‹ La Révolution françaiseChapitre 38 sur 78 · MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

MARIE-ANTOINETTE

(Suite.)

Interrogatoire d'Elisabeth Capet.

Et de suite avons fait descendre Elisabeth Capet, et lui avons demandé si elle connoissoit les citoyens Dangé, Toulan, Lepitre, Bruniau,- Vincent , Moelle, Lebœuf, Beugniot,

Michonis et Jobert ? y .^

R. Qu'elle les co^g^^hlp^ de yc^^ de nom, comme Laurent, Séguy, Simon, Ht^sjficfc^pr^t.

D. Si elle se rap|)|||6^vot#^vu Dangé prendre Charles dans ses bras et l'embrasser, en lui disant : Je voudrois vous voir à la place de votre père?

R. Qu'elle ne s'en rappelle pas.

D. Si elle se rappelle une soirée où il faisoil froid, et que l'on avoit enfermé les deui enfants dans une des tourelles, tandis qu'elle s'entretenoit avec Toulan et Lepitre.

R. Qu'elle ne s'en rappelle pas.

D. A quelle époque, à peu près, Toulan avoit promis de ' faire venir un colporteur aux environs de la tour, à l'effet d'y crier les nouvelles qui pourroient les intéresser ?

R. Jamais Toulan ni aucun autre ne leur a fait une pareille promesse.

Sur ce, Charles Gapet amené, et interpellé de déclarer les faits, a dit persister dans ses dires ; alors il s'élève une discussion entre eux deux, Tenfanf soutient qu'il avoit dit la vérité.

D. A elle lu la déclaration de Charles, au sujet des indécences mentionnées en la pièce, en date du 15 du présent mois ?

R. Qu'une pareille infamie est trop au-dessous et trop loin d'elle pour pouvoir y répondre ; que d'ailleurs l'enfant avoit cette habitude depuis longtemps ; et qu'il doit se rappeler . qu'elle et sa mère l'en ont grondé plusieurs fois (4).

Charles interpellé de s'expliquer à ce sujet : il atteste qu'il a dit la vérité. *

A elle lu le reste de la déclaration de Charles sur le même sujet, et dans laquelle il persiste, ajoutant qu'il ne se rappelle pas les époques, mais que cela arrivoit fréquemment.

A dit que comme cela ne regarde qu'elle, elle n'y répondra pas plus qu'au reste ; elle croit devoir être par sa conduite à Tabri du soupçon.

Charles interpellé de déclarer qui l'a voit instruit le premier dans cette pratique.

R. Les deux ensemble.

D. Si cela arrivoit le jour ou la nuit ?

R. Qu'il ne s'en souvient pas ; mais qu'il croit que c'étoit le matin.

(1) Si répug^nant que soit ce détail, il faut le retenir, parce quMl n*e8t pas sans importance dans la question si controversée de la mort de Louis XVIl au Temple. Il est de même prouvé, diaprés le témoignage de madame Elisabeth, que Tcnfant royal avait des habitudes honteuses. Elles furent une des causes de Tengourdissement rapide de ses facultés et de la maladie de langueur qui' l'emporta. •

Faut-il chercher l'explication de ces habitudes funestes dans cette phrase de Marie- Antoinette : « Mon fils a huit femmes de chambre : elles le servent avec zèle, mais je ne puis compter beaucoup sur elles. » (Lettre à madame de Tourzel en date du 21 juillet 1789.)

D. A elle demandé si c'étoit Renard, architecte, qui conduisoit la marche à travers les corridors, lors de la fuite pour Varennes ?

R. Qu'elle est descendue par l'escalier de son appartement; qu'elle n'a pas traversé de corridor, et que Renard n'étoit pas avec elle.

D. A elle demandé si elle a vu la voiture de Lafayette. Charles répond qu'elle ne peut l'avoir vue, parce qu'elle n'étoit pas encore dans la voiture. Elle répond qu'elle l'a vue en passant à pied, au moment où elle sortoit de la petite cour, ■ appelée des Princes, pour regagner sa voiture.

D. Si elle se rappelle avoir vu entre les mains de Jobert, ofBcier municipal, uùe botte remplie de petites figures de cire, qu'il disoit être l'ouvrage de sa fille?

R. Qu'elle s'en souvient.

Lecture à elle faite du présent interrogatoire , a déclaré contenir vérité, y a persisté, et a signé et parafé avec nous le présent, clos jour et an que dessus, trois heures et demie

de relevée.

Signé, ELISABETH CAPET, LOUCS-CHARLES CAPET. DAVID. CH ADMETTE, FACHE, DANJOU, • SÉGUY, HEUSSÈE et LAURENT.

Interrogatoire secret de Marie 'Antoinette^ veuve de

Louis XVr.

Le 21 vendémiaire, l'an II, six heures du soir, Antoinette, vêtue d'une robe noire, est entrée dans la grande salle d'au-

(1) Le 20 vendemmiaire de Tan deux, le Comité de Salut public, à la suite d'une longue délibération, adressa à Taccusateur public près le tribrunal révolutionnaire une lettre ainsi conçue :

u Au désir de votre ledre du jour d'hier, nous vous prévenons, citoyen, que le Comité de Salut public vient d'autoriser notre collègue, garde des archives nationales, à nous communiquer toutes les pièces relatives au procès de Capet, et celles devant servir à l'instruction de celui de sa veuve^ qui peuvent être dans le dépôt.

u S'il s'élevoit quelque nouvel obstacle pour la suite de cette affaire, vous vou-

dience. Elle fut s'asseoir sur une banquette qui étoit devant Taccusateur public Fouquier. Elle avoit à ses côtés deux officiers de gendarmerie. Hermann, qui étoit alors président ^ étoit chargé de finterroger ; mais à peine Antoinette pouvoitelle Tentrevoir, car cette salie n'étoit point du tout éclairée : il n'y avoit seulement que deux bougies qui étoient sur la table du greffier Fabricius. Il y avoit différents personnages qui étoient présents à cet interrogatoire, et placés dans l'ombre de la nuit, ce qui inquietta beaucoup Antoinette : à différentes reprises, elle voulut les distinguer, mais il lui fut impossible, vu l'obscurité qui régnoit dans cette salle ; enfin, elle subit son interrogatoire comme il suit :

Cejourd'bui,vingt-unième jour du premier mois de Tan second de la République française, 6 heures de relevée, nous Amand- Martial-Joseph Hermann, président du tribunal criminel-révolutionnaire, établi à Paris par la loi du < 0 mars 1793, sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs délégués au tribunal, par la loi du 5 avril de la même année, assisté de Nicolas-Joseph Fabricius, greffier du tribunal, en l'une des salles de Tauditoire au Palais, et en présence d'Antoine Quentin Fouquier, accusateur public, avons fait amener de la maison de la conciergerie Marie-Antoinette, veuve Capet, à laquelle avons demandé ses noms, âge, profession, pays et demeure. A répondu se nommer Marie-Antoinette Lorraine d'Autriche, âgée de 38 ans, veuve du roi de France.

D. Quelle étoit sa demeure au moment de son arrestation ?

A répondu qu'elle n'a point été arrêtée ; qu'on est venu la prendre à l'Assemblée nationale, pour la conduire au Temple.

drez bien nous en rendre compte, afin que nous puissions prendre toutes les mesures capables de seconder notre zèle. « Salut et fraternité,

« BiLLAUD-VaRKNNB, Ck)LLOT-D'UBRBOIS,

tt HÉRAULT, Robespierre. »

D. Vous avez eu avant la révolution des rapports politiques avec le roi de Bohême et de Hongrie, et ces rapports étoient contraires aux intérêts de la France qui vous combloit de biens?

A répondu que le' roi de Bohême et de Hongrie étoit son frère ; qu'elle n'a eu avec lui que des rapports d'amitié et point de politique (I ), que si elle avoit eu de la politique, ses rapports n'eussent été qu'à l'avantage de la France, à laquelle elle tenoit par la famille qu'elle a épousée.

D. Non contente de dilapider d'une manière effroyable les finances de la France, fruit des sueurs du peuple, pour vos plaisirs et vos intrigues, de concert avec d'infâmes ministres, vous avez fait passer à l'Empereur des millions pour servir contre le peuple qui vous nourrissoit?

A répondu : jamais; elle sait que souvent on s'est servi de ce moyen contre elle ; qu'elle aimoit trop son époux pour dilapider l'argent de son pays (2); que son frère n'a voit pas besoin de l'argent de la France ; et par les mêmes principes qui l'atlachoient à la France, elle ne lui en auroit point donne.

D. Depuis la révolution, vous n'avez cessé un instant de manœuvrer chez les puissances étrangères et dans l'intérieur,

(1) La correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Ar^ genteaUy publiée par MM. d'Arneth et A. Geffroy, établit que Marie-Antoinette était, à la cour, l'agent la plus active du cabinet autrichien. Au mois de février 1778 le comte de Mercy-Ârgenteau pouvait écrire à Mairie-Thérèse : « La reine s*est mise en mesure d*amefler le roi à son sentiment et de lopposer en quelque façon à ses propres ministres... Elle mérite des félicitations... » Plus tard, après la nomination de Maximilien, frère de Marie-Antoinette, à rélectorat de Cologne, Marie-Thérèse écrivait à sa fille : « Je dois rétablissement de votre frère au roi et à vous toute seule. »

(2) A la fin de 1776 le comte de Mercy-Argenteau écrivait à Marie-Thérèse : « Il prit envie à la reine (Marie-Antoinette), déjouer au pharaon ; elle demanda au roi qu'il permit que Ton fit venir des banquiers de Paris... Les banquiers arrivèrent le 30 octobre et taillèrent toute la nuit et la matinée du 31 chez la princesse de Lamballe où la reine resta jusqu'à cinq heures du matin; après quoi Sa Majesté fit encore tailler le soir et bien avant dans la matinée du 1*' novembre, jour de la Toussaint. La reine joua elle-même jusqu'à près de trois heures du matin. » Nous donnons plus loin la liste des sommes que Marie-Antoinette fit distribuer à ses amies et à ses courtisans.

contre la liberté, lors même que nous n'avions encore que le simulacre de cette liberté que veut absolument le peuple français?

A répondu que depuis la révolution elle s'est interdit personnellement toute correspondance au dehors, et qu'elle ne s'est jamais mêlée de l'intérieur (1).

D. Â elle représenté si elle n'a pas employé aucun agent secret pour correspondre avec les puissances étrangères, notamment avec son frère, et si Delessart n'étoit pas ce principal agent?

Réponse. Â.dit jamais de la vie.

D. Â elle observé que sa réponse ne nous parott 'pas exacte ; car il est constant qu'il existoit au ci-devant château des Tuileries des conciliabules secrets et nocturnes qu'elle présidoit ellemême, et dans lesquels on discutoit, délibéroit et arrêtoit les réponses à faire aux puissances étrangères, et aux assemblées constituante et législative successivement?

A répondu que la réponse précédente est parfaitement exacte; car il est constant que le bruit de ces comités a existé toutes les fois qu'on a voulu tromper le peuple et l'amuser ; jamais elle n'a connu de comité : il n'en a point existé (2).

(l)Le7 mars 1791 Marie-Antoinette écrivait au comte de Mercy-Argrenteau-

tt Nous avons reçu des nouvelles du baron deBreteuil de l'inconvénient et

des dangers qu'il y aurait à négocier dans ce moment pour de l'argent en Suisse, puisque le résultat ne peut veuirque d'une assemblée de tous les cantons, ce qui pourrait compromettre le secret si essentiel pour nous* » Le 30 mars 1791 le comte d'Artois répondant à une lettre de Marie-Antoinette lui disait : « Tout porte à me prouver que vous avez un plan. Je crois même connaître à fond les détails de ce qu'on propose et les personnes qu'on emploie. » Le 1*' juin 1791 la reine écrivait à Léopold II : u Le temps presse, et passé le ?0, nous n*aurions peut-être plus les moyens d'effectuer notre projet. » Le 30 juillet et le 3 septembre nouvelles lettres à Léopold : « Il est certain que nous n'avons de ressourça et de confiance qu'en vous. » Et dans le mémoire annexé à la lettre du S septembre on lit : <« Les puissances unies ne pouvent pas être tranquilles, si la France cesse d'être une monarchie »

(i)'« Les circonstances dans lesquelles M. Delessart arrivait au pouvoir eussent épouvanté un Richelieu. La cour, harcelée par les frères du roi d'un côté, par le peuple et l'assemblée de l'autre, était accusée par les uns de fai-

A elle observé qu*il parott cependant que lorsqu'il a été question de savoir si Louis Capet sanctionneroit ou apposeront son veloBLUx décrets rendus dans le courant de novembre 1791, concernant ses frères, les émigrés et les prêtres réfractaires et fanatiques, ce n'est pas elle qui, nonobstant les vives représentations de Duranton, lors ministre de la justice^ a déterminé Louis Capet à apposer son veto à ces décrets, dont la sanction auroit empêché les maux qu'a éprouvés depuis la France; ce qui prouve évidemment qu'elle assistoit à ces conseils et conciliabules ?

 répondu qu*au mois de novembre, Duranton n'étoit pas ministre; qu'au surplus son époux n'avoit pas besoin qu'on le pressât pour faire ce qu'il croyoit de son devoir ; qu'elle n'étoit point du conseil ; et que ce n'est que là que ces sortes d'affaires se traitoieot et se décidoient.

D. C'est vous qui avez appris à Louis Capet cet art d'une profonde dissimulation avec laquelle il a trompé trop longtemps le bon peuple français, qui ne se doutoit pas qu'on pût porter à un tel degré la scélératesse et la perfidie?

A répondu : Oui, le peuple a été trompé ; il l'a été cruellement, mais ce n'est ni par son mari, ni par elle.

D. Par qui donc le peuple a-t-il été trompé?

R. Par ceux qui y avoienl intérêt ; et que ce n'étoit pas le leur de le tromper.

blesse, par les autres de trahison. La vérité est qu'aux Tuileries on poussait moins les étrangers à la guerre que rassemblée ne le croyait. Le roi rêvait la réunion d*un congrès européen, où il aurait apparu comme médiateur entre l'Europe et la France. En attendant il louvoyait entre les deux. Pour obéir à rassemblée, il adressait des appels pressants et menaçants aux émigrés, qu'il invitait instamment à revenir; eu même temps il entretenait une correspondance secrète avec Goblentz. Beaucoup de courti.<ans, chez qui le patriotisme était étouffé par le sentiment de la fidélité au roi, ne dissimulaient point leur vœu de provoquer une intervention armée ; la reine était d'accord avec eux. » (Georges Cogordan, Le ministère des affaires étrangères pendant la période révolutionnaire,)

D. Qui sont donc ceux qui, dans leur opinion, avoieàt intérêt de tromper le peuple ?

R. Qu'elle ne connoissoit que leurs intérêts , et que le leur étoit de Téclairer et non de le tromper.

D. A elle observé qu'elle ne répond pas directement à la question?

R. Qu'elle y répondroit directement si elle connaissoit les noms des personnes.

D. Vous avez été Tinstigatrice principale de la trahison de Louis Capet; cest par vos conseils, et peut-être vos persécutions, qu'il a voulu,fuir la France pour se mettre à la tête des furieux qui vouloient déchirer leur patrie (1)?

R. Que son époux n'avoit jamais voulu fuir la Francp; qu'elle l'a suivi partout, mais s*il avoit voulu sortir de son pays, elle auroit employé tous les moyens possibles pour l'en dissuader : mais ce n'étoit pas son intention.

D. Quel étoit donc le but du voyage connu sous le nom de Varenncs ?

R. De se donner la liberté qu'il ne pouvoit avoir ici aux yeux de personne, et concilier de là tous les partis pour le bonheur et la tranquillité de la France.

D. Pourquoi voyagiez-vous alors sous le nom emprunté d'une baronne russe?

R. Parce que nous ne pouvions pas sortir de Paris sans changer de nom.

(1) « EnÛn le sort en est jeté. Il s'agit, à présent, de régler sa marche et sa conduite d*après les circonstances. Je voudrais bien que tout le monde réglât sa conduite diaprés la mienne; mais, même dans notre intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à livrer. Plaignez-moi, je vous assure qu*il faut bien plus de courage à supporter mon état que si on se trouvait au milieu d'un combat ;d'autaat que je ne me suis guère trompée et que je ne vois que malheur dans le peu d'énergie des uns et dans la mauvaise volonté des autres. Mon Dieu ! est-il possible que, née avec du caractère et sentant si bien le sang qui coule dans mes veine.*i, je sois destinée à passer mes jours dans un tel siècle et avec de tels hommes. » {Lettre de Marie-Antoinette au comte de Mercy-Argenteau^ 12 septembre 1791.)

D. Si, entre autres personnes qui ont favorisé son évasion, Lafayette, Bailly et Renard, architecte, n'étoient pas du nombre?

R. Que les deux premières personnes eussent été les dernières qu'ils auroient employées ; la troisième étoit dans le temps sous leurs ordres, mais ils ne Font jamais employée à cet effet.

D. Â elle représenté que la réponse est contradictoire avec des déclarations faites par des personnes qui ont fui avec elle, et desquels il résulte : que la voiture de Lafayette, au moment où tous les fugitifs sont descendus par Tappartement d'une femme au service deTaccusée, étoit dans Tune des cours, et que Lafayette et Bailly observoient, tandis que Tlenard dirigeoit Ja marche?

R. Qu^elle ne sait pas quelles dispositions ont pu faire les personnes qui étoient avec elle ; ce qu'elle sait, c'est que c'est elle qui a rencontré, dans la place du Carrousel, la voiture de Lafayette^ mais elle passoit son chemin et elle étoit loin de l'arrêter; quant à Renard, elle peut assurer qu'il ne dirigeoit pas la marche : c'est elle seule qui a ouvert la porte et fait sortir tout le monde.

D. A elle observé que, de cet aveu qu'elle a ouvert les portes et fait sortir tout le monde, il ne reste aucun doute que c'est elle qui dipgeoit Louis Capet dans ses actions, et qui l'a déterminé à fuir.

A répondu qu'elle ne croyoit pas qu'une porte ouverte prouvât qu'on dirige les actions en général de quelqu'un ; que son époui désirbrt et croyoit devoir sortir d'ici avec ses enfants, qu'elle devoit le suivre, c'étoit son devoir, son sentiment; eUe devoit tout employer pour rendre sa sortie sûre.

D. Vous n'avez jamais cessé un moment de vouloir détruire la liberté ; vous vouliez régner à quelqiie prix que ce fût et remonter au trône sur les cadavres des patriotes ?

R. Qu'ils n'avoient pas besoin de remonter sur le trône, qu'ils y étoient; qu'ils n'ont jamais désiré que le bonheur de la France,

qu'elle fût heureuse ; mais qu'elle le soit, ils seront toujours contents.

A elle représenté que si tels avoient été ses sentiments, elle auroit usé de Tinfluence connue qu'elle avoit sur Tesprit de son frère pour l'engager à rompre le traité de Pilnitz fait entre lui et Guillaume, traité dont le but unique a été et est de s'associer toutes les puissances étrangères pour anéantir la liberté que les Français veulent, et auront nonobstant cette coalition et la trahison.

A répondu qu'elle n'a connu ce traité qu'après qu'il a été fait et qu'il a été longtemps à avoir effet. Un doit remarquer que ce ne sont pas les puissances étrangères qui ont attaqué la France. . A elle représenté qu'il est vrai que les puissances étrangères n'ont point déclaré la guerre ; mais l'accusée ne doit pas igno-? rer que cette déclaration de guerre n'a eu lieu que par les intrigues d'une faction liberticide, dont les autres recevront bientôt la juste peine qu'ils méritent.

A répondu qu'elle ne sait pa$ de qui l'on veut parler; mais qu'elle sait que l'Assemblée législative a réitéré la demande de la déclaration de guerre, et que son mari n'y a accédé que d'après l'aveu unanime de son conseil.

(« suivre.) CHARLES O'STYN .

LES CONFÉRENCES

RÉPUBLICAINES

Chavillk : Notre directeur, M. A. Dide, devait faire, le dimanche, 18 février, une conférence à Chaville (Seine-et-Oise), mais il en a été empêché par une grave indisposition. M. Colfavru a bien voulu le suppléer ; il a éloquemment parlé de la condition du peuple avant 1789 et des bienfaits de la Révolution française. Ensuite, M. Ernest Cadet, maire de Chaville, a lu avec beaucoup de charme deux récits d'Alphonse Daudet, qui ont été parfaitement accueillis. En somme, cette seconde conférence n'a pas eu moins de succès que là première. Parmi les auditeurs nous avons remarqué MM. Marins lopin, inspecteur générai des bibliothèques populaires, Félix Cadet, inspecteur général de riustruction publique, le docteur Darin, Albert Merchier, professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand, Desbordes -Yalmore, ancien chef de bureau au ministère de Tinstruction publique, etc. M. Ernest Cadet se propose de continuer celte série de conférences si brillamment inaugurées et M. Di'de a promis de se rendre à Chaville le \ 8 mars.

NImes : MM. Dide et Colfavru se sont rendus à Nîmes, le 23 février, sur la demande du Comité du centenaire de la Révolution française et des cercles républicains, et ils ont donné une conférence dans le grand théâtre. M. Colfavru a traité la grave question de la réforme judiciaire avec une science consommée. Il a démontré que la réforme de la magistrature, qui a été l'objet

de tant de débats législatifs, n'était qu'une mosure insuffisante, et qu'il ne fallait pas s'attaquer aux magistrats, mais au système judiciaire. Il a réclamé le retour aux grandes traditions de la Révolution française et demandé l'élection des juges par le peuple et l'application du jury à toutes les affaires civiles. La solidité des arguments, la logique des déductions, l'élévation des idées, ont produit sur l'auditoire une profonde impression, et plusieurs salves d'applaudissements ont prouvé à l'orateur que le système proposé par lui avait de nombreux partisans.

M. Dide a parlé de la séparation des Églises et de l'État. Il l'a réclamée au nom de la liberté de conscience et il a su allier à une grande force de langage une grande modération dans, la forme. Il a examiné les objections de nos adversaires et celles de certains républicains. Il a montré que l'Assemblée constituante avait revendiqué les biens du clergé comme appartenant à la nation et qu'elle n'avait nullement, ainsi qu'on le prétend, accordé au clergé un traitement à titre de compensation, mais comme rémunération des services que celui-ci pouvait rendre à la nation. L'Assemblée constituante créait ainsi des ministres de la morale publique, qu'elle rétribuait d'une façon équitable, mais elle ne prenait aucun engagement envers eux et laissait aux assemblées suivantes le droit de modifier cet état de choses. M. Dide a ensuite parlé du Concordat, sur lequel on se base pour combattre la séparation des Églises et de l'État. Il a démontré que ce traité était dès longtemps périmé, car ni l'Église, qui avait promis d'appliquer les doctrines gallicanes et qui s'est ralliée au Syllabus, ni l'État, qui devait veiller à l'accomplissement de ces conditions et qui ne s'en est pas préoccupé, n'ont tenu leurs engagements. Le Concordat, violé par lés deux parties, ne saurait donc avoir force de loi, et mieux vaut pour tous les Français, catholiques, protestants, juifs ou libres penseurs, que l'Etat ne s'ingère pas dans les croyances religieuses ou philosophiques et laisse aux fidèles le soin d'entre-

tenir leurs églises et leurs ministres. M. Dide a soutenu sa thèse avec une éloquence, une verve et un esprit qui ont enthousiasmé tous les assistants et qui lui ont valu un de ses plus beaux triomphes oratoires.

La séance était présidée par M. Yialla, conseiller municipal, président du Comité provisoire du Centenaire de la Révohition française. La salle était pleine ; on y remarquait la plupart des notabilités républicaines de Nîmes, et, en première ligne, M. de Girardin, préfet du Gard, un de nos administiateurs les plus estimés ; M. Margarot, Téminent maire de Nîmes, et ses adjoints, H. Maruéjol, rédacteur en chef d'une nouvelle revue intitulée : Nemausa^ et H. Maxime Auber; M. Spuller, ancien préfet, frère du député de Paris, trésorier-payeur général du département du Gard ; M. Massé, vice-président du tribunal civil, et M. Ëscoffier, substitut. Nous citerons aussi M. François Rouvière, conseiller municipal, notre érudit collaborateur, M. Casimir Dide, frère de notre directeur et qui fut un des chefs du parti républicain dans le Gard, où il a gardé de nombreux amis; M. Jules Delon-Soubeiran, justement populaire parles services constants qull rend à la cause de la démocratie et de réducation nationale; MM. Charles, Fajon, Maurel, Barbut, Mathieu, Gaidan et Mayer, membres du Comité du Centenaire, MM. Bouchet, Goulard, Manse, Nègre, Paul-Jaumeton et FernandRoux, conseillers municipaux de Ntmes; MM. Alfred Jac, Boudon, Meyrueis, Carcassonne, Accabat, Cabane, Goirand et de la Marche, conseillers généraux; MM. Bresson, Defferre et Duret-Soulier, conseillers d'arrondissement; M. le docteur Arnaud, d'Arles, MM. Auguste Fabre, Toureille, Louis Perrier, etc.

Le 24 février, MM. Dide et Golfavru ont été conviés au banquet donné au cercle du Progrès pour fêter l'anniversaire de la Révolution de 1848. M. Desmons, député du Gard, le chef aimé du parti radical, présidait cette fête de famille qui avait été orga-

nisée par notre savant collaborateur et ami, M. François Rouyière, secrétaire du cercle. Il a fait une patriotique allocution et il a donné la parole à M. Colfavru, qui, en termes émus, a fait rhistorique de la Révolution de février, dont il pouvait dire comme le poète : Et quorum pars magna fui. Après lui, M. Dide a rendu hommage à la Révolution de 1789; il a aussi, avec une éloquence communicative /retracé la magnifique carrière de son ami Colfavru qui avait eu Tinsigne honneur de souffrir pour la République au Deux- Décembre la prison et Texil et de défendre en i870, dans Paris, la Patrie en danger. Il a, au milieu des applaudissements unanimes de l'auditoire, rappelé que c'est à Buzenval, que M. Colfavru, commandant du 85* régiment de marche de la garde nationale, conquit la croix d'honneur qui orne maintenant sa poitrine.

M. Margarot, maire de Nîmes, venu au dessert, a, dans un langage élevé, fait un appel à la concorde de tous les républicains. Ensuite M. Goirand, conseiller général, a rappelé à notre admiration les membres du Gouvernement provisoire de 1848. MM. Maruéjol, Fernand Roux et Accabat ont pris successivement la parole. Enfin M. F. Rouvière a demandé rétablissement du sou des élections radicales, proposition à laquelle s'est chaleureusement rallié tout l'auditoire.

Chacun s'est retiré très satisfait de cette touchante et patriotique soirée, dans laquelle les Ni mois ont célébré l'anniversaire du 24 février et applaudi un proscrit, M. Colfavru, et un de leurs plus éminents compatriotes, M. Auguste Dide.

UzÈs : Le 2S février, MM. Dide et Colfavru se sont rendus à Uzès où ils ont donné au théâtre une conférence. M. Colfavru a traité de la réforme judiciaire; laissant de côté les hautes considérations philosophiques, il s'est attaché aux arguments de fait et a produit une grande impression sur son auditoire surpris de voir exposer avec tant de clarté des questions si ardues. Il a montré que l'adoption de son système amènerait en France la

substitution du gouvernement représentatif, véritable forme de la République, au gouvernement parlementaire, qui est Texpression de la royauté. M. Dide a brillamment parlé de la Déclaration des droits de Thomme et il a fortement ému les assistants par les considérations patriotiques dont son discours était rempli. Les deux orateurs ont obtenu un succès complet. L'auditoire était nombreux; sur la scène étaient placés les membres du Comité du Centenaire de 1789 et les notabilités républicaines d'Uzès. Citons M. Moffé, maire, et son adjoint, M. Emile Roux, avocat, M. Gaston Coste, avoué et conseiller général, M. Charles Toureille, conseiller municipal, le principal organisateur de la conférence, MM. Marcon et Nourigat, conseillers municipaux, M. Delafont, notaire, MM. Missarel, oncle de M. Dide, Martin, Philippon, Charles Harel, Martin-Fleur, Sicard, Carrière, maire de Saint-Quentin, Mathon et Fournier. Signalons aussi la présence de MM. Jules Delon-Soubeiran^ Yialla et Charles, de Nîmes, et de M. Casimir Dide. C'est M. Charles Toureille qui a souhaité la bienvenue aux conférenciers et les a présentés au public.

Beadcaire : Le 27 février, M. Dide s'est rendu à Beaucaire, où M. Colfavru, indisposé, n'a pu l'accompagner. Il a traité la grande question de l'éducation nationale et a montré la supériorité de l'école laïque. Il a obtenu, un vif succès. M. Jules Delon-Soubeiran , venu de Nîmes, présidait la conférence, assisté de M. Merle, directeur de l'école laïque. Parmi les auditeurs nous avons remarqué MM. Douville, directeur de 1 école laïque du Doyenné, Raisson, président du Cercle national, Brun, professeur à l'école laïque, Escudier, président du sou des écoles laïques, Antoine Viany, correspondant du Petit Uiridionaly docteur Arnaud, d'Arles, etc. Après la conférence, M. Dide a été reçu eu Cercle national ; il a remercié en termes émus les citoyens de Beaucaire du chaleureux accueil qu'ils venaient de lui faire.

Arles : Le 28 février, MM. Dide et Colfavru se rendirent à Arles. M. Colfavru, atteint d*une extinction de voix, dut s'excuser de ne pouvoir faire sa conférence. M. Dide raconta avec soq talent ordinaire la vie de Diderot. Il montra Tadmirable écrivain, le grand penseur, le fin critique, le précurseur de la Révolution française. Tour à tour brillant et spirituel, il tint son auditoire sous le charme. M. Fabre, avocat, présidait la conférence. Parmi les auditeurs, nous avons remarqué la plupart des membres du Cercle de la Montagne, M. le docteur Arnaud, notre savant collaborateur et ami, MM. Louis Venissac, Joseph Gaspard, Venture, etc. Après la conférence, M. Dide s'est reudu au Cercle de la Montagne, où Taccueil le plus cordial lui a été fait.

MAfiSBi(,LE : Le 1"^ mars, MM. Dide et Colfavru donnèrent une conférence au théâtre des Nations, à Marseille, sous le patronage des cercles républicains, des loges maçonniques et des chambres syndicales, au bénéfice des inondés de TAlsace-Lorraine, du Rhône et de la Durance.

M. Colfavru, quoique encore souffrant, traita de la réforme judiciaire avec une telle force que ses auditeurs, subjugués par la clarté et la logique des arguments nouveaux présentés par l'orateur, l'applaudirent chaleureusement.

La thèse développée par M. Colfavru est celle-ci : unité de juge, unité de juridiciion, jury en toute matière, le juge présidant le jury, organe exclusif de la loi, qu'il applique au verdict rendu. Dès lors l'élection du juge par le peuple, seule source de tout pouvoir, n'offre plus aucun inconvénient, politique ou autre, le juge ne pouvant plus que dire la loi. Plus de tribunaux d'exception, plus de conseil de préfecture, plus de conseil d'État au contentieux, juridiction monstrueuse, dans laquelle le gouvernement est toujours juge et partie; plus de tribunaux de commerce, plus de conseils de prud'hommes. Le juge du fait, c'est le peuple lui-même par ses délégations mobiles, interprète souverain de l'équité, cette base de tout droit. Comme conséquence

du système, substitution de la procédure sommaire des tribunaux de commerce à la procédure monarchique et coûteuse que T-onsubit aujourd'hui; suppression des avoués, suppression des huissiers, si ce n*est pas pour les exécutions de sentence, etc.

Ensuite, M. Dide soutint, non moins brillamment qu*à Nîmes, la thèse de la séparation des Églises et de TÉtat, et il a obtenu le plus vif succès. Les Marseillais apprécient dès longtemps la belle éloquence de Téminent conférencier et c'est pour eux une fête que de l'entendre. Ils le lui ont bien prouvé l'autre soir. La conférence était présidée par M. Léonce Jean. Dans la salle nous avons remarqué M. Poubelle, préfet des Bouches-du- Rhône, M. Emile Penchinat, adjoint au maire, républicain de vieille date et avocat du plus grand mérite, M. Mazeau, substitut du procureur de la République, M. Laporte, conseiller général du Gard, M. Dubos, M. Jullian, conseiller municipal.

En somme, celte tournée de conférences dans les départements du Gard et des Bouches-du Rhône a été féconde. Il est utile de traiter en public ces graves questions de la réforme judiciaire et delà séparation des Églises et de l'État qui s'imposent à nous et réclament une prompte solution. Si la Chambre actuelle, — comme cela est probable — écarte ces réformes, c'est à la prochaine législature qu'appartiendra la grande tâche de les discuter et de les mener à bonne fin. Or, il faut que les électeurs étudient dès maintenant ces questions afin de pouvoir apprécier les divers programmes des candidats et choisir en toute connaissance de cause. Qu'ils rédigent des cahiers, comme leurs pères de 1789, qu'ils les fassent adopter par ceux qui sollicitent leurs suffrages, et alors l'assemblée nouvelle, devenue par la volonté nationale une assemblée constituante, remplacera par une constitution vraiment républicaine la constitution monarchique imposée à la France en 1875, et substituera le gouvernement représentatif au gouvernement parlementaire qui nous

régît. ETIENNE CHARAYAT.

ÉPHÉMÉRIDES

DB LA

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