CHAPITRE II
Comment la dime et la seigneurie régnaient hier encore et pourquoi l'on a voulu en sortir.
Absolument comme si la révolution française ne s'était pas faite à côté d'elle, l'Angleterre, il y a à peine trente années, vivait sous l'empire des deux seigneuries qui ont existé dans presque toute l'Europe. Elle avait la seigneurie de l'Eglise, traduite par la dîme, et la seigneurie féodale, traduite par la multitude des prélèvements qui l'ont caractérisée partout ; celle-ci disséminée, quoique très-répandue encore , celle-là universelle à vrai dire.
Plusieurs fois, avant le siècle actuel, l'une comme l'autre de ces deux seigneuries s'étaient vu modifier. Mais lorsque le mouvement de rénovation matérielle qui naquit de la paix, après 1815, se fut bien affirmé, il parut urgent aux hommes d'Etat de mettre les décimés et les redevables tenanciers de toute sorte ou en position de s'affranchir. Ils trouvèrent que c'était un besoin de l'agriculture.
Grâce à des douanes ultra-protectrices, les cultivateurs anglais avaient joui de hauts prix pour leurs produits. Mais on allait se voir contraint de renoncer à ces douanes. Il faudrait alors changer les moyens d'exploiter, faire de grandes avances foncières parce que le Bénéfice ne dé-
riverait plus que de la quantité produite et \endue. Des cultivateurs qui ne seraient pas intéressés sans partage dans l'exploitation s'abstiendraient certainement de telles avances, et la propriété s'amoindrirait.
On comprenait que la possession grevée résultant de la seigneurie peut modifier son agronomie tant qu'il s'agit seulement de remplacer un cours de récolte par un autre ou les anciens produits par de nouveaux ; ce n'est qu'employer autrement les forces dont on dispose. On avait vu ce changement arriver, entre autres, sous l'influence des enseignements d'Arthur Young. Mais une jouissance en rapport avec les risques est nécessaire pour engager à long terme le capital ou l'industrie personnelle avec quelque importance. Il faut l'attrait d'un gain que l'on soit sûr d'avoir tout à soi. Là où le seigneur prendrait sa part de ce gain presque en proportion- des résultais obtenus, on s'abstiendrait de les augmenter.
L'Angleterre, à celte époque, commençait aussi à désirer d'introduire dans son administration publique l'unité qui y manquait. L'innombrable quantité de coutumes civiles sous lesquelles la seigneurie plaçait les citoyens ne paraissait plus compatible avec un ordre politique fécond. Un critique qui a soutenu d'une plume très-vive, dans le Times, les dernières lois étudiées par le parlement au sujet de l'état seigneurial, disait que « les règles gou- «' vernant le régime de la propriété, dans une grande « partie de l'île, exigeraient, pour être connues des juges, « autant de recherches que les lois d'un pays étranger ; » et on lit dans un des commentateurs les plus consultés à Temple Bar, que « si l'on voulait faire un digeste des « coutumes afférentes aux tenures seigneuriales, il fau-