Le même de 2 sols, papier rouge
H. Le même de 4 sols, papier jaune.
SUMÈNE
A. Commune de Sumène» Bon pour un sou remboursable en assignats de 5 livres ^ s. Haut. 0'"039, larg. O^OSS. B et C. Les mêmes de 2 sous 6 deniers et quinze sous.
GEORGES LECOCQ
(À ihivre»)
MEYÈRE
(DE LAUDUN
JUGE AU TRIBUNAL RÉVOLUnONNAIRE DE PARIS.
(Suite.)
a Je n'ai jamais négligé de t^écrife, mon cher Bertrand, quand le cas Ta exigé. J'ai même la conviction d'avoir rempli les devoirs de l'amitié* C'était à toi, et c'est à toi encore de tirer parti de ma correspondance ; mais malheureusement que, quelquefois affecté seulement par le présent, nous oublions trop facilement le passé et nous ne savons pas nous transporter dans l'avenir. Ta place est difficile, très difficile, je te l'ai répété mille et mille fois; si tu ne veux pas m'entendre, que veux-tu que j'y fasse. Allons, sois tranquille cependant, poursuis ta carrière que tu peux rendre glorieuse en te conduisant toujours de telle manière que tu ne donnes sur toi la moindre prise; pour cela n'écoute d'autre voix que celle de l'intérêt de la patrie, d'autre guide que le bien public.
a Je ne voulais point te faire une réponse vague, ce qui est cause que j'ai retardé de deux jours. Il faut avoir soin de taire ces petites anecdotes pour ne pas prêter le flanc à la malveillance qui cherché à tirer parti de tout.
(c Adieu, mon cher Bertrand. Je t'embrasse.
a Mbyère. ))
« Landrecies est à nous. Si la lâcheté nous avait enlevé cette ville, la valeur nous Ta rendue.
a Aie soin de porter la plus scrupuleuse attention à l'affaire de Lanteyrès (1) et examine bien s'il n'y aurait pas là une intrigue aristocratique. Je ne connais pas l'individu et je ne te dis ceci que parce que je connais les localités, ne tire aucune
conjecture de vouloir uniquement te mettre nous avons
très grand quand nous voyons la liberté. »
( passages abtmés par une mouillure.)
ni
Lettres adressées aux administrateurs du département du Gard et à Teste, procureur général syndic (2).
« Paris, le 7« du 2« mois de Tan 11 de la République une et indivisible (28 octobre 1793).
« Mon cher procureur général syndic Teste, « Ne m'accusez pas d'indifférence à votre égard, quoique
(1) Au sujet de rarrestation de Lanteyrès, la Société populaire envoya au Coinitéde Sûreté générale et à la Convention^ dans les premiers jours de messidor, une adresse où on lit :
• Un patriote à toute épreuve, Lanteyrès, agent national du district d'Alais, gémit, dans les fers, depuis quelques jours, victime d'une fausse dénonciation, sur laquelle un mandat d^arrêt a été surpris à votre religion... La malveillance a laissé échapper que la procédure ténébreuse faite contre Lanteyrès le présentait comme un contre-révolutionnaire ^qui, à Tépoque du jugement du dernier tyran, s'était apitoyé en sa faveur et avait parlé pour la royauté. Représentants, Lanteyrès est innocent; il est incapable de s'être souillé d'aucun crime de contre-révolution ; il est, par caractère, ami chaud de la liberté et de régalité ; ennemi des rois et de toute espèce de tyrannie; il était révolu-, tionn aire même avant la Révolution. Lanteyrès a pour lui sa conduite toi^ours patriotique depuis 1789... Lanteyrès a fait exécuter avec ponctualité toutes les lois, surtout celles qui sont révolutionnaires. ;. Lanteyrès a provoqué Tarres* tation d'une foule de conspirateurs : de là naît la persécution suscitée contre lui, voilà ses crimes... » (Arch. (fe la Cour, papiers saisis chez Gourbis.)
Lanteyrès fut renvoyé devant le Tribunal révolutionnaire du Gard qui l'acquitta.
(2) Nous avons trouvé ces lettres de Meyère aux archives départementales du Gard, liasse ï, L. 8, ï.
j*aie demeuré, jusqu'à ce moment, de vous donner dé mes nouvelles. Des occupations indispensables en arrivant à Paris, pour qui n*y avait jamais été, prennent beaucoup de temps. D'ailleurs, je suis bien persuadé que vous ne douiez pas de mon attachement; j'ai cru en conséquence qu'il était très essentiel de me mettre à même de m'éclairer sur bien des faits intéressants pour le bien public; je ne vous ai donc pas oublié, quoi* que je ne vous aie pas écrit, et vous seriez injuste si vous m'en croyiez capable.
<t J'écris à l'administration (1). Je crois que vous ne désaprouvez pas cette lettre ni mes intentions que vous devinerez aisément. Donc, pressez nos collègues, et que les différentes demandes que je fais ne soient pas négligées; il en résulterait un désavantage pour la République et notamment pour notre département.
c Ce n'es^pas tout; en passant à Bagnols, j'ai appris que la municipalité avait essuyé du désagrément parce qu'elle avait mis à exécution la loi relative aux gens suspects; elle devait même me charger de paquets à cet égard pour le Comité de Salut public; leur lenteur a été cailse que je n'ai pu les porter. Il est donc essentiel que vous écriviez à votre commune afin qu'à- tous égards et dans toutes circonstances, ils me fassent passer toutes les pièces nécessaires pour réclamer justice ; invitez-les de m'envoyer officiellement copie des duretés qu^ont écrites à votre municipalité les c. R. et P, (2) ; soyez assuré que j'en tirerai satisfaction (3); mais pour cela il faut qu'ils se hâtent, et quand même auraient-ils déjà adressé toute la besogne, ils ne doivent point s'abstraindre de me les envoyer à moi particulièrement. ^
(1) Celte lettre n'a pas été retrouvée.
(2) Rovère et Poultier, repn''Rentants du peuple envoyés en mission dans le Gard.
Çà) Voir la lettre du 1" frimafre, an II (21 novembre 1793), à Bertrand.
« Je vais écrire à cet égard à la municipalité de BagDols, à des amis au Saint-Esprit, et à Beaucaire et à Uzès. Parlez à Bertrand; qu'il agisse auprès de la société du Saint-Esprit, qu'ils agissent tous et qu'ils comptent sur moi; vous me connaissez incapable d'être retenu ^ar aucune considération ; celle de faire triompher la liberté sera toujours ma dominante et celle qui me gouvernera toujours. Adieu, donnez-moi de vos nouvelles et surtout croyez bien que je vous aime.
tt MEYÈRE. »
« Parig, le 15 brumaire de l'an 11 de la République française un et indivisible (5 novembre 1793).
« Hé bien, mon cher procureur général syndic, toujours dans les fortesoccupations? Pas un moment de relâche, n'est-ce pas? Oui, je le sais, parce que l'expérience me l'a appris, vous employez tous vos instants à la chose publique et vous la servez bien utilement. Aussi a-t-elle besoin de soutien, car si les vrais républicains ne tendaient tous leurs efforts pour faire triompher la liberté, depuis longtemps elle aurait échappé aux Français. Mais, grâce à nos soins, un jour nous pourrons dire et avec vérité : nous avons coopéré à la consolider cette liberté, et nous sentirons alors la douce jouissance de n'avoir point employé inutilement tous nos moyens à la consolider. Courage, tenez bon et ça ira. Je ne suis pas en peine de l'administration, si ce n'est que je crains que sa bonne foi ne soit surprise ; mais vous êtes là et Bonnicel (i) et vous devez être mieux en garde que nos collègues qui, quoique très éclairés, ont cependant besoin de faire certain noviciat. Depuis qu'ils sont en fonction et avant votre arrivée^ plusieurs pièges leur ont été tendus; mais ma surveillance active les leur a fait voir, et j'ai saisi plusieurs occa-
(1) Bonicei, substitut du procureur général syndic du département. Borie le révoqua le 4 prairial an II comme ayant montré trop de Taiblesse pour le gouvernement révolutionnaire. * .
sions pour les mettre en garde et les prévenir de tout ce qui les menaçait; et vous aussi, mon cher ami, vous avez besoin de ne pas être tout à fait si confiant. Vous êtes bon, en conséquence facile; en temps de révolution, il faut être tout yeux et tout oreilles. Ah çà! faites-moi savoir si le modérantisme ne gangrène pas nos contrées, si l'esprit public s'élève à la hauteur des circonstances et si on n'entrave point les mesures rigoureuses qu'il est nécessaire de prendre. Vous me remplacez au Comité de Salûl public (1) et je ne doute point que, d'après vos renseignements, il ne soit effectué diverses arrestations. Si nous laissons en liberté nos gens suspects, ou ils nous nuiront ou ils iront grossir l'armée anglaise. Mettez-moi toute cette engeance abominable à l'ombre, ou envoyez-les à Paris avec une lettre de recommandation. Enfin, mon bon ami, ne tergiversez point et par une indulgence qui ne serait rien moins que très reprochable et funeste à la chose publique^ ne prêtez pas de nouvelles armes à vos ennemis. De la vigueur, de l'énergie, foutre ! voilà ce qu'il faut.
c( Écrivant les nouvelles à l'administration, je me dispense d'entrer avec vous dans ces détails. Je vous écris seulement pour vous donner des preuves de mon souvenir et de mon atta-
chement.
Cl Quand vous m'écrirez, donnez-moi des nouvelles de votre citoyenne femme, de vos enfants et surtout de Baptistet que j'aime de tout mon cœur (2).
Cl Ma citoyenne vous salue et moi je vous embrasse.
(1) Ce Comité, organisé par les représenlanls Rovère et Poultier le 26 septembre 1703, était composé de Conrbh^ maire de Mmes, président, Elie Dumas^ Sabotier fils^ Lonis Pelissier^ êfeifêre^ Teste ^ Peschairey Béniquel, Triguet^ Colomb, Tenlon, Comhemale père, Lriris- Décombes, François ^ Michel et Maigron, secrétaire. 11 se réunit, pour la première fois, le 2 octobre 1793. dans la grande salle du collège, il resta en Tondions jusqu'au 3 ventôse an II, date à laquelle lui succéda le comité révolutionnaire Toroiê par Borie.
(2) Baptistet (diminutir de Bap(iste) est tout simplement Jean-Baptiste Teste qui fut ministre de Tint^rieur sous Louis-Philippe en 1840.
<c A propos, je devrais te tutoyer, car c'est maintenant le ton républicain, mais je n'en ai pas encore pris Thabitude et je m'oublie.
a Adieu; derechef je t'embrasse.
tt MEYERE.
(( Demain nous nous occupons de d'Orléans au tribunal (1). J'ai écrit à l'administration, au Comité de Salut publie, à Sauzède à Bagnols, à Rivoire au P. Esprit, à Tavernel à Beancaire et à TOUS aussi; j'attends toutes ces réponses pour me gouverner sur certaines mesures.
« Bonjour à tous nos chers collègues. »
Paris, le 21^ du 2* mois de l'an II de la Répobliqae fnunsaise une et indivisible (17 novembre 1793).
<i Citoyens mes collègues,
(( La conférence que j'ai eue aujourd'hui avec le représentant Nioche (2) est trop intéressante pour que je ne me hâte de vous en transmettre la substance. Ce matin j'ai été le visiter et, pendant une heure et demie que nous avons passé ensemble, nous ne nous sommes occupés que de subsistances ; comme il a été chargé de cette partie, aussitôt que j'ai su son arrivée à Paris, je me serais cru reprochable si je ne m'étais de suite rendu auprès de lui pour l'intéresser en faveur de notre département. Je n'ai pas eu beaucoup de peine à y parvenir, puisque je l'ai trouvé dans les meilleures dispositions à notre égard. Il se loue beaucoup de l'administration et m'a répété plusieurs
(!) C'est en effet le 16 br«maire que L. P. d'Orléans, dit Egalité, comparut devant le tribunal et fut condamné à mort ; mais Meyëre ne siégea pas dans cette alTaine (V. Wallon, Wst. du trib. révol, U, 21).
(2) Nioche, député de Touraine à la Constituante, réélu par le département d'Indre-et-Loire à la Convention; commissaire de la Convention à l'armée des Alpes; fit rentrer Pont-Saint-Esprit dans le devoir le 14 juillet 1793 {Moniteur du 23 Juillet, n» 204).
fois que tous ses soins seraient employés pour prouver au département du Gard la reconnaissance qu'il conservait pour le généreux effort qu'il avait fait pour satisfaire à sa réquisition et finalement il m'a promis qu'il nous ferait au plus tôt restituer les 20,000 quintaux de blé que nous avons délivrés et qu'encore il nous ferait fournir un approvisionnement pour quelques mois; que d'ailleurs cela ne ^empêcherait point de présenter son plan général pour l'approvisionnement total. Il se présentera incessamment à cet effet à la commission, et je ne doute pas qu'il ne porte un heureux effet de son zèle pour nous et pour la République.
a Quoique je m'attende à chaque instant de voir arriver mon collègue Laporte, chargé de pouvoirs à cet effet, je ne négligerai rien néanmoins de mon côté pour hâter les secours dont vous paraissez avoir tant besoin.
a Hier au soir, aux Jacobins, cet article a été à l'ordre du jour, et la discussion, qui a duré très longtemps sur cet objet, m'a confirmé que je n'avais pas eu tort de vous soumettre ma réflexion à cet égard.
a II est inutile que j'entre dans les détails des nouvelles et de ce qui se passe à la Convention, puisque vous recevrez les Bulletins aussitôt que ma lettre*.
« Salut et fraternité, mes chers collègues.
« Vive la République !
a MEYÈRE. »
« Houchard, le général, a été jugé et condamné, vous devez
le Savoir.
a II a été évidemment prouvé qu'il ne tenait qu'à lui d'exterminer l'armée anglaise. Il a payé de sa tête. Puisse son exemple intimider les traîtres. »
« Paris, le 9* frimaire de Tan II de la République françaiêe une et indivisible (29 no\embre 1793).
(( Citoyens chers collègues,
(( Depuis ma dernière lettre, mes fonctions m'avaient absolument empêché jusqu'à aujourd'hui de crier famine; j'ai eu un intervalle, mon temps a donc été employé uniquement à l'objet qui fixe avec tant de raison vos sollicitudes : aux subsistances. J'ai vu Nioche et tous nos députés, à l'exception de Chazal (1), que je ne visite point et pour cause, je les ai trouvés pleins de zèle et s'étant même occupés de cet important objet. Nioche a remis au Comité de Salut public un mémoire plein d'observations judicieuses relativement à la position de notre département et ceux environnants; je chagrine celui-ci plus que les autres, et mes importunités auprès de lui, il les rend aux membres de la commission chargée de cette partie si essentielle. Il m'a conseillé de ne pas abandonner cette commission, de m'y présenter sans cesse, soit par lettre ou autrement, d'inviter nos députés d'en faire autant afin de fixer tellement son attention que, par ce moyen, nous puissions tous parvemr au but que nous nous proposons : de tranquilliser les habitants du Midi en leur assurant des subsistances.
« Je ne néglige rien, soyez-en bien surs, mes chers collègues; comptez que j'agis avec la même ardeur que si vous m'aviez
(1) Chazal, député du Gard à la Con?ention, regardait le syslème de la terreur comme la cause de la disette. Après le 9 thermidor, Chazal prononga à |a Convention, dans sa séance du 25 ventôse an UI ( i & mars 1790) les paroles suivantes : « On a témoigné des craintes sur les subsistances, on a parié de la détresse des départements; enQn on a parlé de Tembarras dans lequel se trouve Paris. Eh bien ! citoyens, il Tant faire connaître les auteurs de tous ces maux : les auteurs de ces maux sont ceux qui ont inventé le maximum et le nom d*aecapareur ; ce sont ceux qui ont créé la commission </«/amin«, appelée de commerce, eommissioa qui a commis toutes sortes de vols et de pillages ; les auteurs de ces maux soDt ceux qpi ont mis le séquestre sur la moitié du sol Trançais, en emprisonnant les agriculteurs de la République. Après le 10 thermidor nous n'avons trouvé que du sang et la guillotine, et partout les magasins vides. Les scélérats qui nous ont opprimés voulaient nous faire mourir de faim ; du sang et des eadavres, voilà les aliments affreux qu'ils destinaient aux malheureux français.» {Moniteur du 28 ventôse, no 178.) On comprend dès lors pourquoi Meyère ne fréquentait pas Chazal.
député ici tout exprès pour cette partie. Hé! combien n'aurai-je point à m'applaudir d'avoir témoigné à mes amis que j'ai senti toutes leurs peines, que je les ai partagées et que j'ai contribué à les adoucir. Je vous le répète, rien de mon côté ne sera épargné, tous mes moments de loisirs seront employés à la chose publique, trop heureux si mes démarches peuvent vous convaincre de mon dévouement.
« Chambon s'est chargé de vous écrire et il doit l'avoir fait ; il est bien inutile d'entrer daas les détails que sans doute il vous aura faits ; cependant, comme je sens combien vous avez besoin d'être rassurés, je ne laisserai point de vous répéter que vous pouvez être assurés de recevoir dans tout le mois de frimaire ou décembre quelques secours et ensuite d'être bien persuadés que la commission s'attache à pourvoir toute la République. Les grains ne manqueront pas, d'après leurs promesses, et ils les tiendront. Il s'agit maintenant que de votre côté, vous fassiez tous vos efTorts pour tranquilliser vos administrés et empêcher par la surveillance la plus exacte que les malveillants ne les bernent et ne se servent du prétexte du manque de subsistances pour leur faire faire quelques mouvements fâcheux.
« Le représentant Leyris (4) est arrivé, Nioche me l'a dit; il m'a donné son adresse, et je ne vais pas manquer de me mettre à ses trousses.
(c Je laisse maintenant cet article pour vous rendre compte succinctement de l'importante affaire dont le tribunal extraordinaire s'est occupé.
w Duport-Dutertre, ex-ministre de la justice; Barnave, exdéputé, ont été jugés et condamnés à mort hier soir, à onze heures (2).
(1) LeyriB, député du Gard à la Convention.
(2) Duporl-Dutertre(Marguerile-Louise-FrançoU), ancien ministre delà Justice, et Barnave (Antoine-Pierre-Joseph-Marie), homme de ioi, député à l'Assemblée constituante, furent condamnés à mort, le 8 frimaire an II par le tribunal révolutionnaire de Paris. Le procès durait depuis la veille et occupa quatre séances. {Walion, Hist, du trib. rivoL II, p. 121.)
2e 411 N El. — II. 66
« Plus ces hommes avaient des moyens et plus grande est leur scélératesse, puisque, au lieu de défendre la cause du peuple, leurs données n'ont été au contraire employées qu'à travailler à sa ruine.
« Duport du Tertre a commencé son ministère en voulant faire prêter aux commissaires du roi auprès des tribunaux un serment particulier, indépendamment de celui que- prescrivait la loi; plusieurs l'ont prêté et certains se sont démis, parce qu'ils ont préféré se démettre plutôt que de jurer au roi une fidélité reprochable.
« Les liaisons de Duport avec tous les hommes, non seulement suspects, mais encore criminels, ont fait connaître combien peu il était porté pour cette liberté qu'il profanait sans cesse puisqu'il avait chez lui un faste insolent dont il faisait sentir les effets à ce.ux qui avaient besoin de l'approcher.
« Duport, complice dans l'évasion du ci-devant roi, a été aussi un des auteurs des massacres du Champ -de-Mars.
« Duport a avoué qu'à la vérité, pendant son ministère, il avait soupçonné le ci-devant roi de mauvaise foi, mais qu'étant l'homme du roi (a-t-il dit), il ne pouvait dénoncer le roi.
a Duport a été complètement convaincu d'avoir fait élargir des hommes ci-devant incarcérés par la police pour des faits contre-révolutionnaires.
(c Dans les pièces trouvées dans le secrétaire du roi, Duport y figurait. Voilà les faits les plus saillants, sans compter ceux supplétifs qui les accompagnaient et qui les faisaient assurément ressortir davantage que vous ne pourriez les sentir.
ce Bamave n'a commencé de se dévoiler que depuis son voyage à Varennes, lorsqu'à la fuite du roi et lors de son arres-^ tation, il fut envoyé au-devant de lui.
« Les liaisons qu'il avait étaient bien capables aussi d'inspi^ rer des préventions défavorables sur son compte.
a Barnave a été un des abominables auteurs de toutes les
horreurs des colonies et notamment de Saint-Domingue, sa conduite à cet égard a été parfaitement reconnue, son machiavélisme a été tout dévoilé et Ton a reconnu en Barnave le plus grand des scélérats.
« Barnave a complété son œuvre par faire voter des remerciements par l'Assemblée constituante à Perrier, gouverneur de Saint-Domingue, à Mauduit, colonel du régiment de Portau-Prince, tous deux meneurs principaux des tragédies de ce malheureux pays.
« Dans les pièces trouvées dans le secrétaire du roi, Barnave y figurait aussi; enfin toutes les horreurs que je vous retrace et quantité d'autres qui m'échappent peuvent-elles être lues sans ressentir la plus vive indignation contre celui ou ceux qui les ont commises?
« A ces heures, ils ont payé de leur tête ; puisse leur exemple arrêter l'audace de ceux qui seraient tentés de les imiter.
« Je crois pouvoir m'abstenir de vous donner les nouvelles, car vous recevez les papiers publics et par là vous êtes aussi bien à même de les connaître que si je vous les écrivais.
« Il y aura, à ce que je pense, quelques changements dans les administrations. Le but de la Convention est, à ce que je crois, de les appauvrir en fait d'autorité, afin de leur enlever tout moyen de fédéraliser leurs administrés ; il est très sûr que ce sont les administrations qui ont donné le mouvement terrible aux machinations contre-révolutionnaires qu'on n'a pu détruire que par des mesures les plus rigoureuses,
ce II me semble vous voir tous malades, tous bien affairés; j'aime encore mieux vous savoir fort occupés et bien portants, car vous avez besoin de toute votre santé et physique et morale.
(( Salut et fraternité, mes chers collègues.
(( Vive la République ! a metère. »
(la suite au prochain numéro,) F. ROUVIÈRE.
LES CONFÉRENCES
RÉPUBLICAINES
Lyon : Le samedi 7 avril, à 8 heures du soir, M. Colfavru a donné une conférence à Lyon dans la salle de la Perle, à la Croix- Rousse. M. Carlot, conseiller municipal, qui avait organisé cette soirée, présidait la séance. M. Colfavru a développé avec une grande force de langage et une heureuse abondance d*arguments sa thèse de la réforme judiciaire. L'auditoire a écouté l'orateur avec sympathie et Ta vivement applaudi. L'élection des juges par le peuple et la création du jury en toute matière ont trouvé, comme on n'en pouvait douter, des partisans convaincus dans une population ouvrière aussi intelligente que celle de Lyon. Parmi les auditeurs de M. Colfavru, nous avons remarqué MM. Rossigneux, conseiller municipal, adjoint au maire, président du cercle de la Solidarité, Béretta, secrétaire de ce cercle, Pierre Besson, P. Lavergne, Francisque Aroud, Noël Degoulet, Antoine Brébion, etc.
Le lendemain, M. Dide, qu^une indisposition subite avait retenu à Paris, est arrivé à Lyon. Le soir, il s'est rendu au cercle de la Solidarité où il a reçu le plus cordial accueil de MM. Rossigneux, Béretta, Besson et d'un grand nombre d'autres membres du cercle. Il a répondu à cette bienvenue par une spirituelle causerie, où il a donné à la population lyonnaise les éloges qu'elle méritait. M. Colfavru a également pris la parole. Après lui, M. Besson a parlé des souffrances de la fabrique lyon*
naise, et on s'est séparé dans i*espoir de se revoir bientôt pour travailler ensemble au but commun, la prospérité et la grandeur de la France.
Un des résultats immédiats du voyage de MM. (îolfavru et Dide à Lyon a été la création d'un comité du centenaire de 1789. Des jeunes gens, parmi lesquels MM. Aroud et Dégoulet, se sont résolument mis à l'œuvre, et nous espérons que nous pourrons bientôt annoncer à nos lecteurs 4a constitution définitive de ce comité. Nous ne saurions trop recommander cette œuvre si utile du centenaire de 1789, et nous faisons appel au patriotisme de nos concitoyens pour créer dans chaque ville un comité qui sera un centre d'action des plus importants et un puissant moyen de divulguer dans le peuple les grands principes de la Révolution française.