LA QUESTION DE LA GUERRE
nant des relations avec les Girondins, sans préjudice de celles qu'il conservait personnellement avec M. de Laporte, intendant de la liste civile. La reine, dès les premiers jours, lui déclara nettement que ni elle ni le roi ne voulaient de la Constitution, et il s'accommoda de cette situation compliquée. — C'était, aux contributions publiques, le Genevois Clavière, auteur d'écrits estimés sur les finances, intègre, intelligent et courageux. — C'était, à l'intérieur, Roland, ou plutôt le ménage Roland, car la femme était ministre autant que le mari, et les affaires n'en allaient pas plus mal; Roland, ancien inspecteur du commerce et des manufactures, collaborateur de l'Encyclopédie, esprit sage et froid, riche de savoir et d'expérience, puritain d'intérieur, puritain d'habitudes; Mme Roland, jeune, belle, républicaine enthousiaste, qui à douze ans pleurait de n'être pas née Spartiate ; reine pourtant, reine de la Gironde, dit Michelet, l'âme de ce noble groupe auquel appartenait son mari. — Quant au portefeuille de la guerre, Dumouriez ne pouvant en tenir deux, l'avait laissé entre des mains qu'il dirigeait à son gré : de Grave en était titulaire,
La mort de l'empereur d'Allemagne, tué par ses débauches, et celle du roi de Suède, tué par ses nobles, dont il avait réduit l'influence, ces deux morts à quinze jours d'intervalle ne changèrent rien à la situation extérieure : la disparition de Gustave enlevait aux coalisés leur champion le plus ardent; elle • faisait du vide dans le Nord, » disaient les émigrés; mais, en revanche, le temporisateur, l'apathique Léopold était remplacé par son neveu François II : plus de jeunesse et moins de modération. Ce nouveau souverain débuta par diriger 40 000 hommes vers les Pays- Bas, 20 000 sur le Rhin, en adressant au gouvernement français une note très hautaine, par laquelle il le sommait de rendre au pape le comtat d'Avignon qu'un
décret de la Constituante avait annexé à notre territoire, aux princes allemands des possessions qu'ils réclamaient en Alsace, et, en termes plus ou moins précis, le renversement de la nouvelle Constitution.
L'Assemblée accueillit cette communication par un cri de guerre, et le conseil des ministres opina pour une résolution énergique. Louis XVI, après beaucoup d'hésitations, se rendit à l'Assemblée : « Je viens, ditil d'une voix émue, aux termes de la Constitution, proposer la guerre contre le roi de Hongrie et de Bohème, » (François n'était pas encore empereur.)
Le soir, séance très animée; quelques royalistes constitutionnels, Becquey, Jaucourt, Mathieu Dumas s'opposèrent à la proposition du roi ; elle fut appuyée par les révolutionnaires de toutes nuances.
a II faut, s'écria Merlin de Thionville, déclarer la guerre aux rois et la paix aux nations. »
« Vous allez décréter la mort de plusieurs milliers d'hommes, il est vrai ; mais vous allez décréter peutêtre la liberté du monde entier, » dit Mailhe.
Le décret passa à l'unanimité moins sept voix. Rédigé par Gensonné, il proclame que « la nation française, fidèle aux principes consacrés par sa constitution, de n'entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et de n'employer jamais ses for' ces contre la liberté d'aucun peuple, ne prend les armes que pour la défense de sa liberté et de son indépendance. »
Et Condorcet écrivit sur-le-champ un exposé de motifs, où il démontrait avec une grande puissance de raison que l'Assemblée était obligée de répondre à des provocations intolérables.
De son côté, Louis XVI rédigea une protestation contre la guerre qu'il venait de provoquer, et la déposa dans une armoire de fer, forgée par lui-même, où il cachait ses papiers secrets (circonstance révélée