‹ La Révolution françaiseChapitre 54 sur 78 · C. Le même, autre disposition typographique · texte numérisé non relu

C. Le même, autre disposition typographique

{à suivre,) GEORGES LECOCO-

LES CONFÉRENCES

RÉPUBLICAINES

Cmaville : Ainsi qu'il l'avait promis, M. A. Dide s'est reudu à Cbaville le dimanche i 8 mars et il a fait, devant un public très sympathique, une conférence sur Téducation nationale. M. Ernest Cadet a présenté Torateur, dont il a rappelé la belle conduite pendant la guerre et les services constants rendus à la cause de la démocratie. M. Dide a remercié en termes émus réminent maire de Chaville et il a rendu pleine justice à Thabile administrateur, au républicain et au patriote, qui, pendant la période du 16 mai, avait tenu une conduite si ferme et si courageuse. Puis il a entretenu ses auditeurs de cette question si vivante de Téducation civique et militaire. Il a montré combien il était urgent de bien connaître ses devoirs et ses droits, afin de les exercer sagement. Dans une République où le suffrage universel confère à chacun une parcelle de la souveraineté nationale, il faut s'instruire de ses devoirs envers la Patrie et envers ses concitoyens. 11 faut se mettre à même de pouvoir choisir ses représentants, soit à la Chambre des députés, soit au Conseil général ou d'arrondissement, soit au Conseil municipal; il faut aussi être en mesure de pouvoir remplir ces utiles fonctions, au cas où elles vous seraient imposées par vos- concitoyens. L'éducation civique est maintenant obligatoire dans nos écoles ; elle aura sur les générations nouvelles la plus heureuse influence ; elle formera des citoyens dignes de ce nom.

2l' as né». — II. • 03

A c6té de Téducation civique, se place Téducation militaire. Un des premiers devoirs d*ua citoyen est de défendre son pays. Or, pour défendre son pays, il faut savoir manier les armes, connaître les exercices du soldat. On apprend cela quand on est sous les drapeaux, objecte-t-on, mais à quoi bon s'en occuper d'avance? Ce raisonnement est faux. Si vous vous habituez dès Tenfance aux exercices du corps, au maniement des armes, vous deviendrez plus robustes, vous vous romprez à la fatigue; vous apprendrez à aimer le métier militaire, et lorsque la loi vous appellera sous les drapeaux, vous serez déjà des soldats et vous n'aurez pas à subir cette première éducation militaire qui est si pénible pour la plupart des jeunes gens et fait appréhender à tous l'époque de la conscription. D'autre part, si, avant ce temps, vous êtes appelés à défendre la Patrie, vous serez préis à répondre. Si, en 1870^ l'éducation militaire des citoyens srait été faite, combien notre force eût été accrue. Ce n'était pas la bonne volonté, mais l'instruction qui manquait à nos mobiles, à nos gardes nationaux, à nos volontaires. Alors il n'y avait pas de cohésion dans nos bataillons, et on était obligé d'instruire les hommes au lieu de les mener à l'ennemi. Il faut donc profiter de cette terrible leçon et nous préparer non pas à l'attaque, mais à la défense.

M. Dide a fait vibrer dans toutes les âmes la fibre patriotique; il a arraché des larmes à ses auditeurs quand il a rappelé l'héroïque conduite des Parisiennes qui, souffrant la faim, le froid et toutes les misères physiques et morales, encourageaient à la résistance leurs maris, leurs fils ou leurs frères, et repoussaient avec une sublime énergie l'idée de la capitulation.

Une conférence sur un tel sujet ne peut manquer d'avoir des conséquences fécondes. Ce n'est pas en vain qu'on parle à des Français, à des républicains, de l'éducation nationale. Chacun sent le besoin d'une régénération, et c'est par l'éducation seule qu'on peut sauver la Patrie et établir sur des bases indeslmc-

tibles la République. M. Dide s'est déiroué à la noble t&cbe de porter dane k pays la bonne nouipeUe. U vieut de paroounr les contréee de Touest de h f'ranee, comme délégué de la Ligue de l'enseignemeut. K Tours, à Orléans^ à Angoulôme, à la Roche<sur-YoD, à Angers, à la Rochelle, il a soulevé par sa pariée ardente un enthousiasme du meilleur augure pour le succès de la cause qu'il venait soutenir.

Meulan : Dimanche, 1" avril, MM. Dide et Colfavru, sur l'invitation de M. Monnereau, président de la loge maçonnique de Meulan (Seine-et-Oise), ont donné, au théâtre de cette ville, une double conférence sur ces deux graves questions, la Réforme de notre organisation judiciaire, et la Séparation des églises et de rÉtat. — C'est la continuation de la campagne de propagande que les deux orateurs ont entreprise à travers le pays et qui a valu à la noble cause qu'ils soutiennent avec tant de conviction, de désintéressement et de patriotisme , de chaleureuses et ardentes adhésions. Ce qu'ils recherchent, ce sont des organes au service des mém^s principes, et nul doute que de ce côté, comme sous d'autres rapports, ils rencontrent la satisfaction qu'ils recherchent.

La séance a été présidée par M. Monnereau, entouré des francs-maçons de Meulan, et d'un grand nombre de membres des loges de Paris. Le public nombreux, composé d'hommes et de dames, a été vivement impressionné par la parole éloquente des deux orateurs. — M. Colfavru a développé sa thèse du juge unique élu, de la juridiction unique, et du jugement par le jury en toutes matières, avec cette logique du bon sens, avec cette patriotique élévation qui font disparaître l'aridité sévère du grand sujet dont il entretient son auditoire ; et il a pu se convaincre, par des manifestations qui n'avaient rien d'équivoque, qu'il avait été compris, et qu'au jour venu on se souviendrait de ce démocratique enseignement. — Quant à M. Dide, il a, comme d'habitude, tenu pendant une heure sous le charme de

sa brillante et pénétrante parole un auditoire enthousiasmé; et sa belle harangue laissera dans les familles une impression qui ne saurait réjouir les quelques riches cléricaux qui, grâce àl'active propagande de M. Monnereau et des membres de sa loge, ont perdu tout prestige politique dans le pays.

ETIENNE GHARAVAY.

ÉPHÉMÉRIDES

DB LA

(AVRIL i79i)

2 avril. L'événement le plus important de ce mois fut le grand deuil qui frappa la France entière quand fut connue la mort d'un de ses hommes les plus illustres, d'un de ceux qui avaient le plus fait pour la Révolution.

Mirabeau mourut: il était âgé de quarante-deux ans et encore dans toute la vigueur de son génie. Fatigué depuis déjà longtemps, il fut atteint dans les derniers jours du mois de mars de spasmes violents qui augmentèrent bientôt au point de lui causer des douleurs intolérables. La veille de sa mort, il avait perdu l'usage de la parole, et il écrivait sur un feuillet de papier :

« Lorsque l'opium ne pouvait être donné sans avancer une destruction encore incertaine, c'eût été un grand crime de l'administrer, mais lorsque la nature a abandonné une malheureuse victime, lorsqu'un phénomène seul pourrait la rappeler à la vie, lorsque l'opium même n'empêcherait pas ce phénomène, s'il avait à exister, comment peut-on avoir la barbarie de laisser expirer son ami sur la roue ? »

Le médecin lut cet écrit, et garda le silence. Mirabeau reprit alors vivement le papier et écrivit en grosses lettres ce seul mot : « Dormir. » Peu de temps après, la parole lui revint; il peignit

ses douleurs à Cabaais avec uo accent déchiranl : a l'ai encore pour un siècle de force, je n'ai pas pour un ÎDstant de courage. 9 U sa Mnlaft sur sMi lit« aocablé de souffi-aaces affreuses.

Pendant les quatre jours de sa maladie, il eut quelques moments assez calmes, et il revenait aussitôt aux événements politiques, dont il était toujours occupé. La Société des Jacobins envoya ud« diputatisn pour savoir de sec nouvelles. H fut tivement touché de cette démarche : mais lorsqu'il apprit que les Lameth avaient refusé d'être de la députation, il dit avec amertume : « Je savais bien qu'ils étaient lAches et vils, mais je ne les croyais pas si bêtes. » Il se faisait rendre compte aussi de toutes les nouvelles, et il ajoutait: « J'emporte avec moi le deuil de la monarchie; les factieux s'en partageront les lambeaux. » Il est probable que tout son talent n'aurait pas sauvé la monarchie expirante. Mais ces derniers mots prouvent assez quelles étaient ses véritables opinions, et répondent à ceux qui l'ont accusé d'avoir trahi la République, qui n'existait encore dans l'esprit de personne, et à laquelle toute sa correspondance avec le comte de Lamarck démontre assez qu'il préferait la royauté constilutionaelle.

Un concours nombreux de peuple était constament devant sa porte pour savoir de ses nouvelles ; sa maladie comme sa mort furent des événements publics, etTronchet qui, le 2avril, présidait l'Assemblée nationale, ouvrit la séance par ces paroles :

« J'ai en ce moment une fonction bien douloureuse à remplir: je dois vous annoncer laperte prématurée que nous venons de faire de M. Mirabeau l'alné.... Il est mort ce maUn à huit heures et demie, je ne vous rappellerai pas les applaudissemrats quevous avez donnés à ses talents; ilades titres bien plus grands il nos regrets et aux larmes que nous versons sur sa tombe. <•

Va morne silence régna pendant quelque temps dans toute l'Âsseinblée.

— Sâd —

fiarère, appiifé par M. Larochâfeucauld-Uancourl, demanda ^erissembléecû&sîgit&tdaafi son pr§cès*verbal le témoigoi^ de ses regnets, et ({u'elle fit à tous les ineïQbre&^ au nom àe la patrie, l'invitation d'assister aux funérailles de ce grand homme. Barère versait des larmes en prononçant ces dernières phrases, et iMi gnod nombre da députés tèmoipiiîeiit comme iui leur .pDofonAe énolîatt. — Oo aanoiiça ensuite que Mirabeau avait laissé à Talleyrand un travail sur les sacceasioiiSy et Vam dédda que €t tr^yml serait la à TAssembléeet imprimé par son ordre.

3 mirii. Le pi^ésîécnt annonça qu'une députation delà section Gfange-Batelîère demandait à être admise i la barre pour présenter une pétition relative aux honneurs funèbres à pendre* à Ifirabean. La parole fut donnée à Torateur dk la dépntationi

« Les vraÎB citoyens, dit-il, doivent être consternés delà perte que vient de faire la nation, dans to personne de M; Mirabeau, fi'après l'adhésion des sectioBs de la capitale, nous venons vous prier de déterminer on temps po^crrle demi de ce grand bmnme, etdedécider qœ^on corps seradéposéau champ de la fédération oik V9Q praooneera son orsdson fnnètire. Il faut promer <que le$ honneurs rendas jusquli ce moment aux roîs, appartiennent aussi aca hommes qui fout le bonheur et la gloire de leur pays. »

Un infant après, le dépaitementde Paris envoyant une autre députation. Celle-ci proposa à l'Assemblée de décréter que le nouvel édifice de Sainte-Geneviève serait destiné à recevoir les cetidres des grands hommes, que l'Assemblée nationale fût juge des citoyens qui devaient recevoir cet honneur, quIBLonoré- Riquetti Mirabeau en fût déclaré digne, et que l'on plaçât au-: dessus du fronton du monument cette inscription : .

AUX GRANDS HOMMES la patrie reconnaissanle.

L'Assemblée décréta que Mirabeau avait mérité les faonueurs qui seraient rendus par la nation aux hommes qui l'ont bien servie. Elle renvoya le reste du déeret au Comité de constitution.

4 avril. Le président déclara qu*ii venait de recevoir de la part de MM. Lamarck et Frochot, exécuteurs testamentaires de Mirabeau, une annonce ainsi conçue :

« Nous avons l'honneur de vous annoncer que le convoi de M. Mirabeau sera prêt à partir à quatre heures. Nous attendons les ordres de l'Assemblée nationale.» Il demanda si les membres de TAssemblée suivaient le convoi comme individu ou en corps. On se décida pour la seconde alternative, et tous partirent aussitôt qu'on eut institué le Panthéon à la place de Sainte-Geneviève.

La foule était immense aux funérailles. Une députation des soixante bataillons de la garde nationale, les membres de l'Assemblée, la Société des Jacobins, celle de 89, une autre Société fraternelle, le peuple enfin défilaient derrière le char. — On marcha pendant trois heures dans un religieux silence, l'église de Saint-Eustache était entièrement tendue de noir. Cérutti prononça une oraison funèbre qui fit verser d'abondantes larmes. On se rendit ensuite jusqu'au Panthéon. Cette cérémonie devint encore plus funèbre, car on ne marchait qu'à la lueur des torches, et le corps ne fut déposé dans son caveau qu'à minuit.

5 avril. La lecture du dernier discours de Mirabeau avait été faite le 2 avril, et avait ouvert une discussion sur le droit de tester. Plusieurs orateurs reconnurent qu'en cette circontance la volonté de l'homme est nécessairement subordonnée à celle delà société et que ses effets doivent être réglés, pour le fond et pour la forme, par les lois.

6 avrU. L'Assemblée adopta ce décret :'

« Le Corps législatif pourra présenter au roi telle déclaration

qu*il jugera convenable sur la coTidiiitè des ministres, et même lui déclarer qu^ils ont perdu la confiance de la nation. »

7 avril. Robespierre propçsa qu'aucun membre de la Constituante ne pût être porté a^ ministère pendant les quatre années qui suivraient cette session. Bouche demanda à son tour qu'aucun député soit de cette session, soit de cette législation, soit des suivantes, ne pftt recevoir ni dons, ni traitement, ni pension du gouvernement. Dandré alla plus loin, il exigea qu'aucun député ne pût solliciter de place pour qui que ce fût. L'Assemblée vota un décret qui renfermait toutes ces propositions.

10-15 avril. L'Assemblée arrêta que les ministères de la justice, delà guerre, de la marine des colonies et des afTairos étrangères, formeraient chacun un département séparé ; quant à celui de l'intérieur, il fut décrété que le partage en serait proposé par le Comité de constitution.

L'Assemblée fixa ensuite très largement le traitement des ministres; elle accorda 180,000 francs à celui des afEaires étrangères, et 100,000 francs à chacun des autres.

16 avril. Le comité militaire fit rendre, à la date de ce jour, un décret pour l'organisation et la solde de 100,000 soldats auxiliaires.

18 avril. La semaine sainte était arrivée, et l'on ne voyait autour du trône que des prêtres réfractaires : Louis XYI donnait lui-même l'exemple de la résistance. Il avait traité avec une grande froideur le nouvel évêque de Paris, l'abbé Gobel, ancien évêque de Lidda, élu par le peuple de préférence à Sieyès et à Talleyrand. Toutefois ce monarque, redoutant l'œil sévère et toujours ouvert des Parisiens, voulut partir pour Saint-Cloud. Depuis deux jours les préparatifs avaient été faits, et la presse avait crié : « ne laisser pas partir. » Une multitude énorme se

trouva doQC aux Tidleries au momeot où la voiture du roi en sortit. La foule acciuBulée, pressée, farmait une bainèn îasur* montable. La garde nationale arrive et, loin de dissiper la foule, elle Taugmeote. Lafayette et Bailly font Ton et Tautre d'inutiles efforts : prières, remontrances, menaces, tout est impuissant. Lafayette s'emporte et vent briser son épée. La colère n*a pas plus d'effet que sa bonne grâce. Une heure et demie se passe dans cette lutte. Louis XYI, du fond de sa voiture, entend toutes les malédictions du peuple à l'adresse des contre-révolutionnaires, à la télé desquels il s'était placé. Ses domestiques et ses gens repoussent la foule qui commencera slmpatienter de la ténscité di^roi. Ils sont à l'instant même emportés. Alors celuici se décide à remonter dans son palais», et la multitude victorieuse se retire en se félicitani Le roi manda aussitôt les fonctionnaires du départeme&t : il leur raconta tout ce qui veiiaft de se passer : il les eogagea à prendre toutes les mesures néoessaires pour la tranquillité publiqueetsa propre libeaié. Les fonctionnaires ne purent que déplorer une situation tout à fait iirémédiable, puisque le mal venait de la garde nationale eUemême.

19 avril. Le roi se rendit à TAsBemblée nationale et annonça son intention formelle de pailîr pour Saint -doud. Il joignit du reste à son discours tous les témoignages de sa confiance envers l'Assemblée, toutes les assurances de sa bonne foi et de son zèle envers la Constitution. Le président répondit par quelques paroles où il complimentait le roi tout en dirigeant quelques attaques contre les ennemis de la Constitution et de la royauté. Les applaudissements recommencèrent et tout fut dit.

20 avril. Cependant le peuple s'eoquérait de tout ce qui se passait au château. Le district des Gordeiiers dénonçait personr nellemeat Louis XYI comme violateur de la loi. Le départe-

— 9fi* —

ment M-méme jpréseate aoe àdresde en roi, éms Jaqtttlle on lui diaait :

« On voit avec peine que vous favorisez les réfractaires, que V01I8 a'4tes «ervi que par fes eBoemis de 4aCoDsU)tatioii, et Kon eraiiit q/nte œs^spéranoea tr»p manifestes n'kdiqiient tes vérila^ Mes dîapodîtiDns de votre cœur.. »

Quant à Lafi^tte, OfHltré de ce que son influence sur la garàe nationale avait été nulle ^ ses ordres méconnus, il était venu dottD^ sa âèoiiseîdfi le 1 8 au soir; mais le 20, les cb«ses étant un peu arrangées, il s'était décidé à reprendre le «oaunandement.

22 avril. Le corps de la marine fut dissous : l'Assemblée nationale ordonna en môme temps sa réorganisation.

23 avril. Le ministre des affaires étrangères, M. deMontmorin, communiqua à T Assemblée nationale une lettre écrite par lui, au nom du roi, à tous les ambassadeurs et représentants de la France dans les ilifférents États. Elle était conçue de manière à faire croire à la sincérité de Louis XYI. On y lit, par exemple, cette phrase :

« Le roi, dont la force véritable est inséparable de celle de la nation, qui n'a d'autre ambition que le bonheur du peuple, ni d'autre pouvoir que celui qui lui est délégué, le roi a dû adopter sans hésiter une heureuse Constitution qui régénérait tout à la fois son autorité, la nation et la monarchie. Les plus dangereux de ses ennemis sont ceux qui ont effecté de répandre des doutes sur les intentions du monarque : ces hommes sont bien coupables oa bien aveugles. »

24 avril. Il était impossible cependant que Louis XYI maintint ses préférences en faveur des prêtres révolutionnaires. Le peuple s'agitait : l'armée parisienne concevait les plus vives alarmes. Le roi fut donc forcé de renvoyer les aumôniers de

sa chapelle et d'assister le jour de Pâques à la messe dite par le curé de Saint-Germain-rAuxerrois, qui avait prêté serment.

25 avril. Les troubles avaient continué à S^nt-Domingue : le ministre des . colonies vint en rendre compte. Les noirs et les mulâtres ne prirent aucune part à Tinsurrection ; le colonel du régiment de Port-au-Prince, Mauduit, fut assassiné.

Le 25 également, on licencia la compagnie soldée des grenadiers du bataillon de TOratoire, pour s'être opposée au voyage du roi à Saint-Cloud.

MAURICE SPRONCK

CHRONIQUE

Nous vivons, depuis bien des années, dans Toubli des principes et datis rignorance des faits. Delà, dans nos appréciations, des contresens si nombreux et de si regrettables légèretés. Hommes et choses, nous ne mettons rien au vrai niveau. Au lieu de la grande recherche, nous avons la petite curiosité. Ce qui nous intéresse, ce qui parfois même nous passionne, c'est Tindiscrétion sur certains hommes, c'est le scandale de certains événements. Et quels hommes ! Et quels événements ! Les plus petits politiciens, les plus minces croquants de lettres font télégraphier au journal qui accueille leurs confidences, les mots bons ou mauvais qui sont tombés de leurs bouches augustes. S'ils Atent leur chapeau dans la rue, c'est imprimé ; s'ils se font couper les cheveux,, c'est imprimé. Jamais on n'avait poussé à ce degsé d'ineptie l'amour de la réclame.

Malheureusement il y a un public pour ces sottises; c'est ce qui explique l'attention que la presse leur accorde, et c'est ce qui explique égalementla pauvreté intellectuelle, l'absence d'intérêt sérieux qu'on est forcé de constater chez le plus grand nombre des journaux. Le pire c'est que la place accordée aux bagatelles, aux réclames, aux insignifiances est telle qu'il n'y a plus possibilité de s'occuper des sujets dignes d^attention. Ainsi, par exemple, en dehors de deux ou trois feuilles qui ont parlé, avec étendue, de l'utile et important congrès tenu à Reims par la Ligue de l'enseignement, nous qui avons assisté à ce congrès, nous avons été heureux d'y entendre glorifier la Révolution française, a II y a, s'est écrié un des ^orateurs de la Ligue,

une grande date que hqus nous préparons tous à célébrer : c'est la date de 1888 , — c^ast le centenaire de la Révolution ! Eh bien ! que la République continue à marcher dans la voie du progrès, avec sagesse» m^c sâcuâté» en ayant chaque jour le souci du lendemain, et que nous arrivions à 1889, nobles et fiers devant TEurope, ce jour-là! nous appellerons le genre humain tout entier à venir célébrer avec nous la fête de la Révolution n

Mais qu'eât-66 dottc que se propose la ligue de renseignement, fondée par Jean Macé, aUrs queVcdDiipire tena&t la France sous son ombre ? Elle se propose, suivant Texprossion de Jean Macé luiHQoème, de créer em France c Vanmimrckief le gouvernement de tous par tous, rautonomîe UnivetTselle de petites sociétés privées «'organisant librement à Tombrede la grande société fraoaçaise, et se faisant elles-mômes leurs lois dans le respect de la loi commune. » Là est la vérité républicaine; là est le gage assuré de la paîi publique.

Pour atteindre ce résultai, la Ligue sie préoccupe d'organiser^ daus notre pays, une éducation réellement civique et nationale* L&Ligue de Tei^eignemeat est donc le résumé, le résultat, Taboùtissant de tout ce que le parti républicain pense, depuis cent ans, en matières d'éducation. La Ligue est, sur ce point, Théritière directe et fidèle de la Révolution française. Elle ne fait que vulgariser et traduire en actes les pensées et les écrits deLepelletier-Saint-Fargeau, de Talleyrand et de LakanaK Dès 1790, TaUeyrand traçait en termes admirables le programme que la ligue s'efforce de réaliser :

« L'instruction, disait-il, est l'art plus ou moins perfectionné « de mettre les hommes en toute valeur, tant pour eux que « pour leurs semblables; de leur apprendre à jouir pleinement K de leurs droits, k respecter et à remplir fidèlement tous leurs c devoirs-, en un mot à vivre heureux» à vivre utiles et à prépa- <t rer aiû$i la solutioç du problème le plus difficile peutrêtre des

c socâéiés qui eonaisle dans k meiUenve distnbutioa des <f hommes. i»

TaUeyrand atjoiitait :

« L'insiniciioQ considérée dans ses rapports avec raraBlage « de la société, exige, comme priocipe fondamental, qu'il soit « enseigné à tous les hommes : 1"* à connaître la coostitulion <K de cette société ; 2* à la défendre; 3* à laperfèetàonner ; 4* et, <( avant tout, à se pénétrer, des principes de la morale, qui eet « antérieure à toute constitution, et qui, plus qu'elle encore, est « la sauvegarde et la caution du bonheur public.

« De là, continue Talleyrand, diverses eonséquencQ^ relatives « à la constitution française.

a II faut apprendre à connaître la Constitution. H fant donc

que la déclaration des droits compose à Tavenir un nouveau catéchisme pour Tenfance qui sera enseignéjusquédans les-plus petites écoles du royaume, p

C'était en pleine monarchie constitutionnelle que TaUeyrand traçait ce programme civique» Un siècle s est presque écouté, et nous sommes bien loin encore des {Nrogrès conçus par les hommes de la Constituante. La République de 1883 retarde sur la monarchie de i790! Aussi faut-il rendre hommage aux hommes qui, comme Jean Macé, se dévouent à la cause nationale entre toutes de l'éducation civique. L'œuvre fondée par cet incomparable serviteur de la démocratie, est au-dessus de tous les éloges. Il était touchant de voir, à Reims, tous les membres du coQgrès, anciens ministres, sénateurs, députés, personnages considérables par la naissance et la fortune, s'incliner avec respect devant ce simple instituteur de jeuues filles, — Jean Macé — devenu, selon le mot très applaudi du directeur de la revue, « l'instituteur de la France. »

Car (et cette constatation nous est agréable), la revue était dignement représentée au congrès de Reims. Le cercle parisien, — le plus important des cercles de la ligue de renseignement.

— avait choisi, comme son délégué au congrès, notre directeur, M. Auguste Dide ! C'est également lui qui avait été désigné pour prononcer le discours d'ouverture. Nous n'apprécierons pas ce discours; il nous suffira de constater que les journaux de Reims (sans exception aucune, les journaux intransigeants, opportunistes et réactionnaires), l'ont qualifié « d'œuvre magistrale, d'une incomparable éloquence. » Déjà notre directeur, sur la désignation faite k l'unanimité par un comité de patriotes, au nombre desquels figurent les députés et les sénateurs de TEst, et qui compte, parmi ses membres, Henri Martin, le sénateur George et le député d'Orléans, M. Fousset, avait dû se rendre dans plusieurs départements afin d'y établir des sociétés d'instruction républicaine et d'édu cation nationale.

A Reims les amis de la revue que dirige M. Auguste Dide se trouvaient en grand nombre. Nous avons eu le plaisir d'y saluer M. Guiraud,'de Marseille, l'un des premiers et des plus intelligents propagateurs de l'œuvre du centenaire : M. Sabatier- Plantier, qui, s*inspirant des souvenirs et des exemples de la première République, essaye de populariser le système des fêtes d'enfants; M. André fils, dont les conférences sur le Dix-huit Brumaire et Camille Desmoulins ont été remarquées; M. Jamais qui, lui aussi, a parlé avec savoir el talent des hommes et des choses de la grande époque. Il est regrettable que la Ligue n*ait pas émis un vœu formel et développé en faveur de la célébration du centenaire de 1889. Heureusement cette omission sera réparée lors du prochain congrès qui se réunira à Tours, ou, peut-être, à Marseille.

CHARLES OSTYN.

Le Gérant: CL. CIlARArVAT.

Paris. Iiiip. F.. CAriOHORT et V. Rihault, ruedei PoiteTioi. C.

ET

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