VIVIERS
Viviers. Émission autorisée. Bon pour cinq sous. Office municipal. Notable. A^ Dans le cadre V sous et 5 deux fois répétés. Haut. 0'°041, larg. 0"087.
WASSY
A. Bon pour deux sous, remboursable en assignais de cinq livres et au-dessus. Dans les angles 0. B. B* D. En haut Wassy^ sur les côtés la valeur du bon,, au bas : l€ Buisson. H. O'OTS,
B. Le même de trois souSj papier bleu.
C» D, E. Les mêmes de six, huit et dix sous^ papier très légèrement teinté.
Nous arrêtons ici cette nomenclature qui, pour longue qu*elle soit, n'a pas la prétention d'être complète. De nombreuses lacunes doivent forcément exister dans notre travail; nous prions nos lecteurs de nous aider à les combler en nous les signalant.
GEORGES LEGOGQ.
MEYÈRE
(DE LAUDUN
JVGR AU TBIBUNAL RfTOLUnOHIlAIBB DB PARIS.
(Suite.)
Meyère qui, le 21 novembre 1793, se plaignait à son ami Bertrand d'avoir écrit à ses collègues du directoire du département sept lettres restées sans réponse, reçut enfin la suivante :
« Du 20 firimaire Tan U (10 décembre 1793).
« Au citoyen Meyère ^ administrateur du département du
Gardf Paris.
« Citoyen, cher collègue,
a Nous venons remplir auprès de toi un devoir bien doux, trop longtemps différé, mais non moins cher à nos cœurs, celui de répondre aux lettres intéressantes, amicales que tu nous as écrites et de fraterniser avec un collègue que nous aimons, que nous estimons et dont nous n'avons vu Téloignement qu'avec regret. Oui, cher Meyère, ton absence a laissé un vide et dang Tadministration et dans nos cœurs ; mais ce qui nous console de cette privation, c'est Tidée du bien que tu feras dans le poste où tes talents et tes vertus t'ont appelé ; c'est le plaisir de recevoir de tes nouvelles, c'est l'espoir peut-être de te revoir bientôt
parmi nous. Quoi qu*il en soit, tu auras toujours une place dans le cœur de tes collègues; apprendre que tu jouis d*une bonne santé et de tout le bonheur que mérite Thomme yertueux sera pour nous, pour tes amis, une satisfaction bien douce.
(c Depuis ton départ, la face du département a entièrement changé ; Taristocratie n*est plus, le fédéralisme est anéanti, les gens suspects sont enfermés dans un lieu sûr, les autorités constituées presque entièrement renouvelées, et les vrais amis de la République jouissent de Tairpur de la liberté. Enfin, grâce à nos commissaires, la plus parfaite tranquillité règne dans toutes les parties du département, et tout semble en assurer la durée. Les troubles qui s'étaient manifestés dans le nord du district d'Alais, au voisinage du trop fameux camp de Jalès, ont été bientôt par eux dissipés, et les déserteurs qui avaient formé des rassemblements dans ces montagnes inaccessibles, ramenés à leur devoir par la force ou la persuasion, ont rejoint leurs drapeaux.
a Ces contrées, livrées au fanatisme et travaillées par le fédéralisme dans les dernières secousses qu'a éprouvées le département, se rappelleront longtemps avec plaisir des noms de HaigroD, Beniquet (1) et Colomb (2).
« Nulle part les malveillants n'osent plus reparaître pour renouer leurs détestables trames, les hommes séduits détestent leurs erreurs ; les lois sont respectées, exécutées autant qu'elles peuvent Têtre dans un temps de révolution, et l'esprit public fait tous les jours des progrès si rapides qu'il sera bientôt au plus haut degré du thermomètre politique.
« Attaché comme tu Tes au département qui t'a vu naître, nous avons cru devoir tracer ici une légère esquisse de sa situa*
(1) Beniquet (Jeaa-Jaoqaes), membres du Comité de Salut pablic; membre da directoire du district, nommé par Rovère et Poultierle 23 septembre 1793 et conservé par Borie le 30 pluviôse an 11.
(2) Colomb (Bernard) of&cier municipal, ou Jean Colomb, neveu, procureur d« la commune de Nfmes, nommé par Rovère etPoultler en septembre 1793.
fioD, et nous sommes persuadés que tu apprendras avec plaisir les heureux changements qui s'y sont opérés. . « Passons maintenant à Tobjet qui fait toute notre sollicitude et d'où dépend le salut de tous.
« Le bonheur des peuples est à Tordre de tous les jours dans nos séances, et nous ne croirons avoir bien rempli la tâche qui nous est imposée» bien mérité de nos administrés que lorsque nous aurons assuré leurs subsistances ; notre département, tu le sais, ne produit pas, bien s'en faut, les denrées nécessaires à là consommation annuelle de ses nombreux habitants, le superflu des districts fertiles en grains a été pompé par les armées qui nous avoisinent, par le passage continuel des troupes; encore un peu de temps et nos ressources seront épuisées. Jamais situation plus critique pour des administrateurs; mais les républicains savent souffrir, et nous nous imposerons des privations et nous partagerons jusques au dernier grain entre nous, jusqu'à ce que nous ayons reçu les secours que tu nous fais attendre. La France ne manque pas de grains, et la Convention saura faire refluer les subsistances dans toutes les parties de la République qui en sont dépositaires.
a Enfin, grâce à tes soins, à ceux de nos députés, nous aurons bientôt un secours provisoire. Cette nouvelle, bien rassu* rante pour des administrateurs pénétrés d'une tendre sollicitude pour leurs administrés, va calmer toutes leurs inquiétudes et répandre dans leurs âmes un baume de cbnsolation et de vie. Que de nouveaux droits ne vas-tu pas acquérir à notre amour, à la reconnaissance des peuples dont tu prends si bien les intérêts et qui te devront leur bonheur?
«Nous avions arrêté d'envoyer deux commissaires pour obtenir des subsistances, l'un auprès de la Convention, l'autre auprès des représentants du peuple à Commune-Affiranchie (1 ) ; mais l'éta-
' (1) Lyon, aiiui nommée en exécution du décret du 12 octobre 1793.
dans le sein même de la Convention, d'un comité dmrgé fappronHieimer les anafes des départements nous a fait renoncer à un [Hragei anssi &peBdieux qu'inutile. Seulement nous avons cru, en attendant les sectonES provisoirea qui nous sont promis par la Commission des suhristapcea» davoir faire partir un commissaire pour presser Tenvoi des graios en remplacement de ceux que nous avions fournis à Tarmée révo» lutionnaire qui est sous Toulon. Bresson (1) est actuellement à Commune-Affranchie, mais Q n'a rien encore obtenu.
<x Nous te conjurons, cher collègue, au nom de l'amitié qui nous lie et d'un département qui t'est cher, de rendre eCBcaco le plus promptement possible la promesse qui vient de nous, être faite par la Commission des subsistances. Ce secours provisoire tranquillisera l'âme de nos administrés ; que les subsistances soient assurées au peuple et il n'est point de sacrifices qu'il ne soit capable de faire pour le triomphe de la liberté et de l'égaUté.
« L'administration, toujours occupée du bonheur de ses administrés, ne néglige rien pour les faire jouir de tous les avantages qui leur sont assurés par les lois sages et bienfaisantes sur les subsistances. Elle a appelé auprès d'elle un citoyen de chaque district, connu par ses connaissances profondes dans le commerce et l'agriculture, à l'effet de dresser un maximum de tous les objets de première nécessité pour chaque district et en observant autant qu'il est possible la différence des locaUtés. L'ouvrage est déjà terminé, on l'imprime en ce moment; nous avons tout lieu d'espérer que nos administrés en recueilleront les plus grands biens.
€ On nous fait craindre d'une descente des Anglais et des
(I) Bresson, membre du directoire da département du Gard, et Archinard
i Mathieu), agriculteur, officier municipal de Nfmes, ftirent envoyés en mission à «yon par le directoire ; ils y arrivèrent le 3 frimaire an II (28 novembre 1793), ainsi quMls l'annoncent par lettre aui administrateurs. {Arck. dép. 1. L. 8, 1.)
Espagnols sur nos cAtes ; nous allons mettre Aigue&4tel0 en état de défense et prendre toutes lea.UMMitui pour les bien accueillir» s*ils ont envie de sow éUoéher une visite. La seconde réquisition de la kvéten masse est déjà organisée et, au premier signal^ vingt mille hommes les feront repentir de leur témérité.
« Nous serions entrés dans de plus longs détails, mais Tami Bonicel nous a dit qu*il t*avait fait part des événements les plus intéressants; nous aurons soin à l'avenir d'être plus exacts à te donner des nouvelles d'un département qui t'intéresse et qui n'oubliera jamais les services que tu lui as rendus.
« Nos occupations multipliées et toujours renaissantes ont pu nous rendre coupables de négligence envers toi, mais non pourtant à oublier un collègue, un ami aussi précieux que toi ; ce sentiment n'a jamais pénétré dans nos cœurs, qui te sont dévoués pour la vie.
« Salut et firatemité.
a Les Administrateurs du département (1). » *
« P.'S. Nous avons cru devoir te donner connaissance de l'arrêté que nous avons pris sur Âigues-Mortes et les cAtes maritimes du Gard, ainsi que de l'arrêté sur la fabrication d'une seule espèce de pain, conformément au décret de la Convention (2). D
« Paris, le 9 plafitee de l'an VL de la République française une et ' indivisible (28 Janvier 1794).
« Citoyens, chers collègues, « J'ai reçu avec sensibilité toutes les pièces que m'a expé-
(1) Les administrateurs qui siégèrent ce Jour-là au direetoire sont : Elle Dumas, Tice-président, Bonicel, Ghauvard, Balthasard, Guisqaet, membres du directoire, Poulon, adjoint, et Teste, procureur g^p^ral syndic. {Arch, dép, I. L. 4, 7.)
(2) Cette iettre est transcrite sur le registre de correspondance du directoire. {Arch. dép, 1. L- 7, 12, p. 64S.)
diées en votre nom notre collègue Teste. Je n'ai pas cru différer d'un instant de les remettre entre les mains de YouUand, membre du Comité de Sûreté générale, qui, conjointement avec celui de Salut public, s'occupent à prendre des mesures pour parvenir à rétablir dans Ntmes^ ou qui mieux est dans le département, cette harmonie si nécessaire et qui n'aurait jamais dû cesser d'exister parmi les patriotes. Je ne sais par quelle fatalité faut-il qu'au moment où nous sommes à la veille d'écraser tous les ennemis de la liberté, les sans*culottes voient naître des divisions entre eux qui peuvent avoir les suites les plus funestes (i).
€ Je n'entrerai point dans des détails sur les dissensions qui agitent vos contrées, il m'est assez pénible d'y songer. C'est à vous, mes chers collègues, par vos soins vigilants, par une grande prudence, à la vérité, mais aussi par une énergie que vous dictent les mesures révolutionnaires, à t&cher d'étouffer tous ces germes de désordres. Peutrétre un peu trop de mollesse chez vous autres, permettez-moi de vous le dire, est-ce une des causes premières de ces dissensions. Nulle autre considération, si ce n'est celle du bien pubUc, ne doit animer un citoyen et surtout un citoyen fonctionnaire, et le bien public commande à ce fonctionnaire de faire exécuter à la rigueur toutes les lois ; ce sont les palliatifs qui tuent la République et on ne veut cesser d'user de palliatifs.
a Si la loi relative aux gens suspects, celle sur les subsistances et enfin celle sur le maximum des denrées de preocdère nécessité avaient été mises ponctuellement et sans aucune restriction à exécution, nous serions, j'ose le croire, en meilleure position que celle où nous nous trouvons. Je sais à n'en pas douter, mes chers collègues, que c'est précisément l'inexécution de ces lois qui a donné naissance en quelque manière aux troubles qui vous désolent. Plusieurs de ces lois étaient de
(1) Voir les notes qui aooompagnent la leUre da 10 mars à Bertrand.
votre compétence, d'autres regardaient le comité de surveillance. Je crois que, sans rien craindre, je puis me permettre de vous faire quelques reproches aux uns et aux autres, du moins à certains membres ; d'autant mieux que vous voudrez bien regarder ma lettre comme amicale; quoiqu'elle vous soit écrite collectivement, elle n*est point pour être déposée dans les archives (1).
« Je dois à mes collègues toutes mes pensées, et mon caractère exige que je vous écrive avec franchise ou que vous m'ordonniez de m'en abstenir tout à fait. Je ne connais point cette tactique de dissimulation, elle est indigne de moi.
(L De toutes parts de notre département, des patriotes purs, capables de juger des choses, m'écrivent que peu s'en faut que la contre-révolution soit faite chez vous ; d'un autre c6té votre lettre m'annonçait le plus grand calme et le plus grand ordre de choses (2). L'expérience me prouve que vous n'aviez pas tout prévu.
« Les sans-culottes sont persécutés (j'oublie Nîmes dans ce moment); les aristocrates, les fédéralistes, les contre-révolutionnaires sont mis en liberté, sont protégés, et par qui? par les représentants du peuple (3). Je n'inculpe pas les représentants, tant s'en faut ; étrangers dans le département, ils ne peuvent se conduire que d'après les indications de ceux qui les entourent, et si ceux qui les entourent les induisent en erreur, certes c'est
(1) C'est cependant aux archives départementales que npus Tayons trouvée.
(7) V. Lettre du 30 frimaire, an II, ci-dessus.
(3) Après avoir ordonné la mise en liberté de plusieurs individus détenus par ordre du comité de surveillance régulièrement organisé, le représentant Boisset, par un arrêté du 19 nivôse an II (arch. dép. 1 L. 6, IZ)^ chargea une commission de huit membres de la revision des mandats d'arrêt décernés parce comité; la commission de révision était composée de F. Ribes et Imbert, membres de la société populaire, de Balthasard et Chauvard, membres du directoire du département, de Labrousse et Vernède, membres de Tadministration du district, de Mathieu Tanaard et Etienne Pauc, officiers municipaux de Ntmes.
La présence de Hibes et dMmbert dans cette commission indique bien la division quUl y avait parmi les patriotes, division qui fUt gémir Meyère.
U AMiiii. » 11. 78
à ceux-là sur qui doivent tomber toutes les malédictions des sans-culottes.
« Il est du devoir d'une administration , qui sans cesse doit avoir les yeux ouverts sur tout ce qui intéresse la chose publique, d'éclairer la religion d'un représentant lorsqu'elle voit qu'il est induit en erreur ; la voie de représentation est permise, vos obligations mêmes vous prescrivent cette mesure; et quel sera le représentant de bonne foi qui ne soit très charmé qu'on lui fournisse les moyens d'atteindre le bien.
€ Mes chers collègues, certains fsdts se sont passés dans le département du Gard que vous auriez pu, ce me semble, éviter, et en les évitant, vous vous seriez épargné des suites désagréables. Si vous voulez être sincères avec votre ami, vous n'êtes pas exempts de reproches.
Cl Quand dans toutes mes lettres, je vous criais méfiance, surveQlance, énergie, mille fois énergie, j'avais mes raisons; et ne savez-vous pas que vous parcourez une carrière pleine d'écueils, ne savez-vous pas combien on est attaché à votre chute, ne voyez-vous pas qu'on fait tout ce qu'on peut pour vous arracher de votre poste, ou du moins pour faire voir que vous ne valez pas mieux que ceux qui en sont sortis (la plupart); ne vous aveuglez pas sur votre position ; conduisez-vous en stoïciens, si vous voulez vous sauver du naufrage qui vous menace, si vous voulez sauver le vaisseau de la liberté.
n Je crois qu'il dépendrait encore de vous autres de faire cesser toutes vos calamités. Quelques conférences naïves fondées sur le grand Intérêt de tous, quelques mesures de sagesse présentées à Boisset ou autres, invitation d'incarcérer sans aucune faveur tous les suspects, quelques observations fraternelles à la Société populaire; enfin il me semble que, quelque degré d'exaspération qu'il y ait, il vous serait possible d'obtenir un heureux succès, et quelle victoire ne remporteriez-vous pas? Il est certain que si, dans vos démarches vous tentiez d'obtenir
ee que ne peut, ce que ne doit accorder un vrai républicain^ elles serment infructueuses, elles seraient même indignes de vous. Que ceux qui, par une conduite répréhensible, se sont mis dans le cas de mériter punition (je parle des aristocrates, etc., etc., etc.), que ceux-là, dis-je, ne trouvent aucune flexibilité chez ceux qui, au contraire, doivent les mettre hors d'état de renouer leurs infâmes intrigues. C'est ce plan qui, tout msd rédigé qu'il est, contient cependant votre préservatif, Texpérience pourra vous en convaincre. Vous me feriez plaisir de me tenir au courant; d'ailleurs pourra^-ii en sortir quelques très heureux effets pour la chose publique.
«( Quant à l'article des subsistances, j'ai épuisé tous mes moyens; d'ailleurs maintenant il ne m'appartient pas d'agir, encore moins ayant ici un membre de l'administration du dis^ trict.
a Je vous embrasse, mes chers collègues. Salut.
« METÈRE. »
a C'est avant-hier que votre lettre m'est parvenue (l)i »
• Paris, le'26 prairial de l^an II de la République française * une et. indivUible ( i 4 Juin 1 7 94) •
« Citoyens, chers collègues,
« S.0US tous les rapports, votre lettre du. 18 ne pouvait que me faire éprouver une foule de sensibilités toutes délicieuses, et desquelles sont émanées des jouissances d'autant plus grandes qu'elles sont liées avec une plus grande encore : celle de me trouver un jour auprès de vous et à portée de faire tous mes efforts pour ne pas démentir l'opinion favorable que vous avez bien voulu concevoir en ma faveur. .
« Mes collègues à qui je suis attaché et en cette qualité et
(1) Cette lettre, parvenue à Heyère le 7 pluviôse, n*a pas éti6 transcrite sur let registres ad koe de ^administration {areh. dép,' 1. L. 7 « 13 et 13).
plus encore par cette identité de principes de laquelle ressortira sans doute d'heureux effets pour les administrés du Gard^ mes collègues, dis-je, penseront que Meyère, à Paris, sera toujours disposé à s'acquitter des ordres du Directoire, trop heureux si l'éloignement qui l'en sépare ne le rend pas tout à fait inutile à l'administration.
« Je voudrais être Ubre d'aller sur-le-champ partager Totre tâche; maïs le décret du 22, qui vous sera parvenu avant ma lettre, vous aura déjà convaincus qu'il ne m'est pas permis d'y prétendre quant à présent. Je vous assure néanmoins qu'il serait très pénible pour moi s'il fallait me dépouiller de cette prétention bien excusable, je pense, et après laquelle je ne cesserai d'aspirer, je vous l'avoue, avec une sorte d'impatience Umitée cependant par mes obligations.
« Je vous embrasse tous en attendant.
«METËRE. »
{La note au prochain numéro.) F. ROUVIÈRE.
LES CONFÉRENCES
RÉPUBLICAINES
Notre directeur, M. Dide, a accepté la mission que la Ligue de rEnseignementluî a confiée de faire une série de conférences sur rÉducation civique dans TEst. Il a tour à tour yisité Meaux, Château-Thierry, Épernay, Reims, Verdun, Saint-Mihiel, Barle-Duc, Toul, Nancy, Lunéville, Remiremont, Belfort, Montbéliard et Troyes.
A Reims un de nos abonnés a eu l'occasion de l'entendre, et grâce à son obligeance nous allons chercher à présenter à nos lecteurs la physionomie de cette remarquable conférence.
La réunion était présidée par M. le D' Lenglet, aux c6tés duquel avait pris place le bureau de la Ligue de TEnseignement.
L'orateur, qui déjà cet hiver avait été appelé à traiter ce même sujet devant son sympathique auditoire, a voulu démontrer que cette intéressante question pouvait être diversement présentée et, laissant de c6té la partie technique, il se laissa emporter par son admirable éloquence et tint sous le charme son public durant près de deux heures. Mais laissons lui la parole et cherchons à le suivre dans sa briUante improvisation.
a Si, nous dit-il, par un effort de notre volonté nous nous reportons un siècle plus tard, nous sommes en droit de nous demander ce que nos successeurs penseront de nous ; et, nous rendant compte de ce qui se produira par ce qui s'est produit, nous jugerons nos devanciers par leurs œuvres littéraires comme nous avons îugé nos prédécesseurs.
« Nous allons chercher chez nos plus illustres romanciers la peinture des mœurs actuelles, telles qu'ils les Toient.
« Les romans de Â. Daudet nous montrent dans Lts Rois en exilj Numa Roumestan^ d'illustres personnages. Zola, lui, a cherché d'autres physionomies. Il nous présente l'ouvrier dans Y Assommoir^ Til débauché, dénué de toute idée généreuse; dans un autre roman dont le titre est une atteinte à la pureté de la langue française, dans Pot-Bomlle, le bourgeois nous apparaît et le portrait n'est pas plus flatteur que le précédent. Enfin dans une œuvre récente, le Bonheur des Darnes^ il cherche à nous présenter la femme française comme il la voit. Eh bien, non ! nous protestons, nous ne pouvons croire qu'elle soit tombée si bas que la divinité du jour soit pour elle la mode, sa plus constante préoccupation d'être parfaitement habillée ; s'il en était ainsi, ce serait à désespérer de la France et à croire ce que disaient les Allemands au lendemain de nos défaites : La France est finie, elle est morte !
M Aurait-elle oublié les traditions dupasse? aurait-elle oublié l'exemple de ces belles figures ; de notre héroïque Jeanne Darc, paysanne de naissance, si noble dépensées; des huguenotes du seizième siècle qui savaient sacrifier sans hésitation plus que leur sang, la vie même de leurs enfants ; de la lettrée et charmante marquise de Sévigné, des> femmes françaises du dixhuitième siècle, créatrices des salons chez lesquelles les hommes illustres venaient élaborer les projets des plus divers ; c*est dans ce milieu que l'esprit de la Révolution devait fermenter ; ces femmes étaient pédantes, bas-bleus, dira-t-on, eh bien, non; et qu'importe d'ailleurs, la réponse faite par l'une d'elle à cet égard est spirituelle et vraie, a Que fait la couleur de mes bas si ma robe est assez longue pour les cacher. 2» Enfin la Révolution nous montre madame Roland, si grande, si admirable « si héroïque à l'ombre même de l'échafaud, le sourire aux lèvres, consolant ses bourreaux et rayonnant de l'auréole de la cgns^
cieDce. Telle était la femme autrefois et nous nous plaisons à croire qu'il y a encore en France des femmes dignes de leurs illustres devancières. M. Zola a le malheur, avec un incontestable et incontesté talent, d'être atteint de daltonisme ; le tableau qu'il nous montre est antifrançais : oublie-tril de quel admirable patriotisme la femme française s'est montrée susceptible pendant nos tristes revers. La patrie était à l'agonie. Après toutes les horreurs de la guerre étrangère, la guerre civile éclate, des ruisseaux de sang coulent dans les rues de Paris. Les flammes surgissent de toutes parts, les Français s'égorgent entre eux ; alors un profond sentiment de découragement vint un instant nous effleurer, et nous fûmes près de dire comme l'Allemand : Finis Galliœ. — L'étincelle existait encore; bientôt on vit renaître l'espérance ; on sentit le besoin de travail.
a Les artistes donnèrent l'exemple, Mercié avec son Gloria victis, Barrias avec son SpartacuSj les peintres avec des œuvres remarquables. Ce fut l'honneur des artistes de donner cet exemple d'une première revanche par l'art.
«Bientôt l'industrie française sentit le besoin de reprendre son rang et elle figura à l'Exposition de Vienne, où elle obtint de brillants succès. Mais alors un spectacle étrange vint attrister les yeux des véritables patriotes ; des dissensions intestines, des ambitions inavouées et malsaines faillirent encore une fois précipiter la malheureuse France dans l'abîme.
« La parole du grand patriote, « l'avenir sera au plus sage » fut écoutée. Les républicains surent par leur cohésion et leur parfaite entente déjouer les trames ourdies par leur adversaire.
<c C'est dans ces conditions détestables que le suffrage universel fut appelé à donner son avis : la partie était grave, les conditions mauvaises, et malgré cela la victoire la plus éclatante devait récompenser de si courageux efforts. Ce fut la seconde revanche.
<c Si le suffrage universel a su nous sauver dans un pareil
moment, de quel puissance n'est-il pas? Mais il ne faut pas se dissuader aussi que c*est une arme dangereuse et dont le corrélatif indispensable est Finstruction ; multiplions en donc les moyens, ne fuyons pas la discussion; de la controverse naît souvent la lumière. i>
L'orateur présente ensuite devant nos yeux l'état de la France sous la royauté ; et sa conclusion est que la Révolution était inévitable ; elle devait arriver, non comme le souffle du printemps mais comme un ouragan qui brise tout sur son passage et jonche l'espace parcouru de ses débris; mais aussi n'a-t-elle pas proclamé l'immortelle déclaration des droits de l'homme ! C'est au fronton le plus élevé qu'on voit en lettres inefTaçables les grandes formules qui bouleverseront le monde.
Les efforts faits par la Révolution française en faveur de l'Instruction eussent été couronnés de succès, si l'Empire ne fût venu entraver un si heureux élan.
Dans les écoles on apprenait aux enfants qu'ils devaient obéissance à Napoléon P' et ceci au nom des droits historiques et des droits religieux. Parcourant à grands pas les diverses phases par lesquelles l'Instruction devait passer sous lés différents ministères, l'orateur démontre que Carnot en se rattachant aux traditions de la Révolution française était dans la vérité. Le second empire, qui devait commencer par un crime et finir par Sedan, pouvait-il, devait-il faire un effort en faveur de l'Instruction ? Aujourd'hui même c'est à grand'péine qu'on arrive à propager de bons manuels et les meilleurs livres sont mis à Tindex.
L'œuvre que nous avons entreprise sera féconde entre toutes, nous ne voulons pas seulement l'Instruction, mais encore une éducation civique qui puisse développer chez l'enfant le sentiment patriotique. Il ne sera jamais trop tôt pour lui apprendre qu'il n'a pas que son père et sa mère à aimer, mais eîicore son pays, et qu'il doit être un jour capable de le défendre. Le fusil qu'on lui remettra ne sera pas un hochet, mais^le symbole même
de la défense du territoire. Tous les Français doivent être soldats : il ne s*ensuNra pas pour cela que la France doiye devenir une caserne ; n'est-on pas en droit d'espérer que, ayant appris de bonne heure les devoirs qu'il peut être appelé à remplir, l'enfant devenu homme ne pense jamais faillir à sa tâche.
Que le glorieux anniversaire de 1989 nous trouve tous étroitement unis; c'est le but vers lequel il faut marcher avec courage, dans l'espoir de contempler la grandeur de l'humanité par la grandeur de la patrie française.