de tout ce qui peut t'intéresser, de tout ce qui peut intéresser la chose publique ; il est essentiel que ton ami ait des notions certaines sur la position de son département; un patriote bien intentionné trouve toujours quelques ressources pour servir son pays.

(( Le tribunal (je le pense) a déjà repris son élan révolutionnaire (t), et des foudres qu'il lancera sur les ennemis de la patrie, il en résultera, sans doute, desefiets salutaires ; les ennemis s'accroîtront, il faut s'y attendre. Ëhbien! c'est à vous autres à vous cuirasser de telle manière que tous les traits qu'on voudra lancer sur vous viennent s'émousser sur le bouclier de la vertu.

a Tu embrasseras Giret (2) pour moi et Million en leur faisant, «t à l'un et à l'autre, mes compliments.

<( Je ne te parlerai point des derniers événements arrivés à Paris; les papiers-nouvelles t'ont déjà appris que la scélératesse trouve encore ici un asile ; les poignards des assassins s'y aiguisent, mais le génie de la liberté veille, il nous préservera de tous les maux dont on voudrait nous affliger.

a Je le répète que tu verras Fauve tty, ou du moins tu connaîtras ses travaux, et alors tu sauras à me dire et tu m'avoueras qu'il méritait au moins exception dans le tableau que tu as fait d'une ville qui fournit à la République de bien bons défenseurs. De la prudence dans toutes nos actions, mon cber Bertrand, on peut très bien l'allier avec la vigueur.

a Foussat, de Beaucaire(3), s'est chargé du maximum à Million, il ne tardera pas, je pense, à le recevoir.

a Je me suis, enfin, débarrassé de ton argent ; je l'ai compté

(1) Le Tribunal révolutionnaire de Nîmes, suspendu en vertu des décrets des VI et 28 germinal reprit par arrêté du Comité de Salut public du 26 floréal. Du 5 prairial au 14 thermidor il prononça 114 condamnations à mort.

'2) Giret (Joseph-Louis), originairede Saint-Quentin, arrondissement d'Uzès, ancien prêtre; fut successivement membre du directoire du département Juge au tribunal du district de Mmes le 1 décembre 17.i3Juge au tribunal criminel révolutionnaire le 23 février 1794 (arrêté du représentant Borie).

A la date de cette lettre, il était président de la Société populaire et fiancé à une demoiselle Barbier, nièce du célèbre peintre, qu'il épousa au mois de juin suivant.

A la chute de Robespierre, il fut incarcéré à la citadelle; il se pendit dans son cachot. « C'était un homme d'action, intelligent, énergique, de belle taille, d'une physionomie distinguée et dans la force de Tàgcet des passions. •

(3) Fuussat (Pierre), commis au district de Beaucaire, condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire du Gard, le 29 messidor (17 juillet suivant) comme compromis dans l'afi'aire de la Bagarre du l" avril 1793.

d'après ton mandat et Tordre mis au bas par Gaujoux, qui n'a point paru à Paris :• il m^a écrit de Lyon.

<( Hier au soir, onze heures» au moment où j'allais mettre la main à la plume pour toi, on frappe à ma porte. Qui vois-je? Chambon, représentant (1) ; Maigron, son gendre (2), et un autre citoyen d'Uzès que je ne connais point. Maigron ma dit avoir été dénoncé à la Société de Nîmes, ou devoir y être dénoncé ; en conséquence, qu*il est venu % Paris pour se faciliter tous les moyens de justification. Tu as connu mes principes, m'a-t-il dit, lorsque nous étions collègues; et, à cet égard, je devais à la justice de lui répondre qu'il n'avaient poipt été douteux ; mais que, étant éloigné de la scène, je ne pouvais me fixer sur rien ; que je me plaisais à croire cependant que le temps m'apprendrait qu'il n'avait pas cessé d'être attaché à la cause des sans-culottes. Je l'ai beaucoup blâmé d'avoir quitté son pays, attendu que cela n'était point fait pour jeter sur lui une idée bien favorable. Alors, il m'a dit être muni des meiJleurs certificats de sa commune; raison de plus, lui ai-je répliqué. Sa conclusion a été de me dire que j'étais ton ami et que ce qui vient de t'arriver pouvait être la cause des tracasseries qu'on allait lui faire éprouver. Il m'a prié de t'écrire; je le lui ai e£Fectivement promis ; je m'acquitte de ma promesse^ mais sans m'engager à autre chose, si ce n'est la recherche de la vérité. J'espère qu'elle me fera voir que Bertrand ne voudra point être en quelque manière la cause d'une division entre Uzès et Nîmes; au surplus, je suis tranquille sur ta conduite.

« Adieu, ton ami de cœur, a Mëyère. »

« 11 m'a fait (Maigron), devant le citoyen d'Uzès, les protestations les plus réitérées qu'il n'avait pris aucune part à ton affaire. »

F. ROUVIÈRE

(La suite au prochain numéro.)

(I) Chambon. de la Tour,.dépulé du Gard à la Convention.

(i) Maigron avait été le coJlègue de Meyère au directoire du département où il avait été appelé par arrêté des représentants Rovèrc et Poultier le 17 septembre 1793.

LE PAPIER-MONNAIE

DES COMMUNES DE FRANCE

PENDANT LA RÉVOLUTION

(Suite)

LAGNES

A. 5 S. Par délibération de la Commtfne de Lagnes. Billet de confiance de sous. N^ Cinq sous. Haut. : 0"056, larg. : 0"075, papier chamois.

B. Le même, de quinze sous, papier blanc.

LAURAC

Municipalité de Laurac. N Billet de cinq sols, à échan-^ ger contre assignats de cinq livres. Dans le cadre, au centre, en haut (7. 5.). Haut. : O^OiS, larg. : 0»060.

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