VI INTRODUCTION
Convention se réunit, il^i^rend.le.titre de repu- Jblique. Ce ne sont pas seulement les noms qui changent alors, l'action change aussi. Le passé engage une lutte désespérée contre l'avenir qui l'envahit. L'Europe du moyen âge se rue sur la France pour arrêter sa marche. En France même, les vieux intérêts s'insurgent contre les intérêts nouveaux. Au dehors, au dedans, la Révolution est contrainte de se faire soldat; elle rassemble ses forces; elle les exalte au prix des convulsions les plus douloureuses; elle les organise sous une discipline de fer et triomphe partout. Puis, dès qu'il lui est possible de reprendre haleine, elle s'empresse de désarmer et de suspendre la dictature, pour se donner une constitution régulière; mais, troublée encore par tant d'ébranlements, elle n'y réussit qu'à demi sous le Directoire. Le Consulat tend au même but par une plus grande concentration du pouvoir; le Consulat est une autre dictature, une dictature républicaine cependant, puisqu'elle est temporaire, jusqu'au jour où la fatigue du peuple, qui n'a pas eu le temps de s'attacher par l'éducation à ses institutions nouvelles, permet à un ambitieux de tout confisquer à son profit.
Sous le Consulat, le dogme égahtaire domine encore. Mais quand le pouvoir, d'électif qu'il était, devient héréditaire, ce dogme est frappé
INTRODUCTIOÎt Vil
de paralysie en ce qui touche la plus haute magistrature de l'État. Le privilège de la naissance est rétabli et avec lui le droit divin. La souveraineté du peuple n'est plus qu'un mot.
Notre tâche finit là.
Ce n'est pas que le développement des idées de 89 soit arrêté : il se poursuivra, tantôt rapide, tantôt lent, quelquefois imperceptible, au travers des diiîéreûtes formes gouvernementales que subira la France; ces idées se feront servir souvent par leurs adversaires eux-mêmes.
A chaque travailleur son œuvre : la Constituante déblaye le sol pour y fonder les principes de démocratie et de liberté; elle accomplit la révolution. La Convention, qui a reçu ce précieux dépôt, le défend avec une héroïque fureur. L'une a créé, pour ainsi dire, la France nouvelle, l'autre l'a conservée. Il nous est donc permis de désigner les deux grandes phases de notre histoire révolutionnaire par ces mots : période de création, période de défense et de conservation.
Ce sont bien les mêmes idées qui animent les hommes, c'est bien le même drapeau qu'ils se passent de main en main; l'iiistoire ne les séparera pas. Et déjà notre instinct national, devançant le jugement de l'histoire, oublie peu à peu leurs dissensions funestes pour reconnaître l'unité de tendance qui commande tout dans la Révolution.