‹ La Révolution française et la féodalitéChapitre 7 sur 130 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce que c'était que la féodalité par rapport aux intérêts, à la fia du dernier siècle.

La Révolution française a jeté dans une nuit profonde tout ce qu'elle a détruit. L'obscurité est surtout épaisse au sujet des rapports sociaux et des intérêts nés de la féodalité. On dirait volontiers qu'un des grands défauts de Tancien régime, pour nous qui n'en souffrons plus, c'est' qu'en se faisant bouleverser violemment, il a rendu difficile de le connaître. Les rapports et les intérêts nouveaux ont été si différents et ils l'ont été si vite, que l'on n'a pas uniquement perdu de vue les anciens, mais perdu leur notion même.

Qu'était-ce que l'état seigneurial en 1789 ? quelles conséquences en découlaient dans l'existence des personnes, dans leur condition, dans l'économie publique ? On n'est pas loin de la vérité en affirmant que nous l'ignorons. La France de 1788 est hors de notre intelligence, à cette

heure, autant que hors des faits. Le moyen âge n'a pas de coin plus obscur.

Ceux qui détruisirent ce passé décrié le connaissaient trop bien. Ils n'ont pas eu besoin de le décrire pour motiver leur animosité. Nous, pour en parler seulement, il nous faut recourir à Térudition comme s'il s'agissait d'un temps éloigné. Il y a plus : nous sommes en face du problème difficile de faire comprendre à une époque les choses et les idées d'une autre, quand rien de cette autre époque n'a été conservé, et que les principes, les situations, tout l'état de la société comportent des idées et des sentiments contraires.

On doit se borner ici à retracer les traits généraux, et pas même ceux de l'âge véritablement féodal : le dernier siècle y ressemblait trop peu. En disant que la féodalité avait produit une propriété particulière appelée « fief «ou « seigneurie )), et que cette propriété se divisait en fractions d'inégale importance hiérarchisées entre elles par une dépendance des unes aux autres, nous rappellerons les souvenirs de l'ancien régime qui sont les mieux conservés.

Ces souvenirs suffisent à l'objet de ce livre, dès que l'on ajoute ceci : la propriété dont il s'agit se résolvait en une collection de redevances à percevoir, de prélèvements ou de services à exiger, autrement dit, en des «cens», de sorte que c'était comme la jouissance d'impôts d'une espèce à part. Effectivement, celui à qui ces impôts étaient dus ne les percevait pas par suite d'une position publique. Il les possédait à titre personnel, il en héritait, les achetait, les vendait comme des choses appropriées.

Ces impôts portaient spécialement sur des terres, des

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