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CHAPITRE I Ce qui frappe dans les lois abolitives de ce pays

On s'étonnera d'apprendre qu'en Angleterre les droits seigneuriaux affectent encore une assez grande partie du sol. A coup sûr, on supposait ce sol entièrement libre dans la main de ses possesseurs, sachant qu'ils en ont tant élevé la production. Les personnes mêmes qui ont fait honneur de sa puissante culture aux lois d'hérédité et de transmission à demi féodales sous lesquelles il reste régi, ne paraissaient pas supposer qu'il fût assujetti à des prélèvements regardés comme incompatibles avec une exploitation fructueuse et des progrès si grands.

Cependant tel est le fait. La seigneurie subsiste encore de l'autre côté du détroit. Depuis un temps elle s'efface ; mais il y a peu d'années elle tenait sous sa dépendance, et dépendance étroite, une portion notable du territoire. La faculté d'affranchir ce territoire de la dîme et des cens n'est pas ancienne, et il y a très-peu de temps qu'elle a été rendue tout à fait entière.

Deux choses qui n'ont pas moins lieu de surpendre des Français sont celles-ci ;

D'abord, le jour où le besoin de soustraire le sol anglais à l'état seigneurial a été reconnu, on n'a pris les moyens de le faire que dans le domaine des conventions. L'élaboration des lois nécessaires a été si exempte de passion qu'elle est restée ignorée hors des sphères où elle s'opérait. Bien que les institutions seigneuriales eussent eu beaucoup plus de dureté en Angleterre qu'ailleurs, bien que des haines très-vives en fussent nées, on n'a contesté aucun droit acquis et l'assentiment le plus indubitable a sanctionné, dans ces lois, les décisions que le pays, avec ses mœurs publiques précautionneuses, aurait pu appeler radicales avec le plus de raison.

L'autre chose, c'est la manière dont la réforme a été menée. Elle semble tardive, chez un peuple où la revendication du droit individuel s'est faite si tôt et le développement économique si anciennement. La première en Europe, cependant, elle s'opère en dehors de l'initiative du gouvernement comme de toute pression révolutionnaire. Elle a lieu par l'intervention de personnes privées, dans toute la maturité du consentement général, avec une lenteur calculée, le but n'étant regardé que peu à peu et chaque partie prise après l'autre. On expérimente les effets avant de se fixer décidément.

Si la préparation des lois peut quelquefois faire juger d'un peuple , évidemment c'est dans une occasion pareille. 11 faut nous y arrêter un peu de temps. L'Angleterre et la France ont dirigé la civilisation, depuis deux siècles ; il est intéressant de voir avec quelle différence de principes chacune a tenu son rôle.

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